INTERVIEW - « Solidarité Covid », finaliste des Trophées des français de l'étranger

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 10/02/2022 à 21:30 | Mis à jour le 11/02/2022 à 11:39
Carole Gabay, finaliste du Trophée Impact Social des Trophées des Français de l'étranger organisé par lepetitjournal.com

Carole Gabay a été finaliste du Trophée Impact Social des Trophées des Français de l'étranger organisé par lepetitjournal.com. Lorsque la pandémie débute, elle s'engage dans un travail bénévole de collecte des données publiques sur la dynamique de la pandémie avec Solidarité Covid - Français de Chine.

 

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Carole Gabay, vous êtes finaliste du trophée des Français de l’Etranger, catégorie Impact social, félicitations. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent que via vos articles ou vos points quotidiens ?

"Je suis en expatriation familiale depuis 2007, au Japon, en Suisse alémanique et depuis 2013 à Shanghai. J’ai deux garçons dont un étudie en France depuis 2017. Je suis diplômée de l’ESSEC et ai fait toute ma carrière dans le data management d’études de marché, en Grande Consommation puis en Industrie Pharmaceutique avec des expériences en sociétés d’études de marché, côté client, au niveau filiale, régional et Global, et ce en France et dans les 3 pays d’expatriation de mon époux. Depuis 2017, je suis consultante indépendante et j’implémente des outils analytiques sur la base d’études de marché.

Parallèlement, je suis passionnée par le chant depuis l’enfance, soprano léger titulaire d’un Premier Prix de Conservatoire, et certains me connaissent aussi pour les spectacles et concerts auxquels j’ai participé ou organisé à Shanghai."

 

Comment êtes-vous venue à créer votre association ?

"Solidarité Covid, c’est d’abord une initiative bénévole de l’Union des Français de l’Etranger de Shanghai en janvier 2020 qui a voulu, avec le Dr Guillaume Zagury, informer, rassurer les Français de Shanghai sur les chiffres de la mystérieuse épidémie qui avait bouleversé nos vies de Wuhan à Shanghai, avec la mise en place de restrictions d’un autre temps. A l’époque, les informations étaient uniquement en chinois avec quelques clés analytiques qui manquaient pour y voir clair, comme la segmentation « Wuhan, rest of Hubei, out of Hubei » que nous avons été les tout premiers à introduire. C’est comme cela que j’ai rejoint l’initiative dans les premiers jours en apportant mon savoir-faire analytique."

 

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"Avec la globalisation de la pandémie en mars 2020, l’infodémie a largement pris le relais. A Shanghai, la vie a repris son cours, mais les écoles ont tardé à rouvrir, les frontières se sont fermées pour mettre en place la logistique hermétique des arrivées internationales / Quarantaines…, et donc il y avait un intérêt à poursuivre le suivi des données Chine pour comprendre la logique derrière les mesures de prévention.

Avec l’apparition des foyers locaux de Chine, les conditions de voyage international ou domestique / quarantaine / visa / vaccination, les sujets liés à l’a pandémie qui préoccupent les expatriés de Chine ne manquent pas, et notre riche historique de données Chine, collecté et structuré quotidiennement en bases de données intelligentes à partir d’une multitude de sources officielles éparpillées et non archivées sur Internet s’est révélé un outil unique au monde pour analyser l’épidémie post-Wuhan / Stratégie zéro covid. Nous collectons également les données France par département et monde quotidiennement afin de maintenir quelques exclusivités comme l’historique des cas sévères sur 111 pays (seuls 36 sont disponibles sur les series en open source), l’analyse mensuelle des données démographiques COVerAGE-DB disponible en open source."

 

Un gros travail de recherche quotidien pour analyser tous les aspects du Covid

"C’est donc devenu un projet de recherche nécessitant un travail quotidien, comme un sujet de thèse sur le seul pays au monde qui a pu maintenir la stratégie zéro covid, sauf que nous n’avons pas encore de mentor (type institution scientifique / Université) pour pérenniser notre travail, et nous fonctionnons toujours en bénévolat, avec une charge de travail qui n’a fait que croître avec la multiplication des vagues de variants dans le monde et foyers locaux en Chine…  Nous avons créé en France l’association Solidarité Covid - Français de Chine en juin 2021, dans le but unique d’avoir un cadre légal à présenter pour d’éventuels dossiers de subventions, concours divers, que nous avons là aussi du mal à obtenir car les critères d’attribution ne sont pas adaptés à un monde en crise sanitaire prolongée et le sujet est hautement sensible, ce qui rebute les sponsors « classiques »."

 

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L'équipe en février 2022 : Pas de contrat, pas de contrainte, pas de rémunération au-delà de quelques Hongbao offerts par les followers sur un compte Yoopay, et une cagnotte Leetchi hors de Chine, aide qui veut.

 

Comment travaillez-vous avec votre équipe bénévole et quels sont vos besoins pour ces subventions ?

"Nos besoins matériels sont limités à des ordinateurs et logiciels, tous les bénévoles n’en sont pas équipés, Internet, web design, mais tout cela s’use et les fichiers grossissent avec le temps…  Nous sommes 5 à faire un travail quotidien ou très régulier. Pour ma part, c’est un travail passionnant mais éreintant… Nous avons depuis quelques mois un Cloud qui nous a été offert par la société Kipitapp qui nous permet de sécuriser et partager entre nous quelques fichiers, c’est déjà un grand progrès.

Les tâches doivent néanmoins être indépendantes car les multiples sources que nous traitons atterrissent sur plusieurs fichiers, reliés entre eux dans le process de production qui n’est en l’état pas divisible… ce qui fait que je dois assurer un minimum de 4 à 8 heures de travail quotidien (en fonction du nombre de foyers locaux), week-end et vacances inclus… Meiping qui recherche les provenances des cas importés aussi travaille tous les jours, Laetitia fait des tâches de saisie, community management et recherche des informations sur les médias expatriés, Mathieu programme des récupérations de données sur Internet chaque semaine, Claire m’aide à décrypter certaines analyses en chinois quasiment tous les jours. Je rêve du jour où nous travaillerons en réseau et je pourrai compter sur des relais pour la « production quotidienne », mais pour cela il faut avoir un réseau informatique et pouvoir rémunérer les innombrables heures de travail."

 

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3 février 2022 : Après 2 ans de collaboration à distance, Carole et Laetitia, respectivement Présidente et secrétaire de l’association, se rencontrent enfin avec leurs familles à Shanghai, à l’occasion d’une soirée nostalgie au MGlam sur le Bund.

 

Qu’est-ce qui vous motive dans ce travail ?

"Nous écumons quotidiennement les articles et dépêches de la presse chinoise dans les applis pour alimenter l’analyse des clusters, il y a très peu d’analyses comparative des clusters, et avons la certitude que nous disposons de la base de données non gouvernementale la plus complète sur l’épidémie en Chine post Wuhan, je dis post Wuhan car ce n’est pas que nous n’avons pas les données de tout l’historique de Wuhan, mais ne sommes pas en mesure, à partir des données publiques que nous traitons de répondre aux questions lancinantes de la presse internationale sur l’origine du virus, les décès de Wuhan, la théorie du laboratoire P4 etc… ce n’est pas le sujet de notre projet. Un article de Forbes m’a été adressé récemment qui accusait la Chine de « manipulation » des données Covid, car il est quasiment impossible de mettre en place des algorithmes de récupération automatique. J’ai été à la fois effarée et motivée par cet article. Effarée de voir à quel point notre sujet de recherche est méconnu et incompris et génère une telle animosité, motivée de me dire que nous sommes bien donc les seuls à faire le travail."

 

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"Mais c’est un travail qu’il faut faire tous les jours, les commissions santé des provinces ou villes ne donnent pas les mêmes détails et les formats des dépêches peuvent changer d’un jour à l’autre. Nous maintenons parallèlement une base de données des cas importés et une base de données des clusters locaux, 2 canaux qui sont séparés hermétiquement entre eux.  Pour les cas importés nous relevons les provenances, le comptage des cas à plus de 10 jours de l’arrivée, on essaye de maintenir le compte des cas des vols de France afin d’anticiper les suspensions de vols.  Pour les foyers locaux, la base de données des clusters nous permet de suivre l’évolution des foyers et de les comparer entre eux sur des indicateurs inédits sur la sévérité des cas, la vitesse de résolution et de guérison, la diffusion géographique…. Les données de la Chine aujourd’hui ne sont pas manipulées, elles sont soumises à un format national tronc commun limité à quelques indicateurs sur les cas confirmés, et le reste il faut aller le chercher et reconstituer le puzzle tous les jours."

 

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"Nous sommes aussi bien sûrs motivés par le soutien des followers qui suivent de près ou de loin, régulièrement ou occasionnellement notre travail notamment par les articles que nous publions dans LePetitJournal, ceux qui cherchent uniquement des informations pour prévoir leurs déplacements en Chine et ceux qui cherchent à comprendre la dynamique, et c’est ce qui m’a poussé à envoyer ma candidature pour ce Trophée des Français de l’Etranger."

 

Comment voyez-vous l’avenir de votre projet quand la pandémie sera terminée ?

"Il y a plusieurs cas de figure possibles pour la fin de ce projet :

1) le scénario (peu probable je pense) où la Chine sera submergée de cas locaux (comme c’est arrivé en Australie, Singapour), on ne pourra plus identifier les clusters et donc l’analyse sera identique à celle des autres pays avec des indicateurs d’incidence nationale, nb d’hospitalisations / réanimation vs capacité, léthalité comme nous le faisons pour l’analyse monde, et là les frontières seront réouvertes car les quarantaines n’auront plus de sens (cf Thaïlande, Israël…)

2) le scénario de fin de pandémie mondiale grâce à Omicron qui aura contaminé et immunisé toute l’humanité, il n’y aura plus de cas importé ni de foyer local en Chine pendant plusieurs semaines, et donc tel Loth qui sort de la grotte où il s’était réfugié avec ses filles pendant la destruction de Sodome et Gomorrhe, la Chine sera prête à exposer sa population au monde extérieur. J’espère ce scenario mais je crains que de nouveaux variants résistant aux vaccins et à l’immunité des contaminations précédentes ne fassent leur apparition…

 

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Scène biblique – Loth et ses filles à l’abri de la fureur divine contre Sodome et Gomorrhe, préparent le monde d’après…

3) un 3ème scénario moins prophétique est que des raisons personnelles ou professionnelles ne me laissent plus le temps de faire bénévolement le travail quotidien, d’où l’intérêt d’avoir une institution scientifique qui héberge notre travail et nous permette de le faire dans des conditions plus pérennes et moins contraignantes…

Je me dis aussi que la fin de pandémie donnera plus d’intérêt à l’analyse des clusters de la Chine, car les pays seront en mesure d’identifier et contrôler les clusters résiduels et s’intéresseront alors à notre travail sur les micro-foyers…"

 

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Pour les analyses régulières, les articles, interviews, présentation du projet de recherche, le Site Internet : https://deeperin19coviddata.wordpress.com/

Manifestez votre soutien à Solidarité Covid – Français de Chine et faites connaître notre travail de recherche à titre individuel sur l’opération de crowdfunding sur Yoopay : https://yoopay.cn/cf/10190 

Hors de Chine : https://deeperin19coviddata.wordpress.com/donate/

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

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