Du 10 au 19 avril, le festival californien fête sa 25ᵉ édition dans la vallée d'Indio, avec Sabrina Carpenter, Justin Bieber et Karol G en têtes d'affiche. Né en 1999 d'un bras de fer entre Pearl Jam et Ticketmaster, Coachella est devenu en un quart de siècle la vitrine musicale la plus puissante d'Amérique — et une porte d'entrée privilégiée pour la scène francophone, de Daft Punk à Oklou.


À deux heures de route au sud-est de Los Angeles, dans la vallée désertique d'Indio, un ancien terrain de polo devient chaque mois d'avril l'épicentre de la culture populaire mondiale. Cette année encore, Coachella tient son rang. Le festival se déroule du 10 au 19 avril 2026, à l'Empire Polo Club d'Indio, en Californie, pour sa 25ᵉ édition, avec Sabrina Carpenter, Justin Bieber et Karol G en têtes d'affiche. Les deux week-ends ont été écoulés en moins d'une semaine. Pour un francophone installé aux États-Unis — ou qui observe l'Amérique depuis l'autre côté de l'Atlantique — Coachella est devenu l'un de ces rares rendez-vous culturels américains dont on ne peut plus ignorer l'onde de choc. Retour sur une histoire qui mérite qu'on s'y attarde.
Un festival né d'un bras de fer avec Ticketmaster
L'origine de Coachella est, paradoxalement, une histoire de résistance. En novembre 1993, le groupe Pearl Jam, au sommet de sa gloire, refuse de se produire dans les salles contrôlées par Ticketmaster, qu'il accuse d'abuser de sa position dominante avec des frais de service excessifs. Le groupe cherche une alternative, et son promoteur Paul Tollett, de la société californienne Goldenvoice, lui déniche un champ de polo improbable à Indio. Le concert attire près de 25 000 spectateurs et prouve que le site peut accueillir de grands événements. Paul Tollett note l'info dans un coin de sa tête.
Quatre ans plus tard, en 1997, Tollett se rend au festival de Glastonbury en Angleterre. Il distribue des prospectus aux artistes et agents avec des photos de l'Empire Polo Club baignant dans le soleil californien, à contre-courant de la boue de Glastonbury. « Tout le monde riait », se souviendra-t-il plus tard. L'idée prend corps. Le premier Coachella Valley Music and Arts Festival se tient les 9 et 10 octobre 1999, avec Beck, Tool et Rage Against the Machine en têtes d'affiche, ainsi que The Chemical Brothers, Morrissey, A Perfect Circle, Jurassic 5 et Underworld.
Le festival se veut l'anti-Woodstock '99, cette édition tragique marquée quelques mois plus tôt par des violences et des viols. Les promoteurs misent sur un « festival à haut niveau de confort » : fontaines d'eau gratuites, toilettes en nombre, tentes de brumisation. Mais commercialement, c'est un désastre. Goldenvoice perd environ 850 000 dollars et doit lutter pendant près de deux ans pour survivre en tant qu'entreprise. Pas de festival en 2000.
La renaissance, puis la conquête du monde
En 2001, Tollett persiste. Le festival revient, sur une seule journée, grâce à un coup de pouce déterminant : Perry Farrell, fondateur de Lollapalooza, accepte de reformer Jane's Addiction pour assurer la tête d'affiche et sauve, de fait, Coachella. L'année suivante, le camping est autorisé — une révolution pour les festivaliers et pour l'économie de l'événement. À partir de là, la machine s'emballe. En 2015, Coachella rapporte plus de 84 millions de dollars avec 198 000 billets vendus. En 2017, le festival franchit la barre des 100 millions et affiche complet en trois heures.
Deux moments ont sans doute consolidé le mythe plus que tous les autres, et ils portent — cela mérite d'être souligné pour notre lectorat — la signature française.
La French Touch, arme secrète de Coachella
En 2006, les Daft Punk acceptent de jouer Coachella. Il aura fallu une offre de 350 000 dollars et une prise en charge complète des frais pour convaincre le duo, longtemps réticent aux propositions de show. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo débarquent avec une pyramide LED conçue spécialement pour l'occasion. Le show est un séisme. Près de 40 000 personnes tentent de s'entasser dans un espace prévu pour 10 000. Ce concert est aujourd'hui considéré comme l'acte fondateur de la musique électronique en festival telle qu'on la connaît. Il ouvre aussi la voie au label Ed Banger et à des artistes comme Justice, qui brilleront dès l'édition suivante.
Depuis, la scène francophone est une présence quasi permanente à Indio. Daft Punk, Justice, Christine and the Queens, L'Impératrice, Polo & Pan : le festival a régulièrement accueilli des artistes français qui ont marqué son histoire. En avril 2015, le Belge Stromae enchaîne ses tubes quand Kanye West — qui avait remixé « Alors on danse » cinq ans plus tôt — le rejoint par surprise sur scène pour un duo explosif. Pour l'édition 2026, quatre noms composent la délégation francophone : Oklou (de son vrai nom Marylou Mayniel, pour une première apparition remarquée), Chloé Caillet, Dabeull et HUGEL.
Les moments qui ont écrit la légende
Au-delà de la French connection, quelques performances appartiennent désormais au patrimoine du festival. En 2008, Prince reprend « Creep » de Radiohead pendant huit minutes dans le désert. En 2012, Dr. Dre et Snoop Dogg font « ressusciter » Tupac Shakur, assassiné seize ans plus tôt, sous la forme d'un hologramme — un choc technologique et émotionnel. En 2018, Beyoncé devient la première femme noire à être tête d'affiche du festival et livre un show si monumental qu'il deviendra un documentaire Netflix sous le titre Homecoming.
Cette édition 2026 a elle aussi produit ses surprises. Kacey Musgraves a été ajoutée au line-up du deuxième week-end, avec une performance programmée le samedi 18 avril. Et parmi les invités surprise du premier week-end, Rolling Stone cite notamment Will Ferrell et Huntr/x — un mélange détonnant qui résume bien l'ADN du festival.
Ce que dit Coachella de l'Amérique d'aujourd'hui

Reste qu'il serait naïf de ne voir dans Coachella qu'une célébration musicale. Le festival est aujourd'hui une machine économique et médiatique redoutable. Les pass général mis en vente en septembre 2025 partaient à 649 dollars frais compris pour le premier week-end, et 549 dollars pour le second. Chaque année, l'événement est critiqué pour son embourgeoisement, l'omniprésence des influenceurs, la standardisation esthétique d'une certaine jeunesse dorée qui vient autant pour être vue que pour écouter.
Mais il y a aussi une vraie continuité. Paul Tollett, toujours à la tête de Goldenvoice, a été honoré en 2025 comme lauréat du Pollstar Impact 50 pour avoir mené le retour triomphal de Coachella. Le festival conserve ce qui a fait sa force depuis 1999 : une programmation qui mélange stars mondiales, groupes en réunion improbable et artistes émergents que personne n'attendait. Pour les francophones, c'est aussi une vitrine stratégique — Coachella reste l'une des portes d'entrée les plus efficaces vers le marché américain, comme l'a prouvé la trajectoire de Christine and the Queens, de Justice, ou plus récemment de Zaho de Sagazan qui enchaîne les dates sur la côte ouest.
Vingt-sept ans après ce premier week-end déficitaire dans la poussière du désert, le champ de polo d'Indio continue de dicter, pendant deux week-ends par an, ce que le monde va écouter, danser et porter. Pas mal, pour une idée née d'un bras de fer avec Ticketmaster.
Sur le même sujet















