Mardi 7 décembre 2021
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HISTOIRE – La culture contre la dictature.

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 31/03/2010 à 00:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 14:45

A l'occasion de la sortie au Chili de son livre « Nous avons mal au Chili»* où il raconte comment il a vécu les dernières heures de la présidence d'Allende et la prise de pouvoir des militaires, Roland Husson, Conseiller culturel de l'ambassade de France au Chili, de 1973 à 1976, revient pour nous sur son rôle de mécène culturel pendant les premières années de la dictature

 

LPJ : Votre livre sort pour la première fois dans les librairies chiliennes. Pourquoi le traduire aujourd'hui en espagnol ?

RH : Ce livre, je l'ai écrit il y a 7 ans, en français, parce que l'expérience que j'ai vécue il y a 30 ans m'a marqué, parce que j'avais besoin de partager ce témoignage et parce que je voulais rendre hommage à ceux que la violence militaire a fait taire. Avant de venir au Chili, j'avais étudié la guerre civile espagnole, et une phrase du socialiste Miguel de Unamuno « Nos duele España » m'avait marqué. Quand je repense à cette période, cette phrase me parait adéquate, parce que j'ai mal, pour mes amis, leurs maisons détruites, leurs familles assassinées? Elsa Poblete, actrice chilienne que j'avais aidé à cette époque, m'a proposé de le traduire, parce qu'elle voulait que son pays puisse connaître ce témoignage.


LPJ : Alors que les militaires au pouvoir réprimaient toute forme d'expression, vous avez ouvert les salles de l'ambassade aux artistes chiliens. Vous êtes-vous rendu compte que votre geste était le premier acte de résistance de la culture au Chili ?

RH: Je n'ai fait qu'ouvrir les salles de l'ambassade de France. Nous étions neutres dans le conflit, j'ai seulement voulu mettre à disposition des artistes chiliens un espace d'expression. Les pièces jouées étaient du Shakespeare, du Molière...Les militaires ne pouvaient pas empêcher leurs représentations, les messages n'étant pas subversifs et les artistes chiliens invités par la France.

D'autres personnes nous avaient à l'époque donné l'exemple, et ce en prenant bien plus de risques : en 1974, Roser Bru avait exposé des portraits de disparus dans la galerie Carmen Waugh et Oscar Castro. Oscar, qui était un de mes amis à été arrêté mais continuait de mettre en scène ses ?uvres jusque dans les prisons politiques !

Je suis heureux que certains des jeunes artistes que j'ai aidés alors soient devenus de grands personnages de la culture chilienne. Je pense cependant qu'ils le doivent avant tout à leur talent, je n'ai fait je le répète, que leurs ouvrir les portes.

LPJ : Vous sentez vous toujours impliqué dans l'Histoire chilienne ?

RH: Je suis un amoureux du Chili, c'est une sorte de drogue pour moi? On n'a pas la chance  d'assister à un coup d' Etat et d'y jouer un rôle tous les jours. Aujourd'hui mes relations avec le Chili sont un peu distendues parce que je vis en France.

Le Chili dans lequel je suis arrivé était un pays en pleine révolution socialiste. Aujourd'hui la consommation règne? Les deux réalités sont très différentes, mon impression peut être faussée? Je pense que si Piñera réussi à s'auto convaincre que réformer massivement son pays peut changer les choses et solutionner tous les problèmes, alors oui, il peut être un grand Président?

Elodie QUEFFELEC (www.lepetitjournal.com - Santiago) mercredi 31 mars 2010

* "Nos duele Chile" (2010 Cuarto Propio)

"Nous avons mal au Chili" (2003 Syllepse)

Extrait: « Le 11 au matin, je me rendis à la chancellerie, ayant entendu à la radio les premières annonces d'un coup d'état. Les militaires laissaient jusqu'à quinze heures aux Chiliens pour regagner leur domicile, alors que la Centrale unique des travailleurs avait demandé aux ouvriers et aux employés de rester sur leur lieu de travail. J'eus la surprise en chemin d'être arrêté par un militaire, et ce malgré mes plaques diplomatiques. Il me fit ouvrir mon coffre et s'excusa dans un excellent français, car il avait été élève du lycée Saint-Exupéry. Ce jour-là, ma propre langue, maniée par un homme armé d'une mitraillette, ne m'enchanta pas. Mais la vie reprend son cours et il faut faire vivre les échanges culturels franco-chiliens quand les recteurs des universités sont des militaires, que les livres brûlent et que sont coupées les cordes des guitares et les mains des guitaristes.. » R. Husson


A voir également: le documentaire du réalisateur franco chilien Patricio Paniagua « Un diplomate français à Santiago " qui retrace l'histoire de Roland Husson.
Voir notre article



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