Édition internationale

Les petites poussières: thriller machiavélique d’une française de la Sillicon Valley

Française installée dans la Baie, Jane Quartley publie son premier roman, Les Petites Poussières, aux éditions MVO. un premier roman qui mêle intrigue, château français déplacé aux États-Unis, santé mentale, introspection, identité et réflexion sur l'amitié. Rencontre avec une autrice dont le parcours atypique se retrouve dans la richesse de ce premier roman.

L'autrice Jane Quartley et son premier roman Les Petites PoussièresL'autrice Jane Quartley et son premier roman Les Petites Poussières
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 18 avril 2026

 

Jane Quartley vit dans la Bay Area depuis presque vingt ans. Arrivée de France, elle y a construit sa vie avec sa famille, et s'est laissée adopter par cette Californie dont elle aime le ciel, la lumière et les bibliothèques. Avant d'écrire, elle a eu plusieurs vies professionnelles — dans l'administration, le droit, les sciences — autant d'expériences qui ont nourri sa curiosité et, sans qu'elle le sache encore, son futur roman.

Jane Quartley est une passionnée de sciences, une curieuse de l'Histoire, une exploratrice du temps, une femme qui rêvait d'écrire depuis toujours, encouragée par ses professeurs. Sa vie californienne lui a offert cette évidence qui a pris la forme des Petites Poussières, un premier roman qui mêle intrigues, faux-semblants, château français déplacé aux États-Unis, pathologies psychiatriques et réflexions sur l'identité, la vérité et la confiance. Un livre qui porte en lui le mordant de son autrice.

 

Un huis clos dans un château français sur le sol américain

Les Petites Poussières suit Arthur, un personnage qui aime la France et écrit sur le Moyen-Âge, dans un centre de réhabilitation luxueux où les apparences sont trompeuses. Il va mener une enquête dans une ambiance oppressante. Le huis clos devient un catalyseur psychologique. Au cœur de l'intrigue mystérieuse : un château français, déplacé pierre par pierre aux États-Unis. Une idée née d'une double exigence que Jane s'était imposée. « Il fallait absolument que ça se passe aux États-Unis, ce grand pays qui m'accueille. Et je voulais un château de France, mon beau pays de cœur. Je ne pouvais pas écrire un livre sans parler de château. C'est une des signatures de notre Histoire. »

Farfelu ? Pas tant que ça. En fouillant l'histoire, Jane découvre qu'en 1883, après l'incendie du palais des Tuileries, Jérôme Pozzo di Borgo a racheté une partie des ruines, numéroté les pierres, et les a fait reconstruire en Corse. Le précédent existait. Elle le cite d'ailleurs dans le roman, en miroir de son château fictif. « Cette idée paraît incroyable, mais attention : ça s'est déjà réellement produit. »

 

Un travail de recherche qui se ressent à chaque page

C'était très important pour moi que tout ait un relief

Ce qui frappe à la lecture des Petites Poussières, c'est la densité. Les pathologies psychiatriques des personnages du centre de réhabilitation, les références historiques — de l'affaire des poisons à Hypatie d'Alexandrie, en passant par les tribus amérindiennes — rien n'est laissé au hasard. Jane a passé des heures dans les bibliothèques de la Peninsula, chacune choisie pour son ambiance particulière, une loupe dans le sac pour zoomer sur les images des livres qu'elle ne pouvait pas agrandir comme sur un écran.

« J'ai fait durer ce temps de recherche. Je ne considérais pas cette phase comme quelque chose qui me ralentissait. Si ce n'était pas du contenu, c'était de la culture personnelle. Un moment que je savourais. » Se perdre dans les allées, tomber sur un sujet imprévu, puis retrouver exactement le livre qu'elle cherchait — pour Jane, la recherche faisait partie du plaisir d'écrire. Et ça se sent. Chaque personnage, y compris les secondaires, a sa propre histoire, sa profondeur. « C'était très important pour moi que tout ait un relief. »

« La France, c'est aussi un personnage dans mon livre », résume-t-elle. Les références françaises sont partout — dans la musique, la poésie, la littérature, le château, les anecdotes historiques, jusqu'à la couverture, réalisée par la jeune Maayane Dadon, artiste multinationale et française elle aussi, un « coup de cœur » immédiat pour cette illustration.

L'approche va plus loin que la documentation. Jane a pensé son roman comme une expérience sensorielle. Elle fait le parallèle avec les Oscars : dans un film, il y a la cinématographie, le jeu d'acteur, la musique. Dans un livre, il faut tout recréer avec des mots. Les descriptions pour l'image, les dialogues pour le jeu, et des morceaux de musique intégrés au récit pour plonger le lecteur dans l'ambiance. « Chaque détail a son importance pour basculer progressivement dans un climat de tension psychologique intense. »

 

Au-delà de l'intrigue

Dans ce livre, l'autrice piège le lecteur. Les apparences trompeuses nous entraînent dans un jeu d'illusions qui fait perdre les repères. Mais Les Petites Poussières n'est pas qu'un thriller à tiroirs. C'est aussi un roman sur l'amitié, la confiance et la vulnérabilité. Sur cette petite voix intérieure qu'on fait taire pour ne pas faire de vagues. « Jusqu'où est-on capable de ne pas s'écouter ? » se demande Jane. Les confessions d'Arthur au lecteur et ses introspections créent un lien intime, on partage ses doutes. Et quand la confusion accable, on se pose la question : peut-on se fier à soi-même ? Jane Quartley utilise les failles de l'esprit humain, critique la confiance déplacée, démesurée, et montre que la vérité, fragile, est souvent dissimulée, parfois douloureuse et complexe. On se fait manipuler — un thème d'autant plus actuel à l'heure des deepfakes et de l'IA.

Un deuxième roman est en cours. Jane nous confie: "Je ne peux pas dire quels personnages reviendront — cela dévoilerait la fin du premier". Mais on les retrouvera, promet-elle. Ceux qu'on a aimés. Et qu’on suivra avec un immense plaisir

 

 

 

 

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