À l’occasion de la rentrée parlementaire, la députée des Français établis hors de France fait le point sur ses priorités : loi de finances, éducation, protection des enseignants, réforme de l’AEFE et Présidentielles. Elle défend notamment une évolution du modèle du réseau d’enseignement français à l’étranger.


À l’occasion de cette rentrée parlementaire, quelles sont vos priorités en tant qu’élue des Français de l’étranger ?
Ma priorité est le budget et ma présence obligatoire à l’Assemblée nationale. Cela va beaucoup limiter les possibilités de déplacement. Ensuite, je travaille sur les sujets que ma commission me demande de suivre. J’ai notamment trois missions sur lesquelles je travaille, liées à l’éducation.
L’une porte sur le maillage territorial. Une autre porte sur un rapport budgétaire consacré à la mission d’enseignement scolaire, pour lequel j’ai choisi de travailler plus particulièrement sur la rémunération des enseignants. Une troisième mission - toujours pour la même commission - porte sur les mesures de soutien qui existent pour les enseignants et les personnels de l’éducation face aux menaces dont ils font l’objet. Nous le voyons bien avec cette rentrée scolaire. Ces menaces peuvent être physiques, verbales ou cyber. C’est une mission très importante, qui dure six mois et dont les conclusions seront rendues en février 2027. Je crois que c’est important de rappeler aux Français de l’étranger que le député travaille au sein d’une commission. C’est une part importante du travail du parlementaire.
Un sujet m’importe particulièrement : la situation de nos écoles françaises à l’étranger.
Dans mes priorités, il y a évidemment les débats en Hémicycle. Ce sont des sujets très nationaux, je dirais. Je travaille aussi sur des sujets liés à la présidentielle. Je me mobilise - en dehors de mon temps de parlementaire - sur le sujet de la campagne présidentielle.
Un sujet m’importe particulièrement : la situation de nos écoles françaises à l’étranger. Dans ma circonscription, par exemple, certaines écoles n’ont pas encore signé l’avenant qui leur a été demandé de signer. Je suis en relation étroite avec le nouveau directeur de l’AEFE, Alexandre Morois, avec lequel j’ai eu un très bon contact, pour essayer de voir comment on peut accompagner nos écoles qui vont faire face à des difficultés.
Il y a une mission qui vous tient particulièrement à cœur ?
Le soutien aux enseignants victimes de menaces de toute nature me tient à cœur. Il s’agit de de contestation de leur enseignement, d’insultes, d’injures, de bousculades, d’agressions physiques. D’ailleurs, j’ai pris le temps de regarder la mini-série coréenne qui est sur Netflix. J’aime bien aussi m’imprégner des éléments de culture des différents pays de ma circonscription. La série s’appelle Que ça te serve de leçon et se passe en milieu scolaire coréen. Elle illustre très bien tous ces phénomènes auxquels les enseignants sont soumis, y compris de la part des parents.
À l’étranger, ce sont des sujets parfois tabous, difficiles, parce que nous n’avons pas toujours le choix des établissements scolaires. Parfois,il n’est pas possible de changer un enfant de nature difficile d’établissement. Mais alors qu’est-ce qu’on peut faire à la fois pour protéger nos enseignants, à des milliers de kilomètres de la France ?
Pour l'AEFE, ’est le modèle du partenariat qui est le meilleur.
Vous parliez de l’AEFE. Vous êtes en contact avec Alexandre Morois concernant la réforme ?
Je n’ai pas plus d’éléments sur la réforme. J’ai trouvé face à moi quelqu’un qui porte une véritable vision, une véritable ambition pour l’AEFE. Je lui ai partagé ma vision. Aujourd’hui, nous avons un modèle à trois pieds qui pose problème, qui conduit à des inégalités profondes entre ces différents systèmes, de différentes natures, pas forcément en matière de progression des élèves d’ailleurs.
C’est le modèle du partenariat qui est le meilleur. L’AEFE doit être une agence de service, mais qui donne des services de grande qualité. Pour vous résumer, il pourrait y avoir un contrat de base, comme une convention à laquelle s’ajouteraient différents services, comme des « plug-ins » pour enrichir l’offre et répondre aux besoins que l’établissement pourrait avoir. Cette démarche est pour assurer la qualité de notre réseau, sa compétitivité.
Réforme AEFE : Alexandre Morois dévoile ses priorités et veut restaurer la confiance
Moi, je le redis comme ancienne ministre de l’Éducation nationale, le système actuel pose plusieurs problèmes. Par exemple, il faut savoir que, lorsqu’un professeur est nommé comme résident dans son académie, et qu’il est envoyé comme professeur de mathématiques à l’étranger, son poste dans l’Académie reste. C’est-à-dire que le recteur de l’académie ne peut pas embaucher quelqu’un d’autre à sa place. C’est aujourd’hui une difficulté importante.
Leurs collègues devant alors assurer ces postes vacants, je préfèrerais que les professeurs démissionnent, mais à condition qu’ils puissent revenir très facilement. L’idée est de clarifier la situation par rapport à leur académie d’origine. Et, s’ils reviennent dans cinq ans, ils peuvent revenir, valoriser leur parcours et trouver un poste qui prend en considération leur expérience et leur compétence. Il faut pouvoir permettre et faciliter cette mobilité sans pénaliser le territoire national, tout en permettant aux établissements d’être enrichis de la qualité de nos enseignants.
La loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) est au cœur des débats de l’Assemblée nationale. Les Français de l’étranger sont-ils pris en compte dans ce texte ?
Il faut comprendre que lorsqu’on est à l’étranger, l’État français ne peut pas tout. Le Français résidant de l’étranger se trouve dans une juridiction qui n’est pas la nôtre. Nous faisons le maximum de ce que l’on peut faire, notamment former nos agents consulaires pour qu’ils sachent recueillir la parole et voir comment on peut agir auprès de ces femmes et ces enfants, et les orienter vers les bons dispositifs.
Il y a aussi beaucoup qui est fait concernant la protection des femmes victimes de violences conjugales. Je pense à Chloé Vialard, une avocate française à Singapour, qui est à l’initiative d’une permanence juridique. A ma connaissance, il n’y a aucun pays qui fait ça pour ses ressortissants. Je veux quand même le rappeler. Il faut se féliciter que cela puisse exister et améliorer ce qui peut l’être.
Je suis beaucoup pour la formation des élus, parce qu’ils font aussi partie de ceux qui maillent nos territoires et peuvent aussi recueillir la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles
Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur les amendements que vous avez déposés face à cette loi intégrale ?
Je suis beaucoup pour la formation des élus, parce qu’ils font aussi partie de ceux qui maillent nos territoires et peuvent aussi recueillir la parole. Ce n’est pas facile de recueillir la parole de quelqu’un qui est victime de violences, quelle qu’en soit la nature.
Ma collègue Caroline Yadan a déposé un très bon amendement adopté en commission. Il permet que la future autorité de lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales - qui aura l’obligation de faire un rapport annuel - , intègre dans son rapport un chapitre consacré aux Français de l’étranger.
Nous pourrions aussi nous poser la question des dispositifs pour les victimes de violences qui rentrent en France. Je pense aux lieux d’hébergement, la prise en charge de la Sécurité sociale. C’est aussi la liberté de chacun de prendre des assurances supplémentaires. Je suis attentive aux situations de violence. Mais je pense que, lorsque l’on est à l’étranger, pour l’immense majorité des Français qui s’y trouvent, c’est un choix personnel qu’il faut assumer jusqu’au bout : que ce soit pour sa retraite, pour sa santé, pour l’éducation de ses enfants, pour sa sécurité. Il y a un moment où notre loi française ne peut pas s’appliquer sur l’ensemble des 24 fuseaux horaires.
Quand le retour en France ne met pas fin aux violences subies en expatriation
Face aux ingérences étrangères, pensez-vous que les communautés françaises sont assez sensibilisées à toute potentielle manipulation de l’information ?
Je pense qu’elles ne sont ni plus ni moins sensibilisées que celles du territoire national. C’est l’ouverture d’esprit que chacun a, la curiosité spontanée qu’on peut avoir vis-à-vis de la presse ou du pays dans lequel on se trouve. Par exemple, Singapour est extrêmement proactif sur ce sujet-là. D’autres pays le sont peut-être moins. Le sujet de l’ingérence est un sujet de responsabilité individuelle. J’observe parfois qu’il y a des communautés françaises qui sont très réceptives aux messages qu’elles peuvent avoir localement. Et ça, nous n’y pouvons rien. C’est leur liberté, c’est leur droit. Et l’État français n’y pourra rien.
Les partis politiques ont très bien compris que les Français de l’étranger sont nombreux à voter et qu’ils avaient besoin de nos voix
A l’approche de la présidentielle se pose justement la question de cette ingérence étrangère qui entre dans les campagnes…
Bien sûr, il y a de la manipulation d’informations et des fausses informations qui circulent. Aujourd’hui, nous savons que, dans toute l’Asie du Sud-Est, le récit russe est extrêmement présent, parce que la Russie a déployé des outils de propagation de son récit. Il faut prendre du recul avec un esprit critique nécessaire. Nos communautés françaises sont exposées, comme les communautés locales.
L’enseignement français est très proactif sur le développement de l’esprit critique et l’ouverture d’esprit de ses élèves. Est-ce que cela peut être une façon de se protéger de ces manipulations ?
Oui bien sûr, cela fait d’ailleurs partie du programme scolaire, notamment dans ce qu’on appelle l’EMC, l’enseignement moral et civique. L’article 312-15 du Code de l’éducation justement dit très spécifiquement qu’il faut sensibiliser nos élèves aux phénomènes de manipulation de l’information, à la qualité des données que l’on trouve sur un site internet ou sur un réseau social. L’école joue sa part, mais autant à l’étranger qu’en France.
Je m’opposerai très fermement à cette idée d'impôt universel
A quelques mois du vote, pensez-vous que les Français de l’étranger sont un angle mort de cette campagne présidentielle ?
En quoi pourraient-ils être un angle mort ? Quand je vois l’activisme des différents partis politiques, je ne crois pas que les communautés françaises de l’étranger représentent un angle mort. Les partis politiques ont très bien compris que les Français de l’étranger sont nombreux à voter et qu’ils avaient besoin de nos voix.
La communauté à l’étranger est ultra-dynamique et participe largement et de manière magnifique à notre influence. Nous avons plein d’entrepreneurs, de chefs d’entreprise, d’artisans, d’académiques qui font un travail remarquable pour faire exister la France partout dans le monde. Depuis 2017, je trouve que les préoccupations des Français hors des frontières sont de plus en plus prises en considération. Je pense notamment aux relations avec les différentes administrations. Les services sont modernisés, il y a plus d’outils et de suivi. Évidemment, c’est toujours perfectible.
Mi-septembre, j’étais à la Direction des Impôts des non-résidents. j’ai assisté à l’appel d’un ressortissant français qui venait demander un conseil pour comprendre son avis d’imposition. La qualité de l’accueil était remarquable.
Pour terminer, avez-vous un mot particulier à adresser ?
Je voudrais dire que, dans le cadre de la loi de finances, je serai très vigilante à tous les amendements que certains groupes politiques peuvent déposer, notamment sur le fameux impôt universel. C’est un “non” absolu, catégorique. Je m’opposerai très fermement à cette idée totalement inique.
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