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BIENNALE DE VENISE d’ARCHITECTURE- Variations autour du « FREE SPACE »

Par Capucine de Cointet | Publié le 03/07/2018 à 14:00 | Mis à jour le 04/07/2018 à 02:09
BIENNALE architecture venise pavillon singapour

La  16ème Biennale d’architecture, qui se tient à Venise jusqu’au 25 novembre 2018, réunit cette année 65 pays répartis sur plusieurs sites vénitiens : du  majestueux Giardini, en passant par l'Arsenal ou par des, palais vénitiens, cette déambulation architecturale offre une visite hors norme. Par le lieu, Venise et par les propositions d’Architecture autour d’une thématique commune : le FREE SPACE. S’il fallait une démonstration que l’architecture est le reflet d’une culture, d’un lieu, d’un temps. Là voilà peut-être ! 

 

En effet, le thème de cette année, proposé par les Irlandais Yvonne Farrell et Shelley Mac Namara, lauréats du Lion d’Argent à la biennale de 2012 invitait les architectes à créer autour du Free Space, l’espace libre 

Dans leur manifeste inaugural de cette 16ème biennale, publié en mai 2018, les deux auteurs tentaient une définition de cette  notion de « Freespace » et insistaient sur « une générosité d'esprit et un sens de l'humanité, en mettant l'accent sur la qualité de l'espace lui-même, la capacité de l'architecture à fournir des dons spatiaux gratuits et supplémentaires à ceux qui l'utilisent ». 

Et là, magie de la culture, de sa compréhension, de son environnement architectural, la notion de free space a donné lieu à des interprétations bien différentes.... Alors que les architectes français entendaient Liberté, les singapouriens intégraient plutôt les contraintes d’une urbanité dense en proposant des espaces vacants. 

 

Le pavillon Singapourien
Le pavillon singapourien, biennale d'architecture de Venise, mai 2018  

 

Le pavillon Singapourien : "No more Free space"

Le pavillon de Singapour a choisi de mettre en avant les "dons spatiaux" que peuvent offrir la ville de Singapour en réponse au manque d'espace. 

Autour du titre "No more Free Space" les curateurs, tous issus d’organismes publics de la cité-Etat, Universitaires, ou fonctionnaires de l’Urban Redevolpment Adminitration (URA) ont choisi de mettre en avant des projets qui transforment la contrainte omniprésente du manque d'espace en possibilités créatives : 12 projets d’architectures de la ville de  Singapour sont ainsi mis en avant dans leur genèse et leur déroulement et sont projetés sur des écrans, reliés entre eux. 

Le visiteur découvre ainsi un magnifique projet de maison individuelle, la "T house" de Linghao Architects, où la végétation, la pluie, l'air, le soleil, sont complètement immergés dans le salon, où les occupants de la maison peuvent vivre ensemble, cultiver des plantes et profiter de l'extérieur à l'intérieur.

Ou encore la construction du Khoo Teck Puat Hospital (CPG Consultants Pte Ltd & RMJM Hillier) où a été intégré l'étang voisin dans la conception globale. Cela a transformé l'hôpital en un parc de promotion de la santé sur le bord de l'eau pour les patients et les résidents du voisinage afin de l'utiliser pour l'exercice, les loisirs, l'interaction et la récupération.

 

Les autres projets marquants de cette édition 

Le pavillon français a choisi de s’intéresser à des lieux se transformant avec leur usage et se réinventant, au contraire de l’architecture spectaculaire.

Les curateurs Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard de l'agence "Encore Heureux" ont décidé de mettre en avant la part de liberté que peut offrir certains lieux, certaines architectures, et mettent en avant des lieux d’hospitalité, des refuges. Pour en citer quelques uns : le 104 à Paris, la Belle de mai à Marseille, le Tri postal à Avignon. Ils revendiquent chacun à leur manière la place alternative de l’architecte qui, au-delà du bâtiment, se doit de construire du lien, des équipes, des histoires qui iront parfois bien plus loin que l’enveloppe qui les a vu naître.

Lieux-infinis_EH©Cyrus-Cornu, biennale Venise, 2018
Lieux-infinis, EH©Cyrus-Cornu, Biennale d'architecture de Venise, 2018 

 

Dix lieux sont présentés dans la pièce centrale. Ils sont mis en scène tel un cabinet de curiosité regroupant des objets emblématiques de chaque lieu, des maquettes, des vidéos. 

Puis trois salles périphériques analysent la notion de lieu infini, l'explorent à travers des ateliers, et l'enrichiront avec un atlas mondial collaboratif

Il est d'ailleurs possible de découvrir le « 11ème» lieu infini sur l'ile du Lido à Venise ou sont programmés des évènements sur le site d'Eperienza Pepe. 

 

Hors du tumulte de la Sérénissime, 10 chapelles réalisées par de grands noms de l’Architecture, Norman Foster, Edouardo Souto de Moura ….  ont été installées dans les jardins de l'ile San Giorgio Maggiore.  

Il s'agit de la 1ère année que le Saint-Siège participe à la biennale d'architecture. 

Cette participation s’inscrit dans le cadre général du dialogue avec l’art contemporain entrepris par le cardinal Ravasi, depuis qu’il préside le conseil pontifical de la culture détaille à La Croix le P. Laurent Mazas, directeur exécutif du Parvis des gentils, instance créée par le Saint-Siège pour favoriser la rencontre et le dialogue entre croyants et non-croyants. 

« Une visite des dix chapelles du Vatican est une sorte de pèlerinage non seulement religieux mais aussi laïc. C’est un chemin pour tous ceux qui souhaitent redécouvrir la beauté, le silence, la voix intérieure et transcendante, la fraternité humaine d’être ensemble dans l’assemblée des hommes, et la solitude de la forêt où l’on peut expérimenter le bruissement de la nature temple cosmique » explique le Cardinal Gianfranco Ravasi, 

 

 Terunobu Fujimori, Architecte, Biennale d'architecture, Venise 2018
Terunobu Fujimori, Architecte, Biennale d'architecture, Venise 2018 

Terunobu Fujimori, Architecte, Biennale d'architecture, Venise 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque chapelle contient les deux éléments liturgiques : l'ambon (chaire ou pupitre) et l'autel, mais sinon les différents architectes sont libres d'exprimer le reste comme ils l'entendent.

Quelle joie de parcourir ces lieux de spiritualité et de méditation  qui offrent une ouverture, et une pause à ce parcours vénitien. 

Ces chapelles seront démontables car le Vatican souhaite les reconstruire dans des localités qui n’ont pas de lieu de culte.

Cette année, le Lion d’or, prix remis à Venise à cette occasion,  a été attribué au pavillon Suisse installé dans les Giardini, réalisé par la jeune  équipe d’architectes de l’EPF Zurich, Alessandro Bosshard, Li Tavor, Matthew van der Ploeg et Ani Vahervaara, et la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia, projet intitulé : Svizzera 240- House Tour

Les architectes helvétiques ont choisis d'envisager le thème de "freespace" non plus comme une construction d'espaces généreux d'architecture mais sur le thème de sa représentation. Il propose au visiteur de parcourir un appartement et créaient la surprise, l’interrogation par la représentation du même espace à plusieurs échelles. 

Tous les repères volent en éclats. Le visiteur n’est plus résident, bâtisseur ou acheteur,  ni même universitaire ou architecte, il devient un sujet entièrement nouveau dans l’architecture, un touriste de maison. 

 

Pour résumer, allez vous balader à Venise où cette biennal enthousiasmante est ressentie comme un espoir où l’Homme est le centre de l’architecture contemporaine et surtout la clef de son renouvellement...

 

CAPU

Capucine de Cointet

Architecte, elle réalise des projets privés d'envergure et des scénographies d'expositions
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