OMICRON en Chine : ça donne quoi ?

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 20/01/2022 à 14:18 | Mis à jour le 20/01/2022 à 20:07
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Les premiers foyers conséquents OMICRON ont démarré en Chine en Janvier alors que 2 foyers Delta se terminent. Où en est-on à J15 par rapport aux prophéties des uns et des autres ? l’équipe bénévole Solidarité Covid – Français de Chine qui analyse les foyers locaux et cas importés quotidiennement depuis le début de l’épidémie est bien placée pour vous apporter son éclairage d’expert sur un air de mythologie et tragédie classique.

 

On a tout entendu sur les perspectives d’arrivée en Chine d’Omicron, de 600 000 cas par jour à « La Chine ne pourra pas tenir la zero covid strategy », le dernier territoire au monde à s’y accrocher avec Macao et Hong Kong qui a d’emblée fermé ses restaurants à 18h, les écoles primaires dès l’éclosion du premier foyer depuis 7 mois. De notre côté, à Solidarité Covid – Français de Chine, nous avons voulu être optimistes et on avait dit que ça ne changerait pas grand-chose du fait de la politique de dépistage immédiat et de la courte durée d’incubation.

Force est de constater qu’on s’est trompés en partie pour les cas importés, mais pas pour les foyers locaux.

 

Omicron à l’importation : l’invasion des Barbares tourne à la tragédie grecque !

Pour les cas importés, on avait misé sur des nombreux tests positifs pré-voyage et donc annulations de voyage. Le problème c’est que les laboratoires agréés par les ambassades de Chine sont débordés par les tests des non-voyageurs, et donc il se passe 2.5 jours entre le prélèvement et l’embarquement. Résultat : des hordes de cas positifs à l’arrivée des vols en provenance des USA, Canada, Europe, Philippines, ça commence pour l’Australie et le Japon et même des pays qui ne déclarent plus grand-chose comme cas localement (comme le Timor Oriental).

 

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Grâce au travail quotidien de suivi des cas importés, nous maintenons une base de données unique sur les provenances. A ces pays s’ajoute le Vietnam qui livre quotidiennement des cas de ressortissants chinois en entrée terrestre dans le Guangxi, mais la provenance n’est pas publiée donc on peut seulement supposer (262 cas sur 31 jours). Les entrées terrestres du Laos se sont intensifiées ces dernières semaines, celles du Myanmar sont moins nombreuses que durant l’été. Les 3 pays voisins du Sud-Ouest de la Chine ont généré des foyers locaux liés aux entrées terrestres (Vietnam 20 cas, Laos 6 cas, Myanmar 383 cas).

 

Nous partîmes 500… nous nous vîmes 3000 en arrivant au port

Autant les autorités chinoises ont un processus relativement bien rodé pour organiser les confinements autour des foyers locaux, autant l’afflux de cas importés par avion est inédit depuis, générant un casse-tête logistique. Ça commence à saturer à Shanghai pour les hôtels de cas contact, car il y a eu en plus des 200 à 700 cas contact à « recaser » par jour, les milliers de cas contact et secondaires du micro foyer de Jing’an, initié par un voyageur en 3ème semaine de «Community Health monitoring » qui n’a pas respecté les consignes et  s’est promené en grand magasin, salon de thé avant d’être testé positif (8 cas au total). Ça sature également dans les hôpitaux prévus à cet effet car on se retrouve à Shanghai avec plus de cas importés importés qu’il n’y en avait eu sur la vague de Wuhan… Rassurez-vous, on n’a plus aucun cas sévère importé actuellement hospitalisé sur toute la Chine sur 1341 cas importés actifs au pic du 18 janvier (et pourtant les critères de sévérité de la Chine sont relativement stricts par rapport aux autres pays), la plupart des cas importés sont jeunes et vaccinés et sortent au bout de 10 à 20 jours pour une nouvelle quarantaine de 14 jours à l’hôtel…

 

Le Cheval de Troie des suspensions

Enfin, tout ça n’est que temporaire puisque le redoutable mécanisme du circuit breaker n’a pas été modifié d’un iota et ce sont plus de 160 vols qui ont été suspendus jusqu’à mi-mars, compagnies chinoises et étrangères logées à la même enseigne, bloquant dans leur pays de nombreux expatriés de Chine qui avaient tenu à faire le voyage pour Noël après 2 ans de séparation d’avec leurs proches, ainsi que des milliers de Chinois et propulsant les prix des prochains vols disponibles vers des sommets inégalés. Lorsqu’en Chine on a doublé le nb de cas importés, à Singapour où il n’y quasiment plus de quarantaine pour les arrivées internationales, pas de circuit breaker, on est passé d’une dizaine de cas par jour à près de 500 cas importés par jour. Hong Kong était parti sur une multiplication par 4-5 des cas importés, et a quasiment fermé son ciel. Donc avec « seulement » un doublement des cas sur 30 jours et des cas en entrée terrestre qui se poursuivent, la Chine se permet de maintenir le cap et consolider sa stratégie Zéro Covid.

 

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Omicron a fait exploser les compteurs en nb de cas, partout… seulement certains pays ont depuis longtemps renoncé aux tests, encouragés par la baisse de la mortalité (passée de 1.4% au 2nd semestre 2021 à 0.24% en janvier dans le monde) et la lassitude des populations. Par comparaison, l’incidence en Chine pour les cas locaux est de 0.08.

 

Les Athéniens s’éteignirent, faute de combattants…

Espérons la même chose pour les représailles de la DGAC vu que les compagnies aériennes chinoises ont plus de vols annulés au départ de Paris qu’Air France ces derniers jours…  Chers diplomates adeptes des « représailles », il y a d’autres moyens plus efficaces que les annulations en représailles pour atténuer la galère dans laquelle les voyageurs vers la Chine se retrouvent : des mesures à la racine du mal, c’est beaucoup plus efficace…  Si la Chine n’accepte pas le test antigénique, jugé pas assez fiable, rien n’empêcherait les compagnies aériennes de le demander pour les vols en direction de la Chine avant l’enregistrement des bagages en plus du Health code vert…

C’est ce que fait Etihad Airways au départ d’Abu Dhabi pour la Chine qui n’a écopé « que » d’une suspension de 14 jours, à faire pâlir d’envie les compagnies qui se sont pris 4 à 8 semaines de suspension ces derniers jours. Il y a aussi les changements de procédures de nettoyage qui ont prêté à confusion, résultat un vol des USA qui a fait demi-tour avant Noël, puis un des 4 vols Air France de Shanghai suspendus a été gracié après clarification que celle-ci ne s’appliquait pas aux compagnies étrangères.

Il y a aussi la possibilité (déjà en place officieusement on dirait) un système de rotation entre les compagnies aériennes sur les vols de France pour prendre les passagers en transit d’Afrique chacun son tour pendant quelques semaines. Jusqu’à la flambée Omicron en France, les cas sur les vols en provenance de France étaient très majoritairement en transit depuis l’Afrique. D’ailleurs à partir du 1er février, les passagers en transit à l’aéroport Charles de Gaulle devront faire 2 tests PCR au laboratoire de l’aéroport, pas d’espace entre les 2 prélèvements, mais le test IgM est supprimé afin de ne pas doubler la charge de travail du laboratoire et en raison de la plus courte durée d’incubation d’Omicron. Le temps de correspondance toléré reste à 10 heures minimum et un bracelet électronique sera donné aux passagers en transit sur les vols des compagnies aériennes chinoises afin d’éviter les fraudes sur le rapport du test. L’efficacité du test à 7 jours avant le départ imposé aux USA est discutable, il permet juste de revendre les places libérées à d’autres, de toute façon il n’y aura plus de vols avant Mars pour en évaluer l’impact…

 

…Et la trêve olympique régna

Une autre solution est de quémander plus de charters puisqu’il va y avoir un « creux d’activité » dans les aéroports internationaux avec toutes ses suspensions de vols, bientôt les hôtels de quarantaine aussi seront vidés de la moitié des passagers habituels. Des charters négociés, et pas seulement les charters olympiques qui arrivent directement à Pékin avec un nombre beaucoup plus limité de cas positifs. Il n’y a pas de ministre ou chef d’Etat dans ces charters : ils ont tous boycotté la cérémonie d’ouverture, de toute façon, une cérémonie dans un stade bondé ne rentre pas franchement dans la définition du circuit fermé sans quarantaine qui leur est offert en visite officielle. Qui donc aurait ainsi fait le déplacement même sans désaccord politique s’il faut passer 3 semaines en quarantaine pour s’offrir une cérémonie d’ouverture ? Le stade n’est d’ailleurs pas encore bondé car les billets sont vendus au compte-goutte et pour l’instant réservés aux résidents de Pékin. Les passagers de ces charters sont des athlètes hyper motivés qui ont fait ce qu’il fallait pour ne pas s’exposer avant leur départ, quitte à sacrifier leurs réveillons en famille, résultat pas beaucoup plus de cas qu’avant Omicron à l’arrivée à Pékin : +152% sur 30 jours avec plus de vols entrants du fait des JO, au moins 6 vol hebdomadaires supplémentaires depuis décembre, vs +291% à Shanghai à nombre inchangé de vols hors suspensions.

Une conséquence positive : La forte charge virale d’Omicron implique forte contagiosité mais aussi une durée d’incubation plus courte, et donc moins de cas en fin de quarantaine / 3ème semaine / post quarantaine. (proportionnellement… car vu l’augmentation du nb de cas, on en aura plus en absolu…)

 

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Mise à jour de notre suivi des cas en fin de quarantaine. C’est surtout significatif pour les provinces pour lesquelles on arrive à récupérer les dates d’arrivées des cas : plus pour le Yunnan depuis Octobre, mais un peu plus sur le Guangdong, systématiquement pour Sichuan, Shanghai, Beijing cas confirmés, Shaanxi (aéroport international fermé le temps du confinement de Xi’an), Tianjin, Xiamen. Avec l’afflux de nouveaux cas importés, la baisse de la proportion des cas en fin de quarantaine est sensible.

 

Omicron en local : défions les prophéties des Cassandre

Du côté des foyers locaux, pour l’instant on constate que le nombre de cas quotidien ne prend pas la forme exponentielle des courbes de nouveaux cas dans le monde, donc là  on ne s’est pas trompés: le foyer de Tianjin ne s’est étendu qu’à 2 autres provinces : il faut dire que les voyages domestiques sont de plus en plus périlleux à organiser, avec une multitude de villes demandant des tests à l’arrivée dont Tianjin, les écoles…, il touche principalement des enfants (9-10 ans à Tianjin, 18-20 ans à Anyang, Henan) donc très peu de cas sévères. Malgré une circulation silencieuse longue de 14 jours, le dépistage massif, la courte durée d’incubation, conjuguées à une faible mobilité géographique des premiers contaminés donne des résultats d’incidence parfaitement comparables avec d’autres foyers Delta avec une longue circulation silencieuse, comme celui de Xi’an qui s’est terminé cette semaine et qui a battu les records post Wuhan en Incidence quotidienne et nombre total de cas du fait également d’une circulation en centre-ville densément peuplé par des personnels de l’Université de Chang’an qui habitent et se déplacent dans tous les quartiers de la ville.

 

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3 clusters pré-Omicron livrent une incidence quotidienne à J4 supérieure à celle du cluster de Tianjin / Anyang. 2 autres ont une incidence maximale supérieure au pic du foyer de Tianjin. Un autre foyer Omicron à Zhuhai, Guangdong livre 30  cas en 7 jours. Restrictions de déplacement en place avant l’éclosion du foyer, dépistage massif dès le démarrage, impossible avec cette stratégie d’avoir des incidences comme dans les autres pays.  Idem à Hong Kong avec 91 cas en 20 jours dont 8 ne seraient pas liés au foyer principal de l’employé de Cathay Pacific qui, comme à Shanghai, n’a pas respecté les règles de « post quarantaine stricte ».

 

D’autres éléments sont néanmoins plus inquiétants :

- la multiplication des foyers locaux : on l’avait déjà observé avec Delta, ça continue avec Omicron. Ce sont autant de préfectures flanquées d’une étoile, d’évènements annulés jugés non essentiels, sauf pour ceux qui en vivent.

 

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Analyse exclusive issue de la base de données des clusters montée à partir de notre riche historique. A partir de la date du premier cas, on compte un nouveau cluster sur le mois. SI le foyer s’étend sur plusieurs mois comme ce fut le cas du foyer « chronique » de la frontière birmane au Yunnan (osons employer un temps passé, car 1 seul cas depuis le 19 décembre…) on compte l’ensemble des cas livrés par ce foyer dans la courbe orange. Le mois de décembre 2021 a vu un nombre record de nouveaux foyers, mais c’étaient tous des foyers Delta. On en est à 13 foyers en janvier (certains limités à 1-2 cas, notamment quand ce sont des employés en circuit fermé). Tendance haussière certaine avec Delta, à confirmer l’ampleur de l’accélération avec Omicron.

 

- L’origine de la contamination attribuée à des objets non issus de la chaîne du froid. Pour le foyer de Ningbo Beilun (31/12-7/1, 44 cas), le variant étant le Delta + du Vietnam, et l’épicentre étant une usine de textile d’articles de sport qui s’approvisionne en matières premières au Vietnam, la contamination par objet est « estampillée » Vietnam. A Pékin (3 cas à Haidian), après une analyse minutieuse, on a trouvé des traces de Covid sur des courriers postaux reçus par le patient en provenance d’Amérique du Nord. Pour Zhuhai, il y a un employé de frêt dans les premiers cas, souche similaire à des cas importés dépistés dans les provinces voisines (incluant Macao et Hong Kong dans la définition). A Hangzhou et Tianjin, on a des employés d’hôpitaux dans les premiers cas.

- Delta sévit encore : 5 foyers Delta en Chine depuis début janvier, dont 2 cette semaine à Pékin. Pour Shenzhen Longgang, c’est une zone de frêt frontalière de Hong Kong, or le foyer local en cours à Hong Kong est Omicron, pas Delta, donc forcément issu du frêt. 2 autres micro-foyers Delta à Pékin dans les derniers jours probablement liés à la chaîne du froid pourtant très contrôlée.

Certains sont incrédules quant à la transmissibilité objet - homme, mais quand on atteint des niveaux d’incidence de 4000 cas jour pour 1 M / Pop comme c’est le cas avec Omicron dans certains pays dont la France, toute étude épidémiologique est impossible. A-t-on remis à jour les analyses en laboratoire depuis les nouveaux variants ? Celles-ci donnaient en 2020 une durée de survie du virus de 30 heures sur des surfaces et pas de contamination aéroportée. Cela a certainement changé avec Omicron, on en est sûr au moins pour la contamination aéroportée…

Encore une démonstration de l’importance de l’analyse des micro-foyers de la Chine, très riche en enseignements sur le comportement de ce satané virus…

 

Carole Gabay est en expatriation familiale à Shanghai depuis 2013. Diplômée de l’ESSEC, avec une longue carrière dans les études de marché et data management, elle se retrouve impliquée dès le début de l’épidémie en Chine dans le tracking des données Covid avec le projet de l’équipe bénévole Solidarité Covid – Français de Chine.

Pour les analyses régulières, les articles, interviews, présentation du projet de recherche, le Site Internet : https://deeperin19coviddata.wordpress.com/

 

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

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