Lundi 18 novembre 2019
Singapour
Singapour
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

PHOTOGRAPHIE – Corinne Mariaud, belles comme des iMages

Par Cécile Brosolo | Publié le 23/05/2017 à 12:52 | Mis à jour le 24/05/2017 à 01:45
Corinne Mariaud Fake-I-real-me

La quête d'une beauté parfaite est au c?ur de la nouvelle exposition de la photographe Corinne Mariaud : « Fake i Real me » présente 23 portraits de jeunes femmes au visage parfait, retouché en vrai comme on retouche une image sous Photoshop. Lentilles, maquillage et chirurgie esthétique, ... tous les artifices pour atteindre un idéal de beauté sont utilisés. Une nouvelle fois, Corinne Mariaud questionne, par ses portraits, notre rapport à l'apparence physique et à la féminité. 


www.lepetitjournal.com/singapour - De quoi cette exposition, FAKE i REAL ME, parle-t-elle ?  

Corinne Mariaud ? Cette série présente des portraits de jeunes femmes singapouriennes et coréennes qui prêtent beaucoup d'importance à leur apparence physique et qui utilisent de nombreux artifices pour être belles.

A Singapour, les jeunes femmes que j'ai photographiées portent des lentilles pour colorer et agrandir les pupilles. Ce qui m'a intrigué, c'est que ces lentilles cachent le regard. Or, on dit souvent que les yeux sont le véritable lien entre l'extérieur et l'intérieur, l'apparence et qui on est vraiment, « les fenêtres de l'âme » ; beaucoup de choses passent par le regard. Ces lentilles interfèrent sur ce lien, elles sont comme un masque.

En Corée du Sud, la recherche de la perfection est poussée à l'extrême. Il y a une forte pression sociale autour de la beauté, et les jeunes femmes placent la beauté parmi les choses les plus importantes de leur vie. Elles utilisent donc tous les moyens possibles pour être belles : des lentilles de couleur comme à Singapour, mais également beaucoup de maquillage, tout en subtilité, pour sculpter le visage en redessinant les ombres et lumières, ou encore des injections de produits tels que l'acide hyaluronique pour combler toutes les irrégularités du visage, et jusqu'à la chirurgie esthétique. Les jeunes filles y ont parfois recours dès l'âge de 15 ans, avec le soutien de leurs parents. Elles débrident les yeux, retouchent le nez, et certaines vont très loin dans la chirurgie, comme raboter la mâchoire pour avoir un menton pointu ou remonter les commissures des lèvres pour avoir « le sourire permanent ».

Comment cette série est-elle née ?

- A Singapour, ça a commencé un peu par hasard, lorsque j'ai rencontré dans une boutique un jeune singapourien qui avait de grands yeux bleus intenses. J'étais tellement surprise et captivée que je n'ai pas pu m'empêcher de l'aborder, et il m'a répondu qu'il portait des lentilles de couleur. J'ai alors commencé à remarquer ces lentilles un peu partout dans la rue, les magasins.

Pour la Corée, c'était différent. C'est un travail que j'avais déjà prévu depuis quelques années, quand j'étais en France. J'avais lu beaucoup d'articles sur la société coréenne, notamment sur la beauté et la chirurgie, et le thème m'intéressait particulièrement. Je suis donc allée à Séoul pour faire ces photographies.

Après mon arrivée à Singapour et la fin de ma précédente exposition (ndlr : I Try so Hard, lire notre article : Corinne Mariaud, ou la résistance souriante), c'était très important pour moi de faire un travail sur Singapour et j'ai décidé de faire des portraits de singapouriens qui portent ces lentilles. Au fur et à mesure, j'ai rencontré des jeunes gens qui faisaient aussi de la chirurgie esthétique, et les deux séries ne sont rejointes pour former un tout.

La quête de la beauté rejoint la question de l'identité. Dans quelle mesure ces jeunes femmes affirment-elles un style unique pour être elle-même, ou se conforment-elles à un idéal de beauté, à une féminité stéréotypée ?

- C'est ce m'intéresse particulièrement dans ce projet. Il pose la question de l'apparence et de la féminité, de la relation au corps, et du pouvoir sur son physique. 

D'un côté, ces femmes décident de leur corps, elles prennent le pouvoir en quelques sortes, et font ce qu'elles veulent pour se construire une apparence qui leur convient mieux. C'est très ambigu bien sûr car elles ont l'impression de créer un style personnel, intime, et en même temps elle se plient consciemment, ou inconsciemment, à des stéréotypes et des influences extérieures. Mais n'obéit-on pas toujours à un certain conditionnement finalement ?

L'autre aspect est aussi bien sûr la question du vrai et du faux, et c'est également assez ambigu parce que, pour elles, elles utilisent des artifices pour aller vers le vrai, être elles-mêmes, se sentir mieux, transformer leur relation aux autres et mieux communiquer. Le titre de la série, Fake i real me, reflète cette ambiguïté.

fake i real Me - (c) Corinne Mariaud
Fake i Real Me - photos (c) Corinne Mariaud

On ne voit que leur visage. Le reste du corps ne fait pas l'objet d'autant d'attention de leur part ?

- En effet, j'ai l'impression que tout est concentré sur le visage. Le reste du corps ne semble pas faire l'objet d'autant d'attention ; leurs opérations sont concentrées sur le visage. C'est assez fascinant et à relier sans doute avec la culture asiatique et le concept chinois de Mianzi, la « face », l'autocontrôle en société, l'image publique positive.

Comment avez-vous rencontré ces jeunes femmes ?

- Cela n'a pas été facile de trouver des modèles. J'ai d'abord essayé de les aborder dans la rue, mais certaines étaient trop timides. Je les ai finalement contactées via les réseaux sociaux, et surtout instagram, qui ont une importance assez forte en Asie.

Cette exposition présente uniquement des portraits de femmes, mais vous avez également photographié des hommes. De quelle façon vos photographies explorent-elles la question de genre et la masculinité ?

- Oui, j'ai vu beaucoup de garçons à Singapour et surtout en Corée qui portent aussi des lentilles, qui se maquillent et font de la chirurgie esthétique. J'ai commencé aussi une série sur les hommes.

Il me semble en effet que la masculinité aussi doit être questionnée et qu'il y a peut-être une nouvelle approche de la masculinité, avec des hommes virils mais qui acceptent leur côté féminin, et qui attachent eux aussi une grande importance à leur apparence et à la beauté. En Corée, on les appelle les « Flower beauty boys », c'est un très joli nom. 

Dans ma série « désordre », je photographie des hommes bien habillés, en costumes, étendus dans des lieux publics. Ces corps couchés dans l'architecture urbaine semblent petits et fragiles, et en même temps perturbent l'image et renvoient une forme de puissance et de résistance car ils ne sont pas là où ils devraient être. Cette série explore aussi la masculinité, entre puissance et fragilité.

Corinne Mariaud Fake I real Me
Corinne Mariaud Fake I real Me


Comment êtes-vous venue à la photographie ?

- J'ai fait une école d'Art et je me suis spécialisée dans le graphisme, et j'ai commencé par travailler dans la publicité. Cela ne s'est pas révélé être une passion pour moi, mais c'était une belle opportunité pour exprimer ma créativité. Je me suis alors rendue compte que j'étais attirée par les arts visuels. Je me suis dirigée vers le cinéma dans un premier temps, et j'ai fait quelques courts métrages en tant qu'assistante réalisatrice, puis je suis venue progressivement à la photographie. Mon frère photographe et mes amis m'ont beaucoup aidé.

J'ai fait beaucoup de portraits de célébrités, d'écrivains, de réalisateurs, d'acteurs et actrices pour des magazines avant de me lancer dans un projet artistique personnel, qui me permette de raconter mes propres histoires.

 

Le site de Corinne Mariaud

Une artiste, deux expositions

Corinne Mariaud présente en ce moment deux expositions à Singapour

Fake i Real me

Exposition Solo

Présentée par Art + Shanghai Gallery
dans le cadre du festival Voilah!

Du 20 avril au 16 juin 2017
Art+ Shanghai Pop-Up Art Space Pop up Art Space
Tanglin Mall  #03-13

Toutes les infos ici

 

Human +, The future of our species

Cette nouvelle exposition de l'Art science Museum est consacrée à l'exploration des chemins futurs pour notre espèces, et à la question de l'être Humain dans un monde où l'Intelligence Artificielle, les robots et modifications géétiques prennent de plus en plus de place.

Des portraits de Corinne Mariaud sont exposées dans la section I « Augmented abilities », aux côtés d'autres artistes tels que la française ORLAN.

ArtScience Museum

Du 20 mai au 15 octobre 2017

toutes les infos ici

 

 

 

 

 

Nous vous recommandons

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile s'intéresse en particulier à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
0 Commentaire (s)Réagir

Vivre à Singapour

Épopée des naturalistes français à Singapour au XIXeme siècle

A Singapour, le 8 novembre 2019, a été lancé le livre « Voyageurs, Explorateurs et Scientifiques, The French and Natural History in Singapore ». Ce recueil d’histoire fournit une description détaillée

Expat Mag

TÉLÉTHON

Jonas : "La maladie m'emprisonne, mais je crois au traitement"

Jonas, jeune étudiant de 22 ans, a été diagnostiqué d’une calpaïnopathie à l’âge de 6 ans. Une maladie qui s’est installée progressivement et qui depuis l’adolescence grignote peu à peu ses muscles

Sur le même sujet