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Benjamin et Loïc : "Nous avons marché 12850 kilomètres entre Annecy et Shanghai"

Après avoir parcouru 12850 kilomètres, traversé 16 pays et usé sept paires de chaussures, Benjamin Humblot, 27 ans, et Loïc Voisot, 26 ans, ont réalisé ce 7 février un pari fou : rallier Annecy à Shanghai à pied. Nous avons interviewé Benjamin peu après son arrivée à Shanghai.

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@Benjamin Humblot et Luic Voisot
Écrit par Amélie Perraud Boulard
Publié le 16 février 2026, mis à jour le 23 février 2026

Nous avons décidé de ne plus prendre l’avion

Avec Loïc, vous êtes amis depuis 15 ans. Comment est né ce projet de parcours entre Annecy, votre ville d’origine, et Shanghai ?

Avec Loïc, on se connaît depuis le collège. Après le lycée, nous sommes tous les deux allés à Paris. Un soir de novembre 2023, chez Loïc, autour d’une pizzas et de quelques bières, on s'est juste amusé à parler d'aventure, à imaginer quelque chose qui nous faisait rêver. Assez rapidement, l'Asie est arrivée dans la conversation, plus précisément la Chine. Je pense que c'est un pays qui nous intriguait beaucoup, dont on entend beaucoup parler, notamment sur les aspects politiques et économiques, mais qu’on ne connaît pas tant que ça tout compte fait. Au début, on imaginait quelqu'un partir à moto, en vélo, par voie terrestre. Mais tout de suite, on a exclu l'avion de nos esprits. Car, pour des raisons écologiques, nous avons tous les deux décidé depuis plusieurs années de ne plus prendre l’avion.

 

La marche, c'est le plaisir de la lenteur

Pourquoi le choix de la marche s’est-il finalement imposé  ? 

J'avais eu une première expérience de marche il y a quatre ans. Après mes études, j’avais fait une césure, pendant laquelle j'étais allé me balader en Europe en train. Au moment où je devais rentrer chez moi, j'ai eu cette idée venue de nulle part, de rentrer à pied. Ce qui m'avait permis de traverser toute la Suisse, par les Alpes, jusqu'à Annecy. J'avais adoré cette expérience de marche, la liberté, la lenteur qu’elle apporte, permettant de voir évoluer les paysages, rencontrer les gens. Et ce soir-là où on discutait avec Loïc, un peu pour rigoler, je lui ai dit : "Imagine quelqu'un qui irait en Chine à pied". Ça nous a semblé absurde, mais aussi magnifique, cette idée de rallier l'autre bout du monde en voyant tout ce qu'il y a entre les deux points. En plus, c'est l’ancienne Route de la soie, donc il y a tout un imaginaire autour de ça qu'on avait trop envie de découvrir. Ça nous faisait rire de nous dire qu’on pouvait arriver en Chine rien que par la force de nos jambes. Nous avons étudié la faisabilité du projet, puis avons décidé de nous lancer. Nous sommes finalement partis d’Annecy le 7 septembre 2024.

 

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Benjamin Humblot en compagnie de jeunes Chinois @Benjamin Humblot et Luic Voisot

 

Pas simple de marcher dans des zones de conflit

Entre la Russie et l’Iran, le contexte géopolitique n’était pas des plus évidents pour traverser cette zone du globe. Comment avez-vous déterminé le parcours ?

Arrivés en Géorgie, au bout de la mer Noire, il y avait plusieurs options qui s'offraient à nous. Le passage en Russie au nord et le passage au sud à travers l’Iran. On avait entendu plein de bonnes choses de voyageurs à vélo en Iran. Mais à pied, on est quand même très vulnérable, parce qu'on avance très peu chaque jour. Une voiture nous rattrape une journée de marche en 20 minutes. Nous avons donc choisi la sécurité de passer par la Russie et avons bien fait car nous aurions sinon été en Iran au moment des bombardements. La Russie était le seul endroit où on savait depuis le départ qu'on devrait prendre un bus. Le projet était déjà assez ambitieux pour commencer à marcher dans des zones avec des conflits.

 

Les Chinois nous ont surpris par leur joie de vivre

Quand êtes-vous entrés en Chine ? Quel a été votre ressenti quant à la traversée de ce pays ?

Le 13 septembre 2025. On a mis cinq mois pour traverser la Chine. On a été totalement éblouis par les dimensions, dont on ne peut pas prendre vraiment conscience avant de se pencher sur les cartes, puis de marcher chaque jour. Je ne soupçonnais pas la diversité culturelle qu’il y a au sein de ce pays, je n’y avais jamais pensé. Alors que c’est logique en soi : il y a des histoires millénaires de tas de peuples réunis désormais sous un même ensemble. Et il y a un élément témoin de ça, c’est la nourriture. Arrivés par le Xinjiang, où il y a beaucoup de Ouïgoures, on mangeait les mêmes nouilles qu’en Asie centrale. Grâce à la nourriture aussi, on comprend tous les mouvements de population qu’il y a eu. Quand on marche, on passe d’une vallée à une autre et on perçoit des micro-changements : ils n’utilisent plus les mêmes carafes, ils ne boivent plus le même thé. Et tout cela se fait très progressivement.

 

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Benjamin et Loïc ont pu apprécier la diversité chinoise durant leur traversée de trois mois @Benjamin Humblot et Luic Voisot

 

Les Chinois nous ont surpris par leur joie de vivre ; souvent les premières interactions que l’on avait avec eux, c’étaient des rires puisqu’ils trouvaient incongrus de nous voir marcher dans le désert. Il y avait un petit choc pour eux au début, mais très vite la glace se brisait grâce à quelques mots. Et puis quelle générosité ! Les gens des fois nous donnaient un Coca, une cigarette, une pomme : juste pour le plaisir de nous donner au moins quelque chose.

Si les Chinois nous ont assez peu reçu chez eux, parce que je pense que ce n’est pas vraiment dans la culture, ils nous ont beaucoup invité au restaurant et trouvé des endroits où dormir. Même la police nous a payé une nuit d’hôtel une fois !

 

Les 10 derniers kilomètres avec 70 personnes

Qu’avez-vous ressenti lors de l’arrivée sur le Bund ? Que vous avez d’ailleurs vécue en compagnie de personnes vous ayant accompagné sur les derniers kilomètres…

C’est forcément un moment un peu spécial, car on y pensait depuis un an et demi. On avait choisi le Bund pour arriver, parce que c’est vraiment l’image qui ressort le plus lorsque l’on tape Shanghai dans un moteur de recherche. Lorsque l’on a commencé à voir au loin les premiers immeubles, ça nous a tout de suite ancré dans la ville. 

 

 

On poste sur les réseaux sociaux chinois et on avait invité les gens à venir marcher avec nous. Donc on a fait les 10 derniers kilomètres avec environ 70 personnes. Un peu sonnés, parce qu’il y a eu beaucoup d’interactions, des tas de messages pendant le voyage et de sentir les gens émus en nous voyant, ça nous a beaucoup surpris. C’était un grand flot, mais très positif. Le soir, il y avait encore toute l’adrénaline, donc on a eu du mal à fermer les yeux !

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris au cours de ce périple ?

Il y a quelque chose qu'on avait un peu sous-estimé avant de partir et qui était difficilement quantifiable, c'est l'aspect humain des rencontres avec les habitants des différents pays. Partout, les locaux nous ont aidés. Ça a vraiment commencé en Turquie, où l’on a passé trois mois. On a dormi seulement trois fois sous la tente. Les gens nous amenaient aussi à manger à profusion. On buvait le thé avec eux. Une chose aussi très importante a été d’apprendre la langue. Assez rapidement, on a été capables d'expliquer aux gens ce qu'on faisait là, ce dont on avait besoin. Ça, c'était suffisant pour établir un lien de confiance.

 

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Un challenge pour les marcheurs : affronter l'hiver @Benjamin Humblot et Luic Voisot

 

Il faut aussi vivre les moments difficiles 

Il y a forcément eu aussi des moments plus compliqués à gérer au cours de dix-huit mois de marche. Quel épisode vous vient spontanément à l’esprit ?

On a connu le tout début de l'hiver en Serbie-Bulgarie. Et là-bas, la température minimale qu’on a eue était de -10°. Ce n’est pas ingérable : il suffit de prendre le sac de couchage adapté. Mais le matin, nos chaussures mouillées de la veille avaient gelé. Quand tu dois mettre ton pied dans une basket qui est glacée, sur le moment, ce n’est pas franchement confortable. Mais les mauvais moments sont aussi ceux qui vite deviennent de grands souvenirs, parce que maintenant, avec Loïc, on en rit de cet épisode.

Les entrées dans les grandes villes aussi, ce n’est pas forcément le plus agréable. Mais ces moments difficiles sont aussi ceux nécessaires pour accomplir notre rêve, donc il faut les vivre. Et puis ils nous ont appris également à poser un regard différent sur les choses, à comprendre la géographie de la ville, les activités qui la font vivre, pourquoi économiquement une ville est présente à tel endroit.

 

La marche permet une transition culturelle douce 

Que retenez-vous de cette expérience ?

La marche nous a permis de découvrir très progressivement les évolutions de cultures, entre Annecy et Shanghai. Donc il n’y a pas eu de choc culturel. Et je ne me suis jamais senti pas chez moi, nous n’avons jamais été arrachés par un transport en avion ou en train. Nous avons été préparés à arriver en Chine, dans une belle transition très douce. Nous étions prêts à recevoir la culture chinoise sans appréhension ou préjugé, et curieux de l’autre. Avoir en tête toutes les images qui relient Annecy à Shanghai, c’est magique.

Puis nous étions face à beaucoup d’inconnus au moment de se lancer dans ce projet, qui était peut-être impossible à réaliser. Mais on a décidé d’y aller quand même parce que le meilleur moyen de trouver des solutions, c’est de se confronter aux problèmes. Notre manière d’appréhender l’inconnu a totalement changé avec ce voyage. On a toujours réussi à avancer et trouver des solutions. Ce qui a beaucoup renforcé notre confiance en nous, mais aussi énormément notre confiance aux autres. On a fait un bel effort sportif, mais qui a été grandement facilité par les gens. Il y a des belles personnes partout. Je pense que cette expérience m’a beaucoup plus ouvert aux autres. 

 

Ce projet doit inspirer chacun à réaliser ses rêves

Quel impact pensez-vous que cette aventure a pu avoir sur les gens l’ayant suivie ?

C’était important pour nous de partager ce rêve avec les gens, même si nous sommes tous les deux de nature assez réservée.  Mais on sent que ça inspire les gens à réaliser leurs propres rêves. Et ce n’est pas forcément d’aller marcher pendant un an et demi. Il y a tous types d’aventures dans la vie, que ce soit professionnel, familial, sportif, créatif. Chez les gens, notre aventure a fait écho à beaucoup de choses. 

Vous avez marché plus vite que prévu et avez quelques mois devant vous… Quels sont vos projets pour les semaines à venir ?

On s’était donné entre deux ans et deux ans et demi pour faire ce voyage. Et là on s’est libéré un espace que l’on peut remplir. Sans compter qu’en arrivant, je ne me sens pas à bout de force. Donc je vais d’abord prendre un peu de temps pour visiter la Chine, car quand tu marches, tu ne peux pas faire un détour de 100km pour aller voir telle ou telle montagne.

Et puis, pendant la marche, il y a quelques mois, on a eu une nouvelle idée, parce que ça nous plaît bien de continuer ce quotidien incroyable. On aimerait monter à bord d’un voilier ou, plus vraisemblablement, d’un cargo et poursuivre le voyage vers l’est, vers les États-Unis. Puis traverser le pays à pied et reprendre le bateau pour repartir en France et, pourquoi pas, boucler notre tour du monde.

Suivez l'aventure de Benjamin et Loïc sur leur compte Instagram @mode_avion_adventures

 

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