Covid en Chine : le commencement de la fin

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 16/06/2022 à 21:30 | Mis à jour le 17/06/2022 à 12:23
personne se prenant dans les bras avec des masques en Chine
churchill citation

 

Une des plus célèbres citations de Churchill : 10 Novembre 1942, au sujet de la 2ème bataille de El Alamein en Egypte contre l’AfrikaKorps de Rommel. Pour le méga-foyer de Shanghai, la fin du commencement c’était le 21 avril, près de 2 mois plus tard, on en est encore au commencement de la fin…

Zero Covid en Chine : ce n’est pas la fin, ni même le début de la fin !

Pour la Chine, abandonner la zéro-covid strategie, c’est hors de question, car tous les coûteux sacrifices consentis pendant les confinements seraient vains si on ouvrait tout, y compris les frontières de Chine.

C’est pourtant le choix qu’a fait l’ancienne colonie japonaise au large du Fujian (pour ne pas la nommer…) :  Une Vague Delta en 2021 avec plus de 800 décès (taux de létalité de, calme plat zéro Covid jusqu’à l’arrivée de la vague Omicron en avril 2022. Les autorités décident de se démarquer de la Chine accusée par la communauté internationale de tous les maux pour sa stratégie zéro Covid. La population y est bien vaccinée, à l’inverse de l’ancienne colonie britannique en janvier : le taux de vaccination 2 doses y est de 82.4%, 69.4% 3 doses. Sur les 75 ans + qui étaient prioritaires et bénéficient d’un réseau de médecine de ville dense, on est à 81% 2 doses / 63.3% 3 doses, donc l’île ne risquait pas la même hécatombe. Elle abandonne les tests obligatoires et réduit la quarantaine à l’arrivée à 3 jours pour entrer dans l’ère du vivre avec.

analyse covid

Le bilan post pic est modéré avec une forte incidence sur une population naïve au virus: pic à 3460 contaminations par jour / 1 M Pop, très sous-estimé car les tests ne sont pas obligatoires (5800 au pic / jour / 1 M Pop et taux de positivité très élevé jusqu’à 73%), plus de 3500 décès, soit un taux de létalité de 0.12% sur 6 mois, 6 fois inférieur à la SAR, mais supérieur quand même aux meilleures performances  (Océanie, Singapour, Moyen Orient moderne), là encore probablement en raison d’un léger décrochage de la vaccination sur les seniors méfiants après les 800 décès post vaccination AstraZeneca de 2021ainsi que les obstacles culturels, le faible niveau de dépistage et la saturation hospitalière… Le scenario de l’île dissidente est étudié de près par la Chine continentale car les 2 populations ont un profil proche en termes d’absence d’immunité infectieuse et de vaccination quoique moins avancé sur le critère de la triple vaccination des seniors (pour la Chine continentale, on en était à 52% de triple vaccinés au 18/4 au total population). Un rapide calcul de 0.12% de létalité sur une population de 1.4 milliard, on arrive bien aux 1.5 million de décès prédits par la publication de l’Université de Fudan le 10 mai, de quoi calmer les ardeurs.

 

Mammouth de Shanghai : c’est le plateau du commencement de la fin !

 

A Shanghai, ça traine en longueur avec des contaminations résiduelles issues de salon de coiffure, d’un centre commercial, d’un chantier de construction, la plupart du temps du fait de tests pas assez réguliers du personnel (c’est 72h pour les clients, tous les jours pour les employés). Ces cas non isolés n’ont pas généré de forte poussée des contaminations mais leur proportion dans le total des cas est importante et on en a quasiment tous les jours depuis le déconfinement, ce qui ralentit le planning des réouvertures : salles intérieures des restaurants toujours fermées, toujours pas de lieux de distraction en intérieur (et il fait chaud quand il ne pleut pas !), obligation du test gratuit de 72h prolongé jusqu’à fin juillet, dépistage généralisé tous les week-ends aussi jusqu’à fin juillet (mais il n’y  aura pas comme il n’y a pas eu le week-end du 10-11 juin dans la plupart des cas de confinement pendant tout le week-end), voyages en dehors de de la ville toujours soumis à quarantaine (sauf à Pékin qui veut montrer l’exemple).

analyse covid

Pékin n’a pas explosé comme Shanghai grâce à la mise en place précoce des restrictions, mais a connu 2 rebonds, le dernier en date a été plus fort que celui de Shanghai, car lié à un bar bondé

A Pékin, le scénario du rebond est très différent : ouverture générale le 6 juin à la faveur d’une baisse des cas et absence de cas sociétaux pendant plusieurs jours. Résultat : un gros cluster dans un bar branché de Sanlitun, avec près de 350 contaminations en quelques jours, mais la réaction a été immédiate dans l’identification des contacts et donc très peu de cas sociétaux et le foyer semble être sous contrôle maintenant. Il faut donc attendre juillet pour regarder au-delà des étoiles sur le Travel code !

Avec la maîtrise du méga foyer de Shanghai, la carte des foyers en Chine s’est largement éclaircie, et comme on le nombre de nouveaux foyers indépendants fortement réduit (ie, non liés à des déplacements humains inter-provinciaux), mais encore à un coût élevé en termes de restrictions de voyage sur la Chine, les 2 plus grandes villes étant isolées du reste de la Chine.

analyse covid

Après 29 nouveaux foyers en mai, on comptabilise à mi-Juin 5 nouveaux foyers indépendants sur le mois de Juin, et ce sont principalement des foyers frontaliers (Mongolie, Corée du Nord, Myanmar, Vietnam) ou des employés de centre de quarantaine. Du fait de la paralysie de Shanghai et Pékin, peu de diffusion de ces foyers en dehors de leur lieu d’éclosion, et pic plus rapidement atteint. Néanmoins, ces foyers frontaliers risquent tous de se transformer en foyers chroniques (un an déjà pour le foyer de la frontière Myanmar / Yunnan et toujours des cas de temps en temps…)

Connectivité : ça décolle un peu mais ce n’est pas un débarquement

En Chine, tant que les confinements prolongés ne touchaient que de minuscules villes frontalières, l’impact était faible sur l’activité économique nationale. Avec les conséquences socio-économiques du confinement de Shanghai qu’on n’a pas fini d’essuyer, les départs des expatriés, des investissements étrangers, il va falloir faire preuve de pragmatisme et assouplir sans ouvrir complètement mais en supprimant toutes les mesures qui ne servaient pas à grande chose pour réduire le nombre de cas et limiter la pression hospitalière.

Cela a commencé par l’abandon des tests IGM pour tous les vaccinés, la fin de l’opprobre sur les voyageurs guéris de la Covid, la suppression des quarantaines pré-voyage pour les employés d’entreprises chinoises dans certains pays, et l’annonce de vols supplémentaires pour quelques compagnies aériennes chinoises. Dans les faits, certains vols qui avaient été supprimés ont été rétablis, notamment les vols arrivant à Xi’an, qui avaient été tous supprimés sans déroutement pendant le confinement de Xi’an fin 2021, et le retour de vols directs depuis l’Inde (suspendus avec le UK depuis la variant Alpha en décembre 2020…). Au comptage du nombre de vols au planning (hors suspension), la tendance à la baisse n’est pas encore inversée.

analyse covid

Après la déferlante Omicron de Janvier et les suspensions de vols qui ont suivi, le niveau de cas importés en entrée aérienne reste plus élevé qu’avant Omicron. Ce qui donne plus de suspensions de vols, et donc l’opportunité de mettre plus de vols au planning sans risquer de dépasser les capacités d’accueil des voyageurs internationaux et des cas importés qui vont avec.

 Cela continue avec le retour à des quarantaines à l’arrivée plus rationnelles : Après Pékin qui passe de 21 jours à 7+7, 14 jours au point d’arrivée si en dehors de Pékin, le Jiangsu passe de 28 jours à 7+7, le Hubei passe de 42 à 28 puis 7+7 en quelques jours, 14 jours à l’hôtel un point c’est tout si arrivée ailleurs. A l’arrivée à Chengdu, on passe à 10 jours en centralisé + 7 jours à la maison avec 6 tests. Pour une arrivée ailleurs avec destination finale à Chengdu, quarantaine à domicile jusqu’à j17 de l’arrivée avec 2 tests entre J14 et J17. Il n’y aura donc plus de 3ème semaine à l’hôtel qui a vu dans le Sichuan un nombre non négligeable de contaminations en 3ème semaine (donc à l’hôtel de quarantaine).

Il reste encore les irréductibles 56 jours de Shenyang, le 14+7 de Shanghai à transformer en 7+7… on veut y croire… A Shanghai déjà, la quarantaine pour les cas contacts locaux a été réduite à 7 jours à l’hôtel, 7 jours à la maison (si les conditions le permettent).

analyse covid

Retour de la couleur orange (14 jours de quarantaine) dans les provinces accueillant le plus de cas importés et de vols. Sur l’année 2022, le poids des asymptomatiques reste assez corrélé au volume de cas importés, donc plus lié au processus de diagnostic par scanner / radio qu’à un examen clinique.

Viennent ensuite l’abandon de la PU letter en plus du visa pour les étrangers et leurs familles candidats à l’expatriation professionnelle ainsi que les étudiants, l’ouverture des visas de regroupement familial pour les familles de conjoints de Chinois ou détenteurs de permis de résidence permanente. Cette Green Card a d’ailleurs été demandée par de nombreux expatriés qui remplissaient les critères depuis le début de la crise sanitaire, car perçue comme une protection contre les Travel Bans / suspensions de visas / impossibilité de renouvellement de visa du fait de confinement qui se sont succédés depuis 2020…

Une batterie d’assouplissements appréciables

Et enfin, assouplissement sur les suspensions de vols. Désormais, les cas positifs livrés jusqu’au 5ème jour de l’arrivée seront comptabilisés pour la suspension, contre 7 jours auparavant. Cela éviter occasionnellement des suspensions de 4 semaines au lieu de 2, la plupart des cas étant en général livrés dans les tout premiers jours, les suivants étant des contacts dans le vol, et les derniers des contaminations dans la chambre d’hôtel de quarantaine.

Derrière ces quelques infléchissements il y a le constat qu’avec la contagiosité Omicron, et malgré la réduction des délais des tests pré-embarquement, on compte +43% de cas importés par avion sur la projection Q2 2022 vs Q4 2021, et donc on a plus de suspensions de vols, comme on le constate sur les vols de France vers Guangzhou, Tianjin et Shanghai / Taiyuan : sitôt atterri pendant 2 à 3 semaines, sitôt suspendu pendant 2 à 10 semaines… Seul le vol de Air France de Shanghai n’a subi qu’une suspension depuis que sa capacité a été réduite de 75% à 40% pendant le méga foyer, maintenant rétabli à 60%.

Dans l’ancienne colonie britannique on a transformé les suspensions en avertissement avec amende de quelques milliers de USD pour la compagnie aérienne, puis suspension de 5 jours si le vol fautif livre à nouveau des plus de 5 cas dans les 10 jours suivant l’avertissement (auparavant c’était suspension immédiate dès 3 cas…). Cela dit, c’est en ce moment très difficile de trouver un hôtel de quarantaine dans la SAR, tous les réfugiés de la vague hivernale partis hors de Chine cherchent à revenir, et les candidats à l’itinéraire bis pour venir en Chine continentale ont bien du mal à trouver un hôtel de quarantaine puis un vol pour leur destination finale, 2 pré-requis pour pouvoir embarquer vers l’île, du fait des foyers en cours à Shanghai et Pékin.

Pour la Chine, c’est donc une batterie d’assouplissements appréciables, mais le Mur du Pacifique est encore très épais pour se défendre contre un débarquement de malades.

 

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Carole Gabay est en expatriation familiale à Shanghai depuis 2013. Diplômée de l’ESSEC, avec une longue carrière dans les études de marché et data management, elle se retrouve impliquée dès le début de l’épidémie en Chine dans le tracking des données Covid avec le projet de l’équipe bénévole Solidarité Covid – Français de Chine.

Articles, pages interactives CovidFlow, post quotidiens archivés sur www.solidaritecovid.com

Ou en rejoignant l’un des groupes wechat : contact UFE Shanghai, Doozyben

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