Longtemps perçue comme simple productrice pour les grandes enseignes occidentales, la Chine s’impose désormais comme un acteur créatif et conquérant du marché mondial de la mode.


Urban Revivo, le Zara chinois
Le vêtement chinois ne se limite plus à une production à bas coût : il aspire désormais à imposer sa marque esthétique et commerciale à l’échelle mondiale. Symbole de cette évolution, la griffe Urban Revivo, née à Guangzhou, poursuit une expansion rapide dans les capitales de la mode. Après New York et Hong Kong, la marque a ouvert à Londres un magasin de près de 2 700 m², son deuxième dans la ville en un an. Son modèle économique, souvent comparé à celui de Zara pour sa réactivité et son positionnement "fast fashion", repose sur un équilibre entre accessibilité et sophistication.
Face au ralentissement de la consommation en Chine, Urban Revivo mise sur la diversification géographique pour assurer sa croissance. Son président, Leo Li, affirme cependant que cette orientation internationale n’est pas une fuite en avant, mais l’aboutissement d’une vision globale inscrite dans l’ADN du groupe dès sa fondation en 2006. L’entreprise, qui compte plus de 400 boutiques à travers le monde, vise désormais 200 nouveaux points de vente à l’étranger d’ici 2030. Pour séduire les publics occidentaux, elle a ouvert un centre de design européen en 2024, destiné à mieux comprendre les goûts locaux et ajuster leurs offres de vêtements à une clientèle diverse.
Anta et Puma : la revanche chinoise sur le sport
La puissance chinoise dans la mode s’affirme aussi à travers les grands groupes du sportwear. Fin janvier 2026, Anta Sports, première marque chinoise de vêtements de sport, a pris une participation de 29 % dans Puma, pour 1,79 milliard de dollars, auprès de la famille Pinault, devenant ainsi le principal actionnaire du fabricant allemand. Ce rachat stratégique, salué à la Bourse de Hong Kong, permet à Anta d’étendre encore sa présence mondiale après l’acquisition de labels comme Fila, Jack Wolfskin et Amer Sports.
Pour Puma, en pleine restructuration après une année difficile, cet accord pourrait devenir un levier majeur pour reconquérir le marché asiatique. En associant les réseaux de distribution d’Anta et la renommée internationale de Puma, les deux marques espèrent relancer la croissance et équilibrer leurs complémentarités géographiques : technologie et design européens d’un côté, ancrage commercial et marketing chinois de l’autre. Cette opération, qui s’inscrit dans la volonté d’Anta de rivaliser avec Nike et Adidas, démontre l’établissement d’entreprises chinoises dans le cercle fermé des acteurs mondiaux du sportswear. L’acquisition de Puma pourrait aussi devenir un symbole fort : celui d’une Chine qui n’exporte plus seulement des produits, mais des modèles d’affaires et de marques globalisées.
Quand la culture chinoise inspire
Au-delà des stratégies économiques, la montée de la Chine dans la mode se traduit désormais sur le plan symbolique et esthétique. L’exemple le plus marquant est sans doute celui d’adidas, qui a commercialisé en France sa “veste Tang”, une veste inspirée de la dynastie Tang (618–907), symbole d’ouverture culturelle et d’élégance intemporelle. Longtemps réservée aux marchés asiatiques, cette pièce au design épuré, mêlant coupes droites, boutons traditionnels et style contemporain, témoigne d’un basculement des influences culturelles : l’Asie ne copie plus l’Occident, elle le séduit.
Proposée dans les boutiques phares de Paris, cette veste illustre la fusion entre héritage et modernité, tout en répondant à une demande croissante de produits porteurs de sens. En valorisant des codes esthétiques chinois à destination du public européen, adidas prouve que la « storytelling culturel » devient aujourd’hui un moteur central de la mode mondiale.
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