Édition internationale

Rencontre avec Valérie Brisset, Consule à SF : parcours, vision et ambitions

Arrivée il y a six semaines dans la Baie — son mari et leurs enfants la rejoindront une fois l'année scolaire terminée —, la nouvelle Consule générale de France à San Francisco a déjà enchaîné les rencontres avec la communauté française. En marge de la Nuit des idées, elle nous a fait l'honneur de nous accorder un long entretien pour évoquer son parcours, ses premières impressions sur San Francisco et sa vision pour les années à venir.

Madame la Consule Générale de France à San Francisco Madame la Consule Générale de France à San Francisco
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 11 avril 2026

De Sciences Po au Quai d'Orsay : un parcours au croisement des mondes

Ce qui frappe d'emblée chez Valérie Brisset, c'est la manière dont son parcours a toujours fait dialoguer la culture et l'international. Diplômée de Sciences Po Paris, elle hésite entre deux vocations : la culture et les relations internationales. À 20 ans, elle renonce temporairement à la diplomatie — un métier qui, pour une femme, implique aussi un choix de vie conjugal et familial qu'elle ne se sent pas prête à assumer. Elle se tourne alors vers le monde de la culture et intègre le Musée du Louvre, où elle passera dix ans, créant un service et encadrant une équipe de 25 personnes dès l'âge de 25 ans.

C'est après cette première carrière accomplie qu'elle prend conscience de deux certitudes : elle souhaite continuer à travailler dans le secteur public et elle veut continuer à encadrer. Elle se sent alors prête à se lancer dans l'aventure diplomatique. Trois ans de préparation et l'ENA (promotion Robert Badinter) plus tard, elle entre au Quai d'Orsay à 35 ans. Un choix de vie qui, pour elle, se fait en famille — car il impacte directement son conjoint et ses enfants.

San Francisco est son troisième poste à l'étranger, et chaque affectation a représenté un renouvellement constant de ce que l'on doit construire. Sa carrière la conduit d'abord en Grèce comme première conseillère (2015-2019), puis en Chine comme numéro deux de l'ambassade et cheffe de la chancellerie politique. De retour à Paris, elle dirige pendant quatre ans la sous-direction de la diplomatie culturelle, éducative et scientifique, supervisant plus d'une centaine de services de coopération culturelle dans le monde, dont la Villa Albertine.

Premier poste de cheffe de poste — et deuxième femme à occuper cette fonction depuis la création du consulat en 1850, après Pauline Carmona (2014-2016) — San Francisco lui permet de travailler dans tous les domaines diplomatiques : culturel, économique, politique, consulaire, à la tête d'une petite équipe qu'elle qualifie de « formidable et dynamique dans tous les domaines », et au service d'une communauté française particulièrement importante dans la région.

Très heureuse et visiblement animée par sa nouvelle mission, Valérie Brisset se voit comme une diplomate au service des Français de la Baie, mais aussi comme une observatrice attentive d'un environnement qui fascine la France entière. Découvrez avec nous la nouvelle représentante de la France dans le Nord-Ouest américain.

 

Cheffe de poste, épouse et mère de quatre enfants : oser l'exemple

J'espère pouvoir inspirer d'autres femmes, plus jeunes ou de mon âge, qui oseront sauter le pas en se disant que c'est possible

Lorsqu'on l'interroge sur le fait d'être la deuxième femme à occuper ce poste à San Francisco, Valérie Brisset répond avec franchise. « Accéder à des fonctions à responsabilité chronophages, qui empiètent sur la vie personnelle — le soir, le week-end —, c'est un choix que l'on fait en y réfléchissant à deux fois. C'est vrai dans tous les domaines. Beaucoup de femmes s'autocensurent et ont du mal à sauter le pas, et au ministère des Affaires étrangères peut-être encore plus. »


En sautant le pas, son souhait est d'abord de montrer l'exemple. Montrer que c'est possible — à condition d'être soutenue. Elle le dit sans détour : si son conjoint n'avait pas accepté de jouer le jeu, de changer de fonction tous les trois ou quatre ans, l'aventure aurait été bien plus compliquée. « C'est vraiment formidable de pouvoir se dire qu'on va vivre cette aventure à deux, avec le soutien de son conjoint. »


Être cheffe de poste en étant femme, en ayant une famille à charge — pour Valérie Brisset, c'est un signal que l'on envoie. À ses propres enfants d'abord, aux jeunes générations ensuite, et notamment aux jeunes femmes. « Il faut être aussi bonne que les hommes, mais cela ne signifie pas forcément renoncer à l'équilibre professionnel et personnel.  »


Elle le reconnaît : sauter le pas n'a pas toujours été évident. Il y a eu une maturation, un accompagnement, des collègues et des proches qui lui ont dit qu'elle en était capable. Elle les remercie, et dit consacrer beaucoup de temps à faire de même — mentorer les jeunes qui veulent monter dans la hiérarchie, les accompagner, leur dire que c'est possible. « J'espère pouvoir inspirer d'autres femmes, plus jeunes ou de mon âge, qui oseront sauter le pas en se disant que c'est possible. »

 

Premières impressions: émerveillée par San Francisco


Valérie Brisset n'avait qu'un souvenir lointain de San Francisco — une visite éclair il y a vingt-cinq ans, au mois d'août. « Il faisait 13 degrés. J'avais un bon souvenir, mais pas très précis. » Aujourd'hui, elle ne parle plus de redécouverte mais de révélation.
C'est à vélo qu'elle arpente la ville chaque week-end, et c'est ainsi qu'elle dit le mieux en saisir les contrastes. « J'aime beaucoup les ambiances très différentes d'un quartier à l'autre. On les ressent vraiment quand on circule à vélo. » Ce qui l'a frappée dès les premiers jours, c'est une ville où la nature est partout — une végétation qu'elle compare, avec un brin de nostalgie, à celle de la Bretagne, « avec les agapanthes qui poussent partout ». Une cité qu'elle qualifie d'« assez européenne dans l'âme » : on peut y marcher, la nature s'y mêle à un urbanisme qu'elle juge sain, et les habitants semblent vivre dehors en permanence.
« Ma première image, c'est cette ville où les gens sont tout le temps dehors en train de faire du sport. Ça m'a frappée dès le premier jour. Une ville qui est vraiment en train de revivre. »

 

Dans la continuité, avec une touche personnelle.

Animer la communauté française et offrir un service public de qualité à nos ressortissants

Valérie Brisset tient à saluer ses prédécesseurs. « Ils ont fait des choses extraordinaires. À commencer par ce magnifique plateau de bureaux avec vue imprenable sur la Baie, bien situé à Montgomery Street, accessible en transports en commun pour les ressortissants français qui viennent au consulat. ».

Elle remercie Romain Serman d'avoir trouvé la nouvelle Résidence de France, qui a remplacé l'ancienne résidence de Pacific Heights et offre désormais un lieu de travail utile à la fois pour le consulat, ses partenaires et l'ensemble de la communauté française.

Elle salue également le travail remarquable d'Emmanuel Lebrun-Damiens dans le domaine culturel, qui a lancé la Villa Albertine et la Nuit des idées — un événement qui attire désormais des milliers de personnes chaque année.

Enfin, elle souligne tout ce qu'ont initié Frédéric Jung et Florian Cardinaux pour renforcer l'interaction avec la tech et l'IA et mieux comprendre l'évolution de l'écosystème, notamment à travers les clubs IA lancés par Florian.

« Je m'inscris dans la continuité de tout ce qui a été fait. Pour l'instant, je n'ai rien inventé de nouveau, mais j'ai envie de faire vivre ce qui fonctionne bien, tout en me concentrant sur les missions premières d'un consulat général : animer la communauté française et offrir un service public de qualité à nos ressortissants. »

Au quotidien, cela passe aussi par le lien avec les nombreuses représentations des Français de l'étranger — associations, réseaux d'entrepreneurs, acteurs culturels — qui forment des cercles à la fois concentriques et entremêlés, et font vivre la communauté française avec une grande complémentarité. Valérie Brisset le reconnaît volontiers : « Ils n'ont pas forcément besoin de nous pour exister, mais moi j'ai besoin d'eux pour aller à la rencontre des ressortissants français. » Tout se fait en bonne entente, chacun se renvoyant l'ascenseur. Le consulat, lui, organise ponctuellement des événements qui ont un impact bien au-delà de la seule communauté française 

Sa priorité : aller à la rencontre de la communauté française sur l'ensemble de la circonscription. Après Seattle en mars, elle s'apprêtait à accompagner une tournée consulaire à Portland. Son objectif est de couvrir le maximum des dix États d'ici fin 2026.

Valérie rapelle que  "beaucoup de Français installés dans la Baie ne sont pas inscrits au registre consulaire — et ignorent parfois ce que le consulat peut leur apporter" . Pour elle, l'enjeu est triple : l'état civil (passeports, naissances, mariages), la protection en cas de crise (tremblements de terre, incendies), et le vote — les élections des conseillers des Français de l'étranger se tiennent le 30 mai prochain, suivies des présidentielles et des législatives. L'inscription se fait en quelques minutes sur servicepublic.fr (date limite : 24 avril). La Consule attire également l'attention sur un outil méconnu : le fil d'Ariane, un service du ministère qui permet aux Français de passage de signaler leur séjour à l'étranger. « Même des Français installés ici depuis trente ans n'en avaient jamais entendu parler », reconnaît-elle. Nous consacrerons prochainement un article complet au rôle du consulat et à l'ensemble des services qu'il offre à la communauté française de la Baie.

Nous reviendrons prochainement dans un article dédié sur le rôle du consulat et l'ensemble des services qu'il offre à la communauté française de la Baie.

 

San Francisco, terre d'attraction pour les Français et les institutions

Si la communauté française de la Baie a connu un creux après le Covid, la tendance s'est nettement inversée. Le consulat enregistre environ mille nouveaux inscrits par an depuis deux à trois ans. La circonscription consulaire — qui couvre dix États — comptait 27 653 Français inscrits au registre en février 2026, et l'on estime qu'ils sont probablement le double en réalité, soit environ 60 000 sur l'ensemble de la zone. Elle dévoile un chiffre historique : avec 168 915 inscrits au registre, les États-Unis sont désormais le premier pays d'accueil des Français dans le monde, devant la Suisse.

Ce qui la frappe surtout, c'est la diversité des profils. « On trouve des Français dans tous les secteurs d'activité : la tech et l'IA bien sûr, mais aussi l'hôtellerie, la gastronomie, la viticulture, la culture, la robotique, la construction… Ces rencontres me nourrissent pour mieux comprendre et décrypter l'écosystème local. 

Mais l'intérêt pour la Baie ne se limite pas à la communauté résidente. Valérie Brisset note que le défilé de délégations françaises depuis le début de l'année est révélateur. « C'est assez symptomatique du regain d'intérêt des institutions françaises et des acteurs économiques pour San Francisco et la région. La plupart des délégations sont venues explorer ce qui se passe dans le domaine de l'IA et de la tech. »


Elle détaille : « Une délégation de sénateurs est venue début mars pour comprendre comment les entreprises adoptent l'IA, avec l'objectif de produire un rapport avec des préconisations sur l'adoption de l'IA dans les PME. Puis Anne Bouverot, envoyée spéciale du président de la République, et Clara Chappaz, ambassadrice pour le numérique, sont venues sonder les géants de la tech sur la possibilité d'aborder l'impact sociétal de l'IA au sommet du G7, et notamment la protection de l'enfance. »


L'agenda ne faiblit pas. Pascal Cagni, président de Business France, est attendu la semaine du 27 avril. BPI France emmène une nouvelle délégation. Business France continue son rôle d'accompagnement des start-ups françaises. Côté industries culturelles et créatives, une délégation du jeu vidéo a également fait le déplacement. Et dans le domaine scientifique et universitaire, Mario Del Pero, spécialiste de la relation franco-américaine, effectue une tournée de conférences dans les universités, tandis que l'IHÉS vient pour des échanges dans le domaine des mathématiques et des sciences.


« Mes collègues me disaient que c'est assez inédit de voir autant de délégations — entre huit et dix en trois mois. C'est plutôt bon signe. Pour le domaine de l'IA, il faut vraiment venir voir et discuter. Ça va tellement vite qu'une visite vaut mieux qu'un grand discours. »

 

Premier grand rendez-vous : la Nuit des Idées

Affiche de la nuit des idées
Nuit des Idées - San Francisco - 11 avril 2026

Pour son premier grand événement en tant que Consule, Valérie Brisset ne pouvait rêver meilleure entrée en matière. La Nuit des idées, lancée en 2016 dans le monde et en 2019 à San Francisco, est un événement dont elle entendait beaucoup parler lorsqu'elle dirigeait la diplomatie culturelle à Paris. « J'entendais beaucoup parler de la Nuit des idées à San Francisco, qui rassemble 7 000 personnes chaque année et a un écho très fort dans tout le réseau diplomatique et culturel. »

Pour elle, cet événement illustre parfaitement l'évolution de la coopération culturelle française. « Je crois qu'au ministère, notre axe désormais, c'est moins de diffuser notre culture telle quelle que de créer de l'interaction, de l'échange très fort entre les artistes, les intellectuels, les chercheurs. Et la Nuit des idées, c'est l'exemple parfait de ce qu'on arrive à faire dans ce domaine. » On y retrouve les résidents de la Villa Albertine — ce programme de résidences artistiques et intellectuelles qui permet à des créateurs français de construire leur séjour en partenariat avec des artistes et des institutions locales — aux côtés d'artistes français venus ponctuellement et d'intervenants de toutes nationalités.

Le consulat joue un rôle de catalyseur avec la Villa Albertine, en trouvant la bonne date, en construisant le programme avec ses partenaires — la San Francisco Public Library, l'Asian Art Museum — tout en gardant cette touche française. avec  plus d'intellectuels et d'artistes français que d'autres nationalités, étant donnee que la France qui co-construit ce programme. 

Pour cette édition, Valérie Brisset prononcera un discours introductif juste après le maire de San Francisco — signe de l'importance que la ville accorde à l'événement — et participera à un panel sur la jeunesse. La soirée se conclurera par le concert de Victor Le Masne et une soirée dansante. Le programme en intégralité est disponible sur Nuit de Idées

 

Et pour la suite ?

Lorsqu'on lui demande comment elle se projette, Valérie Brisset ne cache pas son ambition : rencontrer une part significative des 60 000 Français de la circonscription et acquérir cette big picture qui lui permettra de décrypter pleinement les interactions entre la communauté française et l'écosystème local. Car San Francisco met la barre très haut. Un poste qui mêle tous les domaines diplomatiques — culturel, économique, politique, consulaire —, une communauté française aussi nombreuse que diverse, un écosystème technologique qui fascine le monde entier et une ville dont le cadre de vie n'a rien à envier aux plus belles capitales européennes. « Je suis très heureuse d'être a un poste aussi complet, aussi agréable et aussi passionnant. »

Et si l'un de ses quatre enfants lui annonçait un jour vouloir rester dans la Baie ? « Je ne serais pas surprise », sourit-elle. L'avenir nous le dira.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos