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Plus de 1 000 temples chinois à Singapour…Pourquoi sont-ils tous différents ?

Avec 75% de sa population d’origine chinoise, il n’est pas étonnant que Singapour compte plus d’un millier de temples chinois, relatifs aux religions traditionnellement pratiquées en Chine. S’ils ont quelques éléments communs, ils présentent aussi une grande diversité dans leur apparence. Lepetitjournal.com vous donne quelques clés pour décrypter ce monde parfois déconcertant. Cet article est un prélude à une série d’articles présentant les temples les plus intéressants de Singapour.

les temples chinois à singapour sont très différents les temples chinois à singapour sont très différents
Écrit par Jean-Michel Bardin
Publié le 5 octobre 2026, mis à jour le 6 octobre 2026

 

 

 

Un héritage de la politique d’immigration de Raffles

Avant 1819, date de l’arrivée des Anglais à Singapour, il n’y avait que quelques dizaines de chinois à Singapour. Ils avaient de petits autels, comme on en trouve encore aujourd’hui au détour d’une rue ou au fond d’un centre commercial ; mais rien n’en reste aujourd’hui. Il faut attendre l’arrivée massive de chinois favorisée par Raffles (en 1824, ils étaient déjà plus de 3000 !) pour que des lieux de culte « en dur » soient construits.

 

Autel dans un hawker centre d’une zone industrielle (© Jean-Michel Bardin)
Autel dans un hawker centre d’une zone industrielle (© Jean-Michel Bardin)

 

Les plus anciens débutent dès 1820 comme petits autels érigés sur le rivage par les immigrants chinois pour remercier la déesse de la mer Mazu de leur avoir permis d’arriver à bon port. C’est pourquoi les trois plus anciens temples chinois de Singapour (Thian Hock Keng, Yueh Hai Ching, Fuk Tak Chi) se trouvent sur l’axe Philip street-Telok Ayer street, qui marquait alors le bord de mer.

Au fur et à mesure de l’augmentation de la population d’origine chinoise, ces autels ont été remplacés par des bâtiments qui se sont agrandis au fil des années. Avec l’augmentation régulière de la population et le développement de nouveaux quartiers, la construction de nouveaux temples n’a jamais cessé. Le dernier en date est le temple Tu Di Gong ouvert à Punggol en 2025.

 

Le temple Tu Di Dong à Punggol (© Tu Di Dong temple)
Le temple Tu Di Dong à Punggol (© Tu Di Dong temple)

 

 

Le développement urbain de Singapour a conduit au déplacement, parfois à la fusion, de centaines de temples depuis les années 1950. Ainsi certains bâtiments (« united temples ») abritent différents cultes gérés par différentes organisations : Le Tampines chinese temple regroupe ainsi 13 temples autrefois disséminés dans ce quartier. 

 

 

Des refuges communautaires pour les immigrants chinois

Les immigrants chinois arrivant à Singapour se regroupent par communauté linguistique d’origine (Hokkien, Cantonais, Hakka, Teochew, Hainanese), et souvent par « county » d’origine (département chinois), voire par clan (groupe partagent un ancêtre, voire un nom, commun), pour s’entraider dans un environnement étranger. Les temples servent alors tout à la fois de gîte temporaire, d’agence de l’emploi, de banque, de clinique, et de salle de spectacles. Ces lieux de socialisation reflètent les styles et les croyances des communautés qui les ont construites.

Aujourd’hui encore, les temples ne sont pas seulement des lieux de culte, mais prodiguent également des soins, des enseignements, des conseils, et abritent des spectacles. Les temples sont souvent gérés par des associations, plus ou moins importantes. Par exemple, le petit temple Yueh Hai Ching est géré depuis 1845 par Ngee Ann Kongsi, une association fondée par des leaders venant du county de Ngee Ann (aujourd’hui Chaozhou) dans la province de Canton pour venir en aide à leurs « compatriotes ». Elle a créé des établissements d’enseignement de tous niveaux, des centres culturels, une clinique, et gère un important patrimoine immobilier, dont l’énorme centre Commercial Ngee Ann city sur Orchard road.

 

 

Taoïsme, religions populaires et bouddhisme : des temples aux influences multiples

Les premiers temples construits à Singapour sont consacrés au Taoïsme et aux religions populaires (culte des ancêtres, des dieux locaux, et des esprits de la nature) et sont souvent une émanation d’un temple situé dans le lieu d’origine de la communauté d’immigrants concernée. Une relique est souvent apportée depuis le temple d’origine pour concrétiser ce lien : par exemple, la statue de la déesse Mazu du temple Thian Hock Keng provient de l'île de Meizhou.

 

le pittoresque temple bouddhiste Sakya Muni Buddha Gaya, dans Little India, a été fondé par un moine thaïlandais en 1927

 

Les temples bouddhistes sont plus récents : le plus ancien, le monastère Lian Shan Shuang Lin date de 1898. Ils ont été en général fondés par un moine bouddhiste visitant Singapour et désireux de ou invité à y propager l’enseignement de sa communauté d’origine. Par exemple, le pittoresque temple bouddhiste Sakya Muni Buddha Gaya, dans Little India, a été fondé par un moine thaïlandais en 1927 ; il est donc affilié à la branche Theravada du Bouddhisme, majoritaire en Thaïlande, comme le montre le stupa qui le surmonte.

 

Le temple Sakya Muni Buddha Gaya (© Wikimedia)
Le temple Sakya Muni Buddha Gaya (© Wikimedia)

 

Ceci étant les frontières entre les cultes chinois sont loin d’être étanches : le temple Loyang Tua Pek Kong non seulement regroupe une douzaine d’anciens temples taoïstes, mais abrite aussi une section bouddhiste, une section hindoue avec une statue de Ganesh, et un autel malais consacré à Datuk Kong.

 

L’intérieur du temple Loyang Tua Pek Kong (© Roots)
L’intérieur du temple Loyang Tua Pek Kong (© Roots)

 

 

Des temples chinois de toutes tailles aux architectures variées

Les lieux de culte des religions chinoises peuvent être de tailles très diverses. Cela va du petit autel en pleine rue, comme Ci En Ge à Toa Payoh, élevé au pied d’un arbre supposé habité par un dieu, jusqu’au monastère bouddhiste de Kong Meng San Phor Kark See qui s’étend sur plus de 7,5 ha dans le quartier de Bishan.

 

L’autel Ci En Ge à Toa Payoh (© Roots)
L’autel Ci En Ge à Toa Payoh (© Roots)

 

Le temple traditionnel est construit autour d’un axe de symétrie, en général Nord-Sud, sur lequel se situent les principaux bâtiments, le plus souvent sans étage. Les plus sacrés se trouvent à l’opposé de l’entrée. Le temple comporte des cours intérieures et une enceinte qui le sépare du reste du monde, produisant une impression de calme et propice au recueillement. Dans les cours, des fourneaux permettent de brûler les offrandes aux ancêtres. Le matériau de construction principal est le bois : l’ossature est faite de nombreuses pièces de bois assemblées avec tenons et mortaises, sans clou. Les toits sont en tuiles et leurs bords sont relevés.

 

Certains temples sont situés dans des immeubles modernes, voire dans des hangars de zone industrielle

 

Mais tous les temples ne sont pas des œuvres d’art. Suite aux relocalisations, certains sont situés dans des immeubles modernes, voire dans des hangars de zone industrielle. De plus, les matériaux et les savoir-faire nécessaires à l’architecture traditionnelle des temples chinois sont aujourd’hui rares et chers : des matériaux et des concepts architecturaux plus modernes sont donc retenus pour les nouveaux temples. Il y a cependant quelques exceptions, comme le temple de la relique de la dent du Bouddha, dans Chinatown, qui, construit au début du 21ème siècle, mêle certains éléments de l’architecture traditionnelle (plan, structure en bois, décoration) avec des aspects plus modernes (ascenseurs, climatisation). 

 

 

Le temple de la relique de la dent du Bouddha (© Flickr)
Le temple de la relique de la dent du Bouddha (© Flickr)

 

 

A Singapour, une décoration souvent exubérante

La toiture, dont les tuiles sont vernissées, est souvent ornée de décorations en relation avec la mythologie chinoise, notamment des dragons. Le plus remarquable en la matière est le temple Yueh Hai Ching sur Philip street, qui est un véritable livre de pierre sur la mythologie chinoise.

 

La toiture du temple Yueh Hai Ching (© Wikimedia)
La toiture du temple Yueh Hai Ching (© Wikimedia)

 

L’entrée dans la plupart des temples est marquée par un seuil surélevé, en pierre ou en bois, destiné à éviter que les mauvais esprits y pénètrent. Vous devez l’enjamber : marcher dessus est impoli et pourrait vous porter malchance. Si le temple a trois portes d’entrée, entrez par celle de droite et sortez par celle de gauche. Celle du milieu est réservée aux divinités. Sur les portes, figurent des personnages : ce sont des gardiens des portes, dont le rôle est de protéger le temple contre les mauvais esprits. Les temples traditionnels n’ont en général pas de fenêtres. La lumière provient soit des portes, soit de puits d’aération.

 

Entrée du temple Thian Hock Keng (© Jean-Michel Bardin)
Entrée du temple Thian Hock Keng (© Jean-Michel Bardin)

 

Outre sa fonction première visant à consolider la structure et à supporter le toit, l’enchevêtrement des pièces de bois qui constituent l’ossature des temples chinois est un objet d’émerveillement à l’extérieur, comme à l’intérieur. Les couleurs, rouges ou brunes, rehaussées de dorures, sont chaleureuses. Dans les temples les plus traditionnels, peintures, sculptures, inscriptions fourmillent de tous les côtés. Les motifs dépendent de la nature du temple. Les temples taoïstes sont les plus foisonnant : scènes et animaux de la mythologie chinoise alternent avec des portraits des divinités et sages de la tradition. Les temples bouddhistes sont plus sobres, se limitant en général à des statues du bouddha, d’autres êtres ayant atteint le nirvana, ou de personnages remarquables. Certains temples contiennent des tablettes ancestrales, petits panneaux en bois qui portent le nom d’ancêtres et concrétisent leur mémoire.

 

Des instruments du culte sont parfois exposés à proximité de l’autel, comme des cloches, des instruments de musique, des bannières.

 

Sur les autels, sont alignées les divinités, la plus importante trônant au centre de l’autel principal. A Singapour, les divinités les plus vénérées sont : Mazu (aussi appelée Tian Hou), la déesse de la mer, qui protège les immigrants dans leur voyage vers Singapour ; Guan Yin, la déesse de la compassion, qui, sur le point d’atteindre le nirvana, a préféré rester sur terre pour aider les personnes en difficulté ; Tua Pek Kong, dieu de la prospérité, spécifique à l’Asie du Sud-Est ; Guan Di, dieu de la guerre et de la droiture ; les neuf empereurs, qui apportent santé et chance.  Sur les autels ou à proximité, sont placées les offrandes : bâtons d’encens, fruits, fleurs, lampes à huile allumées, … Des instruments du culte sont parfois exposés à proximité de l’autel, comme des cloches, des instruments de musique, des bannières.

 

Autel Cheng Huang Shen du temple Lorong Koo Chye Sheng Hong (© Wikimedia)
Autel Cheng Huang Shen du temple Lorong Koo Chye Sheng Hong (© Wikimedia)

 

Ces temples sont avant tout des lieux de culte en activité. Soyez donc respectueux des locaux et des personnes qui y prient, même si leurs coutumes vous paraissent étranges. Dans certains temples, certaines parties ne sont pas accessibles aux profanes, d’autres ne peuvent pas être photographiées. Suivez scrupuleusement les instructions données par écrit ou par oral. 

 

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