A l'occasion des 25 ans du journal, nous évoquons aujourd'hui la ville de Shanghai en 2000. La ville était déjà immense, déjà bouillonnante, mais son paysage urbain racontait une toute autre histoire : celle d’une métropole en transition, encore marquée par son passé industriel et socialiste, et à peine engagée dans la course verticale qui allait la transformer en profondeur. Sur le volet social aussi, la classe moyenne existait déjà, mais elle n’avait ni la visibilité ni le pouvoir d’achat qu’on lui connaît aujourd’hui. Embarquez avec nous dans une machine à remonter le temps !


Shanghai en 2000 : la promesse d'une mégapole
Au tournant du millénaire, la skyline de Shanghai tenait en quelques silhouettes iconiques. À Pudong, alors vaste chantier à ciel ouvert, deux tours dominaient le paysage : la Oriental Pearl Tower, inaugurée en 1994, et la Jin Mao Tower, achevée en 1999. Autour, beaucoup de terrains vagues, de grues, de routes surdimensionnées presque vides.
En comparaison, le mythique Bund faisait figure d’ancrage temporel. Face au fleuve Huangpu, ses bâtiments coloniaux racontaient encore l’âge d’or des concessions étrangères, tandis qu’en face, Pudong murmurait déjà la Chine du XXIᵉ siècle — sans encore la crier.
Une ville à hauteur d’homme
En 2000, Shanghai restait largement horizontale. Les quartiers centraux étaient dominés par des immeubles de six à huit étages, souvent construits dans les années 1950 à 1980. Les lilong, ces ruelles traditionnelles bordées de maisons mitoyennes, structuraient encore une grande partie de la vie urbaine. On y vivait, on y travaillait, on y faisait ses courses.
L’urbanisme privilégiait la fonction plus que l’esthétique. Les grandes artères existaient déjà, mais la circulation était bien moins dense. Peu de tunnels, peu de ponts spectaculaires, et surtout une absence presque totale de ces échangeurs à plusieurs niveaux qui définissent aujourd’hui la ville.

De la ville-usine à la ville-vitrine
En 2000, Shanghai était encore une ville industrielle en reconversion. Les friches le long du fleuve témoignaient de ce passé manufacturier. Aujourd’hui, ces mêmes espaces accueillent musées, promenades paysagées, centres culturels et incubateurs créatifs. La transformation est autant symbolique que physique.
Shanghai n’a pas seulement changé de visage : elle a changé de rôle. De moteur économique national, elle est devenue une métropole globale, pensée pour rivaliser avec New York, Londres ou Tokyo.

Consommer à Shanghai en 2000 : pragmatisme et rattrapage
En 2000, le quotidien des Shanghaïens était encore marqué par une consommation mesurée. Les revenus progressaient, mais les écarts de niveau de vie restaient relativement contenus. La classe moyenne existait déjà, mais elle n’avait ni la visibilité ni le pouvoir d’achat qu’on lui connaît aujourd’hui.
Les commerces de proximité dominaient : petites échoppes, marchés de quartier, magasins d’État reconvertis. Les centres commerciaux existaient, mais ils étaient rares, fonctionnels, sans mise en scène particulière. Consommer relevait davantage de la nécessité que du loisir. À cette époque, posséder un appartement privatif, une voiture ou voyager à l’étranger restait un marqueur social fort, réservé à une minorité. La priorité était donnée à l’épargne, à l’éducation des enfants et à l’amélioration progressive du confort domestique.

Une ville sans “shopping experience”
Alors que le Shanghai d’aujourd’hui est devenue largement individualiste, la vie collective structurait encore le quotidien en 2000 — voisins, unités de travail, quartiers. Pas de cafés branchés à tous les coins de rue, peu de restaurants internationaux, encore moins de concepts hybrides mêlant culture, gastronomie et lifestyle.
Le Bund attirait quelques touristes, mais la ville ne se vivait pas encore comme une destination de consommation mondiale. Shanghai consommait pour elle-même, pas pour se montrer. Vingt-cinq ans plus tard, la consommation est désormais un marqueur identitaire.
Sur le même sujet













