À l’approche du Nouvel An lunaire 2026, célébré le 17 février et placé sous le signe du Cheval, un phénomène inattendu a émergé sur les réseaux sociaux chinois : le personnage de Draco Malfoy, issu de la saga Harry Potter, est devenu une figure virale associée aux symboles de prospérité. Affiches numériques, enveloppes rouges revisitées et illustrations festives ont circulé massivement en ligne, propulsant l’élève de Serpentard au rang de mascotte informelle de l’Année du Cheval.


Le Nouvel An lunaire, temps fort culturel et économique
Le Nouvel An chinois, également appelé Fête du Printemps (春节), constitue la célébration la plus importante du calendrier traditionnel. Il marque l’entrée dans un nouveau cycle zodiacal de douze ans et donne lieu à quinze jours de festivités rythmées par les réunions familiales, les repas rituels, l’échange d’enveloppes rouges (hongbao) et les décorations porte-bonheur. Chaque année, la période déclenche la plus grande migration humaine au monde, avec plusieurs centaines de millions de déplacements à travers le pays.
Sur le plan économique, la séquence représente un moment stratégique pour la consommation intérieure. Selon les données officielles publiées ces dernières années, les dépenses liées au tourisme domestique pendant la période du Nouvel An ont progressé de plus de 30 % par rapport à l’année précédente lors de la reprise post-pandémie, tandis que les recettes du commerce de détail et de la restauration ont enregistré des hausses à deux chiffres. Les symboles de chance et de prospérité, en particulier le caractère 福 (fú), occupent une place centrale dans l’espace public et domestique, renforçant l’importance des codes visuels dans les pratiques festives.
Un jeu de mot porte-bonheur
C’est précisément autour de ces codes que s’est construit le phénomène Draco Malfoy. En chinois, son nom est traduit par 马尔福 (Mǎ ěr fú). Le caractère 马 (mǎ) signifie « cheval », tandis que 福 (fú) renvoie à la chance et à la prospérité. L’entrée dans l’Année du Cheval a créé une correspondance phonétique immédiate, rapidement exploitée par les internautes.
Sur Weibo, Douyin et Xiaohongshu, des millions de vues ont été enregistrées autour de publications associant le personnage aux décorations du Nouvel An. Des créateurs ont produit des montages graphiques, des filtres numériques et des produits dérivés non officiels mêlant l’esthétique de la saga aux symboles zodiacaux. L’acteur Tom Felton a lui-même relayé certaines images, contribuant à internationaliser la tendance et à amplifier sa viralité.
Entre tradition et culture numérique
Ce phénomène illustre l’évolution des pratiques culturelles à l’ère des réseaux sociaux. La franchise Harry Potter, largement diffusée en Chine depuis les années 2000, fait partie des références partagées par une génération urbaine connectée. L’intégration d’un personnage de fiction occidental dans les codes visuels du Nouvel An témoigne d’une capacité d’adaptation des traditions aux imaginaires contemporains.
Draco Malfoy n’a toutefois pas été la seule figure marquante de cette Année du Cheval. Une autre tendance virale s’est développée autour du “cheval triste”, né d’une erreur de fabrication : un jouet dont la bouche avait été cousue vers le bas, lui donnant une expression mélancolique. L’objet, initialement anecdotique, a rapidement été transformé en mème, décliné en stickers numériques et en produits dérivés. Son esthétique contraste fortement avec les représentations traditionnelles du cheval, habituellement associées à la vitalité, à la réussite et à l’élan.
Certains observateurs y voient l’expression d’un humour générationnel plus introspectif, dans un contexte économique marqué par un ralentissement de la croissance et une pression accrue sur l’emploi des jeunes diplômés. Ces détournements, qu’ils soient ludiques ou ironiques, témoignent d’une appropriation numérique des symboles zodiacaux et d’une transformation progressive des codes festifs, sans remettre en cause le rôle central du Nouvel An dans la société chinoise.
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