Dans une Chine où le coût de la vie en milieu urbain ne cesse d’augmenter, la colocation s’est imposée comme une solution prisée par les jeunes actifs et les étudiants. Entre économies substantielles, opportunités de socialisation et défis pratiques, ce mode de vie reflète les réalités d’une génération confrontée à des loyers exorbitants et à une quête d’équilibre entre budget et qualité de vie.


Un phénomène en pleine expansion
Alors que 90% des chinois sont propriétaires et qu'il existe près de 300 millions de logements en Chine dont 20% seraient inoccupés, la tension immobilière dans les grandes métropoles chinoise est bien différente. Depuis quelques années, la colocation est devenue une réponse quasi incontournable à la flambée des prix de l’immobilier dans les grandes villes chinoises de tier 1. À Shanghai, Pékin ou Guangzhou, les loyers en centre-ville peuvent représenter une part disproportionnée du budget des jeunes, rendant l’accès à un logement individuel difficile, voire impossible. Partager un appartement permet de diviser les coûts, offrant ainsi une bouffée d’oxygène financière à des milliers d’entre eux.
Pour les étudiants internationaux et les jeunes professionnels, la colocation représente souvent la seule option pour vivre dans des quartiers centraux ou proches des campus, sans sacrifier l’ensemble de leur budget. Les appartements de deux ou trois chambres, meublés et partagés entre deux à quatre personnes, sont particulièrement recherchés. Cette tendance s’est encore accentuée après la crise économique post-Covid, qui a rendu la vie indépendante encore plus inaccessible pour beaucoup.
La colocation : bien plus que des économies
Un loyer accessible dans des villes chères : L’argument financier est de loin le plus convaincant. Dans des métropoles où un studio peut coûter l’équivalent de la moitié d’un salaire moyen (4000 à 7000RMB), la colocation permet de réduire significativement les dépenses mensuelles. En partageant les frais, les locataires peuvent accéder à des quartiers bien situés, proches des transports, des universités ou des zones d’emploi, sans se ruiner.
Une vie sociale enrichie : Vivre en colocation, c’est aussi rompre avec la solitude, un problème récurrent chez les jeunes, notamment dans les grandes villes. Pour les jeunes expatriés, c’est une opportunité de créer des liens, de partager des expériences et de s’immerger dans la culture locale. Les soirées communes, les repas partagés et les échanges quotidiens transforment souvent des inconnus en amis, voire en une seconde famille. Pour les étrangers, c’est aussi un moyen efficace de progresser en chinois et de mieux comprendre les usages locaux.
Flexibilité et liberté : Contrairement aux baux classiques, souvent annuels et contraignants, certaines colocations offrent des engagements plus courts et des modalités de paiement plus souples. Cette flexibilité est particulièrement appréciée des étudiants en échange de 6 mois ou des jeunes professionnels en début de carrière, qui ne souhaitent pas s’engager sur le long terme.
Les défis à relever
Des complexités administratives : En Chine, la colocation n’est pas toujours encadrée par la loi. La sous-location, par exemple, est techniquement illégale, même si elle est largement tolérée. Il est donc crucial de s’assurer que le propriétaire accepte explicitement cette pratique et que les accords sont clairs pour tous les parties prenantes. Sans ces précautions, les locataires s’exposent à des risques d’expulsion ou de perte de caution. De nombreux étudiants français se sont retrouvés dans ce type de situation. Certains ont dû déménager en moins d’une semaine car les propriétaires de leurs logements en avaient décidé ainsi, en Chine le propriétaire est roi et la trêve hivernale n’existe pas.
La cohabitation, un exercice d’équilibriste : Vivre avec des colocataires de cultures et d’habitudes différentes peut rapidement devenir un défi. Les conflits liés à la propreté, aux horaires ou aux invités sont fréquents. Une communication ouverte et des règles établies dès le début sont essentielles pour éviter les tensions et garantir une cohabitation harmonieuse.
La promiscuité, un sacrifice parfois nécessaire : Dans les situations les plus extrêmes, certains jeunes n’hésitent pas à partager leur chambre, voire leur lit, pour économiser encore plus. Cette pratique, bien que marginale, illustre les difficultés financières auxquelles sont confrontés les jeunes urbains. Elle soulève également des questions sur les limites de l’intimité et du confort personnel. Certains appartements sont également transformés en plusieurs petits studios/ chambres par les propriétaires, une pratique illégale qui est scrutée de près par les autorités pour éviter les abus.
Où et comment trouver une colocation ?
Les annonces se multiplient sur les réseaux sociaux, notamment via des groupes WeChat dédiés, ainsi que sur des plateformes en ligne spécialisées. Les quartiers dynamiques et bien desservis, comme Jing’an ou Xuhui à Shanghai, sont particulièrement prisés. Pour les expatriés, il est conseillé de passer par des agences ou des réseaux de confiance pour éviter les arnaques et les mauvaises surprises.
Les résidences universitaires, bien que souvent moins chères, sont rarement une alternative viable en raison de leur surpopulation et de leur manque de confort. Les colocations en appartement offrent donc un juste milieu entre indépendance et budget maîtrisé.
Un miroir des réalités urbaines chinoises
La popularité croissante de la colocation en Chine ne reflète pas seulement une solution pratique au problème du logement. Elle révèle aussi les défis auxquels est confrontée une jeunesse urbaine : précarité économique, isolement et difficulté d’accès à un logement décent. Si la colocation offre des avantages indéniables, elle met également en lumière les inégalités croissantes dans les grandes villes.
Pour les expatriés et les étudiants, elle reste néanmoins le meilleur compromis entre accessibilité financière, confort et intégration sociale. À condition de bien choisir ses colocataires et de s’armer de patience pour naviguer dans les méandres administratifs, la colocation peut transformer une simple nécessité en une expérience humaine enrichissante.







