Samedi 5 décembre 2020
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COVID-19 et télétravail : Singapour au cœur de l’ANASE

Par Emma Dailey | Publié le 01/11/2020 à 18:15 | Mis à jour le 01/11/2020 à 18:15
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Alors que Singapour a, ces dernières années, largement bénéficié de la nécessité pour les entreprises multinationales de s’implanter en Asie du sud-est, la cité-Etat doit aujourd’hui envisager l'avenir en tenant compte du développement du télétravail et d'un contexte général de protectionnisme croissant. L’association des nations de l’Asie du sud-est (ANASE), peut toutefois offrir à Singapour des opportunités importantes dans un monde post-COVID19.

 

L’économie singapourienne est considérée comme étant la plus compétitive au monde selon le IMD World Competitiveness Ranking de 2020, et Singapour a également été classé comme le deuxième meilleur environnement pro-business selon le World Bank's Doing Business Survey de 2020. Plusieurs facteurs ont contribué à faire en sorte que la cité-état soit un emplacement intéressant pour les sièges de nombreuses entreprises multinationales. Son emplacement géographique, au cœur de l’Asie du sud-est, son infrastructure très développée et son paysage politique stable, ont en effet fait de l’île une plaque tournante idéale sans compter que Singapour est signataire de plus de vingt accords de libre-échange, et quatre-vingts conventions de double imposition (CDI). La main d’œuvre locale est hautement éduquée et anglophone. Selon INSEAD's Global Talent Competitiveness Index 2020, c’est la main d’œuvre la plus compétitive en Asie Pacifique, et la troisième mondialement. Ainsi, de très nombreuses entreprises du monde entier considèrent Singapour comme un emplacement idéal pour développer leurs activités et comme un tremplin pour accéder à d'autres marchés émergents en Asie du sud-est.

 

Avec un marché en forte croissance et plus de 630 millions de consommateurs, l'Asie du Sud-Est est l'une des régions les plus dynamiques du monde. En 1967, dix nations : l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande, Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie, le Cambodge et Singapour, se sont unies pour former l’ANASE, une organisation politique, économique et culturelle. Les États membres de l'ANASE travaillent ensemble pour promouvoir la coopération politique et économique et la stabilité régionale. Depuis 2003, ces pays forment aussi une zone de libre-échange. Avec un produit intérieur brut combiné de 3 milliards de dollars américains en 2019, l'économie collective de l'ANASE est la 5ème plus grande au monde et la 3ème en Asie.

 

Selon le centre de recherche économique de Rabobank, l'impact économique de COVID-19 sur les économies de l'ANASE se fera principalement sentir dans les trois champs suivants : les exportations, le tourisme et la baisse de demande dans les marchés domestiques. RaboResearch estime que les pays les plus touchés par la baisse mondiale en exportation seront Singapour et le Vietnam. Pour Singapour, la contraction économique de 7 % enregistrée cette année reflète la forte dépendance du pays vis à vis du commerce international. Les pays les plus touchés par la baisse du tourisme seront les Philippines et la Thaïlande. Enfin le Vietnam et les Philippines ayant les mesures anti-COVID19 les plus strictes, seront parmi les plus touchés par la contraction des marchés domestiques. Ainsi, les effets économiques de la pandémie se font fortement ressentir dans la zone ANASE dans les mois à venir.

 

La COVID-19 a entraîné des changements permanents dans l'économie mondiale, car les frontières fermées, les chaînes d'approvisionnement traditionnelles sont perturbées et les modèles de travail établis de longue date sont remis en question. Malgré des conséquences négatives cette pandémie et comme dans toute période de fort changement, certaines nouvelles opportunités voient le jour. Pour Singapour, il s’agit de promouvoir son intégration régionale au sein de l'ANASE. La pandémie a déjà nécessité une coopération plus étroite des pays de l'ASEAN en termes de fourniture de matériel médical et d'échange d'informations essentielles pour lutter contre elle. De plus, selon M. Douglas Foo, président de la Fédération de manufactures singapouriennes, les membres de l'ANASE pourraient profiter de la "nouvelle normalité" post-pandémique pour attirer les investissements étrangers et accélérer l'objectif à long terme de créer un marché unique de l'ANASE, semblable à celui de l'Union européenne. Cependant, entre la baisse de la demande locale et internationale, la fermeture des usines et des bureaux pour répondre aux mesures de distanciation sociale, et la fermeture de frontières empêchant les voyages d’affaires, ceci ne sera bien sûr pas de sitôt.

 

Malgré ces obstacles, Singapour est en mesure de tirer un certain profit. L'importance de Singapour en tant que destination stable et fiable pour les fonctions et processus commerciaux critiques a en fait été élevée en raison de la pandémie. Maintenant que les déplacements deviennent plus difficiles, et que le télétravail devient la norme, les quartiers généraux doivent être proches des bases de production, afin de surmonter les décalages horaires, et être sur place lorsque des “bulles de voyages” comme celle de prévue entre Hong Kong et Singapour commenceront à se développer davantage. Singapour est donc en position de consolider sa place déjà centrale en Asie du sud-est, en devenant le lieu de télétravail de prédilection pour les sièges asiatiques de firmes en tout genre.

 

Il reste donc à voir comment les conséquences économiques de la pandémie COVID-19 feront évoluer l’ANASE, ainsi que la position de Singapour et les modèles de business au sein de la région.

Emma Dailey

Emma Dailey

Franco-Américaine, Emma a passé plus de dix ans à Singapour. Après une licence en Sciences Sociales, focalisée sur les relations entre l'Europe et l'Asie, elle est actuellement étudiante en Master de Sécurité Internationale à SciencesPo Paris.
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