Bertrand Colas, un garagiste français à Singapour

Par Jean-Michel Bardin | Publié le 10/11/2022 à 18:30 | Mis à jour le 10/11/2022 à 18:30
Famille Colas garagiste francais singapour

Si la restauration est un domaine où on trouve communément des Français à Singapour, il est plus original de trouver ici un de nos compatriotes dans la réparation automobile. Pourtant il y en a bien au moins un, Bertrand Colas, qui est installé à Singapour depuis 7 ans. A Kaki Bukit, le quartier où son garage est situé, il n’y a pas un « ang moh » dans un rayon de 2 km.

 

Bertrand, qu’est-ce qui vous a amené à Singapour ?

En 2011, je suis allé en Corée dans le cadre d’une année d’échange avec l’école de commerce ou j’ai fait mes études. J’y ai alors rencontré une Singapourienne qui est devenue ma femme. Nous nous sommes d’abord installés en France. Mais, après deux ans, nous avons déménagé à Singapour, car elle souhaitait se rapprocher de son père qui avait des problèmes de santé. Cela fait maintenant sept ans que je suis ici.

 

Comment peut-on être français et garagiste à Singapour ?

Le domaine de l’automobile n’est pas une passion, mais plutôt un terrain où je peux travailler avec mes mains, ce qui est vraiment ce que j’aime.

Je suis originaire de la Bretagne et fils d’agriculteur. A la ferme, on est amené à mettre la main à la pâte dès son plus jeune âge, par exemple conduire des tracteurs. Mon rêve de jeunesse était d’avoir une ferme en Bretagne, comme mes parents. Mais aujourd’hui en France, l’exploitation agricole est devenue une activité où il est de plus en plus difficile de survivre.

En rentrant de Corée du Sud, j'ai suivi une formation d'école de commerce en alternance dans la fabrication de cabines de camions à l’usine Renault Trucks de Caen. Je me suis ainsi familiarisé avec l’univers de l’automobile.

Il se trouve que mes beaux-parents tiennent un garage à Singapour. C’est donc tout naturellement que les ai rejoints pour y travailler à mon arrivée ici.

Il y a un an, j’ai voulu me mettre à mon compte dans le même secteur. J’ai commencé par des activités ne nécessitant pas de charges fixes, comme de l’importation de véhicules avec un partenaire local. Il faut noter que la hausse du COE ces derniers mois a conduit à des marges plus élevées. En mars de cette année, j’ai pris un local dans un immeuble industriel spécialisé dans l’automobile dans le quartier de Kaki Bukit. Il faut savoir qu’à Singapour, non seulement les quartiers sont spécialisés par type d’occupations (industriel, habitation, commercial, …), mais il y a aussi une spécialisation des immeubles à l’intérieur des quartiers industriels (automobile, alimentation, matériel, …). Mon entreprise s’appelle Eevole auto. J’y exerce pratiquement toutes les activités que l’on peut trouver dans le secteur (réparation, peinture, estimations suite à un accident, …), et ce sur tous types de voitures. Je fais aussi de la location de voiture, et, de manière occasionnelle, de l’achat-vente de voitures. L’aide d’un partenaire local est indispensable, car les fournisseurs ne parlent pas souvent bien anglais et préfèrent discuter en chinois. Je parle un peu mandarin, suffisamment pour des conversations courantes, mais pas assez pour des négociations, d’autant que certains recourent aux dialectes. De toute façon, dès qu’ils comprennent que vous n’êtes pas l’un des leurs, beaucoup vous raccrochent au nez.

 

vehicule de police
Un véhicule blindé des forces spéciales de Singapour (copyright Flickr)

 

A côté de cela, je consacre une part importante de mon temps à la maintenance (préventive et réparations) de véhicules des forces spéciales singapouriennes (analogues de nos CRS), qui ont été renouvelés suite aux incidents de Little India en 2013.

 

Quelles sont vos activités en dehors de votre profession ?

Comme vous l’avez vu, mes journées sont déjà bien remplies. Je consacre l’essentiel de mes loisirs à mes deux enfants, un garçon et une fille, aujourd’hui âgés de 2 an et demi et de 10 mois. Le weekend, nous allons dans les piscines municipales, pique-niquons sur East Coast ou nous promenons sur Bishan park, Old Upper Thomson road. Avant je faisais beaucoup de vélo, mais maintenant, les occasions se font plus rares.

Mon activité professionnelle rend aussi difficile des vacances à l’étranger. En effet, les clients sont ici habitués à un service 24/24 et 7/7 et leur loyauté est limitée. S’ils n’arrivent pas à vous joindre, au bout de quelques appels, ils vont faire affaire ailleurs, et ce sont des clients perdus. Là aussi avoir un partenaire est essentiel pour assurer la continuité. Lorsque l'on a déjà voyagé lors de notre arrivée à Singapour, nous étions enthousiasmés de prendre un billet d'avion pour visiter l'Asie du Sud, maintenant, avec les années et les contraintes, on se plaît désormais à rester ici et à redécouvrir les curiosités et joies locales.

 

Que pensez-vous de Singapour ?

Singapour est un très bon pays pour travailler et élever des enfants. Nous nous sentons en sécurité mais la ville en elle-même est parfois oppressante, notamment la pression financière y est forte. Un jour, il faudra penser à en partir, peut-être dans une vingtaine d’années.

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Jean-Michel Bardin

Scientifique de formation, mais curieux de tout. Ingénieur IT de profession, mais artiste de coeur. Citoyen du monde, d'une jeunesse au Maroc à la retraite à Singapour.
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