Édition internationale

La mode des minorités chinoises fait recette à Shanghai

Pour sa saison printemps-été 2027, la Shanghai Fashion Week a fait une large place aux savoir-faire des minorités ethniques chinoises. Portée par le néo-chinois et le minzu feng, une génération de créateurs fait du patrimoine textile un marqueur d’identité, et un argument à l’export.

​The Shanghai Fashion Week SS2027 [Photo provided by chinadaily]​The Shanghai Fashion Week SS2027 [Photo provided by chinadaily]
Écrit par Julie Rose Vilvandre
Publié le 5 novembre 2026

Le minzu feng et le néo-chinois

Il y a encore une dizaine d’années, la mode chinoise regardait surtout vers Paris, Milan ou Séoul. Aujourd’hui, une partie de la jeunesse chinoise s’habille pour dire d’où elle vient. Deux courants incarnent ce mouvement : le néo-chinois (新中式), qui réinvente l’héritage vestimentaire han pour le quotidien, et le minzu feng (民族风), qui puise dans les costumes, broderies et tissages des 55 minorités ethniques du pays. Dans les deux cas, le vêtement n’est plus seulement une affaire d’esthétique : il devient un marqueur d’appartenance.

Ce retour aux racines s’inscrit dans le guochao (国潮, « vague nationale »), qui valorise les marques locales et l’identité chinoise, de la mode à la cosmétique. Les Chinois, et d’abord les plus jeunes, revendiquent davantage leur identité culturelle : début avril 2024, selon l’agence Xinhua, les recherches liées au « nouveau style chinois » dépassaient 100 millions sur les réseaux sociaux Weibo et Xiaohongshu.

 

Broder l’identité chinoise

Le 8 octobre 2026, la Shanghai Fashion Week a ouvert sa saison printemps-été 2027 en réunissant les deux. Sous le thème « Renaître après l’épreuve », près d’un millier de marques et une centaine de premiers défilés se sont succédé entre Xintiandi et le salon MODE, à Hongqiao.

Le défilé d’ouverture revenait à HEMU. Fondée à Shanghai en 2010, cette marque de créateur chinoise puise dans l’esthétique orientale et le riche patrimoine culturel et artistique du pays pour réinterpréter la tradition à travers le vêtement contemporain. Sa philosophie : une sobriété qui cache une grande complexité, alliant retenue et détails minutieux. Son ambition : faire découvrir au public international la profondeur de la culture chinoise et la beauté singulière du vêtement oriental.

Cette saison, HEMU présentait « Silu » (la Route de la soie). Nourrie de fragments de broderies anciennes de Dunhuang, la collection associe broderies de Suzhou et miao, brocarts yunjin et Song, tapisserie de soie kesi, soie xiangyunsha, teinture nouée et batik.

« La vitalité du patrimoine culturel immatériel réside dans son usage : ce n’est qu’en étant utilisé qu’il peut se transmettre et se développer », a déclaré la fondatrice de HEMU, Yang Fengrui, à Xinhua Finance.

 

Qianjin et Yeega, l’héritage des minorités

Les deux créatrices défilaient du 11 au 13 octobre au Musée d’histoire de Shanghai, lors du salon « Orient · nouveau style chinois ».

Avec la collection « Zhi Jian » (织见), Qianjin fait entrer les savoir-faire du Guizhou dans la garde-robe d’aujourd’hui. La broderie miao et le batik, dessiné à la cire chaude avant le bain d’indigo, y font éclore pivoines, grenades, érables et phénix. Au salon, des parures d’argent rappelaient la place centrale de ce métal dans le costume miao.

Pour Yeega, le vêtement prolonge la personnalité et sert de pont entre la Chine et l’étranger, entre passé et présent. Cette saison, ce pont mène au sud du Xinjiang. Sa collection « Îles de fleurs, rouge grenade » (花屿榴红) emprunte son nom au fruit emblématique de la région de Kashgar. Le coton de cette oasis aux portes du désert du Taklamakan en est la matière de base, travaillée avec des techniques artisanales traditionnelles. 

 

Du cachemire venu du Tibet

Le 18 octobre, à la nuit tombée, la rue Maoming Nord s’est transformée en podium à ciel ouvert, dans le district de Jing’an. La marque shanghaïenne Sandriver (沙涓), fondée en 2012 par Guo Xiuling (郭秀玲), y dévoilait sa collection automne-hiver 2026-2027, « Au-dessus du pays des neiges ». La vedette en était le pulu, une étoffe tissée à la main depuis plus de deux mille ans au Tibet, que la marque réinvente en cachemire. Sur le podium défilaient aussi des artisanes tibétaines venues des ateliers de la marque.

La marque ne s’arrête pas au Tibet. Sa fondatrice défend ce qu’elle appelle une « grande fusion des patrimoines immatériels » : faire dialoguer des savoir-faire de plusieurs minorités, longtemps restés isolés, dans un même vestiaire contemporain. Sandriver intègre ainsi le feutre de Mongolie-Intérieure, une laine pressée et roulée à la main que les nomades utilisent pour leurs yourtes. Elle y ajoute la broderie hani du Yunnan, aux motifs colorés sur fond d’indigo, et le brocart dai de Xishuangbanna, tissé de motifs géométriques et de figures d’animaux. Sans oublier la soie atlas ouïghoure du Xinjiang, dont les fils sont teints par nouage avant le tissage.

Le succès de Sandriver dépasse les frontières chinoises. Première marque chinoise de cachemire à entrer au Bon Marché, elle réalise désormais près de 40 % de ses ventes à l’étranger.

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