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Près de 700 Français en moins à Singapour : que se passe-t-il dans la Cité-État ?

Le nombre de Français inscrits au registre consulaire à Singapour a reculé en 2025. La cité-État comptait 11 498 inscrits au 31 décembre, soit près de 700 de moins qu’au 31 décembre 2024. Singapour reste la deuxième communauté française d’Asie du Sud-Est, derrière la Thaïlande. Peut-on expliquer ce recul ?

Les français de singapour sont en diminution en nombre Les français de singapour sont en diminution en nombre
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 6 novembre 2026

 

Alors que le nombre de Français inscrits au registre consulaire progresse de 1,7 % dans le monde en 2025, Singapour fait partie des pays où la communauté française recule. Selon le Rapport du Gouvernement sur la situation des Français établis hors de France en 2025, 11 498 Français étaient inscrits au registre à Singapour au 31 décembre 2025. Un an plus tôt, ils étaient 12 196. La communauté enregistrée a donc diminué de 5,7 %, soit près de 700 inscrits en moins.

 

Français de l’étranger : ce que change vraiment l’inscription au registre consulaire

 

 

11 498 Français inscrits à Singapour fin 2025

11 498 Français sont officiellement inscrits au registre des Français établis hors de France à Singapour au 31 décembre 2025. Le rapport classe Singapour au 33e rang des pays d’accueil des Français dans le monde. La cité-État se situe désormais derrière l’Irlande (11 932 inscrits) et l’Autriche (11 520), mais devant le Chili (9 516) et la Suède (9 378). Cette baisse intervient alors que la tendance mondiale est inverse : le registre compte 1 784 975 Français inscrits à l'étranger fin 2025, en hausse de 1,7 % sur un an. C’est la quatrième progression consécutive depuis la crise sanitaire.

 

1,75 million de Français à l’étranger, une communauté jeune et en croissance

 

 

Singapour, deuxième communauté française d’Asie du Sud-Est

Malgré son recul, Singapour conserve une communauté française importante à l'échelle régionale. Au 31 décembre 2025, la Thaïlande arrive devant, avec 16 070 Français inscrits, en hausse de 2,55 % en un an. Le Vietnam compte 6 957 inscrits, en progression de 0,22%. Le Cambodge enregistre 5 088 Français, une hausse de 0,77% sur un an. L'Indonésie compte officiellement 3 135 ressortissants, un chiffre en forte baisse (-9,04%). A l’inverse, la Malaisie compte 2 937 Français inscrits, soit une hausse de 4,91%. Le Laos, avec 2 120 Français et les Philippines, 3 029 enregistrent des hausses respectives de 1,78% et 0,87%. 

Plusieurs grandes communautés françaises d'Asie progressent fortement. C’est le cas du Japon qui gagne 7,59 % Français et de la Corée du Sud, 8,50 % en un an.

 

99 pays enregistrent un solde positif en 2025 de Français inscrits au registre consulaire, tandis que 65 connaissent une baisse. Singapour figure parmi les 11 pays où le recul se situe entre 5 % et 10 %.

 

 

 

L’inscription consulaire est gratuite, volontaire et valide 5 ans

La rédaction a essayé de mener plusieurs hypothèses à cette baisse du nombre de Français inscrits à Singapour. 

Il est important de rappeler que l'inscription au registre consulaire est volontaire. Pour le dire autrement, les 11 498 personnes recensées ne représentent donc pas nécessairement l'ensemble des Français vivant à Singapour. Le rapport estime ainsi entre 2,8 et 3,2 millions le nombre total de Français établis à l'étranger, contre 1,78 million effectivement inscrits au registre. Ainsi, les 698 Français qui ne sont plus visibles au registre consulaire n’ont pas nécessairement quitté Singapour. L'inscription au registre étant valable 5 ans, il est aussi possible que certains ne l’aient pas renouvelée. Les statistiques officielles du registre ne permettent pas de connaître précisément les flux réels d'arrivées et de départs. 

 

 

Les entreprises françaises envoient-elles moins de cadres à Singapour qu'avant ? 

Sans justifier totalement la baisse de Français présents à Singapour, l’année 2026 est marquée par plusieurs départs et fin de contrats d’expatriation décidés par les sièges sociaux d’entreprises françaises. Citons par exemple Total Energies. 

 

Nous observons une évolution vers un modèle de recrutement davantage local et régional

 

Alors, faut-il regarder du côté des stratégies des entreprises françaises ? Nous avons posé la question à Charles Disneur, Head of Sales and Marketing chez Adecco Singapour, réseau mondial d'agences d'emploi : “par rapport à il y a cinq ou dix ans, les entreprises françaises implantées à Singapour ont moins tendance à recourir systématiquement à des collaborateurs transférés depuis la France. Nous observons une évolution vers un modèle de recrutement davantage local et régional, dans lequel les talents singapouriens, les résidents permanents et les professionnels d’Asie du Sud-Est occupent une part croissante des fonctions commerciales, opérationnelles, mais aussi des postes de direction.” analyse-t-il. 

Les expatriés français n’ont pas disparu pour autant, mais leur recrutement répond de plus en plus à des besoins bien identifiés : “Je citerai par exemple une expertise spécifique, une fonction de direction régionale ou le lancement d’une nouvelle activité. Le modèle traditionnel de l’expatriation de longue durée tend également à devenir moins fréquent, au profit de contrats locaux, de mobilités régionales et de missions plus ciblées.” 

 


 

Singapour accueille-t-elle toujours les travailleurs étrangers ? 

Selon Charles Disneur,  cette évolution de l’expatriation vers le contrat local  s’inscrit aussi dans un contexte où les conditions d’accès aux work passes sont devenues progressivement plus exigeantes.  

 

Les entreprises sont plus sélectives et doivent démontrer la valeur ajoutée d’un recrutement international

 

Il est observé un certain durcissement du marché du travail pour les étrangers. Le seuil de salaire de l'Employment Pass est passé à S$5 600 pour les nouvelles demandes en 2025 et Singapour vient d'annoncer une nouvelle hausse à S$6 000 en 2027. Singapour continue d’attirer les talents étrangers, mais veut clairement privilégier une main-d’œuvre étrangère plus qualifiée et mieux rémunérée. “Le salaire évolue également avec l’âge du candidat. À cela s’ajoute désormais COMPASS, qui évalue notamment le niveau de rémunération, les qualifications et la complémentarité du profil avec la main-d’œuvre locale.” explique Charles Disneur. “Cela ne signifie pas que Singapour se ferme aux talents internationaux. Cela pousse plutôt les entreprises à être plus sélectives et à mieux démontrer la valeur ajoutée d’un recrutement international par rapport aux compétences disponibles localement.”

 Est-ce que cela peut peser sur les nouvelles arrivées de Français à Singapour ? Les données disponibles ne permettent pas d'établir une corrélation avec la baisse de 5,7 % du nombre de Français inscrits au consulat en 2025. Il est pourtant indéniable que le modèle évolue vers moins d’expatriations systématiques. 

 

Singapour reste très attractive pour les expatriés, malgré un coût de la vie élevé Singapour arrive en 2ème position au classement mondial de la qualité de vie des expatriés 2026 d’InterNations, derrière l’Espagne. L’étude repose sur les réponses de 7 786 expatriés de 162 nationalités dans 31 destinations.  Les transports sont son principal atout. 100 % des expatriés interrogés apprécient aussi les possibilités de voyager depuis le pays. La sécurité est un autre argument majeur : 98 % des expatriés disent se sentir en sécurité, contre 81 % dans le monde. La stabilité politique est également très bien notée. La ville obtient aussi de très bons résultats pour les restaurants et la diversité culinaire. La santé est paradoxale car les expatriés saluent la qualité et la disponibilité des soins mais leur coût est fortement critiqué. 45 % des répondants jugent les soins trop chers. 

 

 

Expatriation : pourquoi Singapour séduit autant les Français malgré le coût de la vie

 

 

Le coût de la vie, facteur dissuasif pour s’installer à Singapour ? 

Reste un autre facteur à mettre sur la table : le coût de la vie à Singapour. Selon l’étude InterNations 2026, il est même le principal bémol à Singapour. 48 % des expatriés le citaient comme une préoccupation avant leur arrivée, contre 21 % dans le monde. Pour se donner une idée, en moyenne, le coût de la vie à Singapour est 37 % plus élevé qu'en France. Pour un expatrié français, le véritable enjeu est donc moins de savoir si Singapour est « chère » que de mesurer ce que son revenu permet réellement d’y vivre. Le logement reste de loin le principal poste de dépenses. Il peut représenter 30 à 50 % du budget mensuel. Il y a une forte pression immobilière (+20 à 30 % sur plusieurs années) à Singapour, due à l'afflux d'expatriés et aux retards de construction. Résultat, les loyers peuvent augmenter…Et dissuader de rester dans la Cité-Etat. 

La santé constitue un autre coût à anticiper. Les soins sont réputés pour leur qualité, mais restent largement payants pour les expatriés. À l’inverse, se nourrir et se déplacer peuvent rester relativement abordables. La scolarité internationale peut aussi bouleverser le budget. Il n’y a pas de données officielles non plus pour corréler une baisse de Français de l’étranger inscrits et le coût de la vie singapourien. 

 

Singapour, toujours un hub régional mais…

Singapour est un hub économique régional. Certaines entreprises internationales conservent leur siège ou leurs fonctions de direction régionale dans la cité-État, tout en répartissant leurs équipes opérationnelles dans les pays voisins (où les coûts d'installation et de fonctionnement peuvent être moins élevés) . Des fonctions peuvent ainsi être exercées depuis la Malaisie, le Vietnam, la Thaïlande ou l'Indonésie, sans que Singapour perde nécessairement son rôle de centre de décision. Dans ce contexte, certains Français qui quittent Singapour ne rentrent peut-être pas en France, mais poursuivent leur parcours professionnel ailleurs en Asie du Sud-Est. 

 

aucune donnée à notre disposition ne permet donc de confirmer un transfert de la communauté française vers les pays voisins.

 

Une hypothèse qui pourrait notamment éclairer le contraste entre le recul des inscriptions à Singapour (-5,7 %) et leur progression en Thaïlande (+2,55 %) ou en Malaisie (+4,91 %) ? Attention à ne pas faire dire aux chiffres ce qu'ils ne disent pas. Les statistiques officielles du registre consulaire ne renseignent ni sur la destination des Français qui ne renouvellent pas leur inscription, ni sur leurs motifs de départ. Elles ne permettent pas davantage de savoir si ces mobilités sont liées à une évolution des stratégies de recrutement des entreprises ou à un arbitrage sur le coût de la vie. Pour le dire autrement, aucune donnée à notre disposition ne permet donc de confirmer un transfert de la communauté française vers les pays voisins. Une chose est certaine, les 698 inscriptions de moins à Singapour en 2025 ne racontent pas - à elles seules - 698 retours en France.

 

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