Il y a des parcours qui vous rappellent que le talent, quand il est porté par une volonté sans faille, finit toujours par trouver son chemin. Celui de Clélia de Laurentis en fait partie. Née à Paris, grandie à Bédarrides — un petit village provençal où rien ne la prédestinait au cinéma —, cette jeune actrice française s'est construit, à la force de sa détermination, une trajectoire remarquable jusqu'au cœur de l'industrie hollywoodienne.


Un courage qui force le respect
Il faut mesurer l'audace du geste. Quitter la Provence pour Los Angeles, seule, sans connaître personne, sans parler un mot d'anglais — pas un seul. Là où d'autres auraient rebroussé chemin, Clélia a appris la langue en trois mois, le dictionnaire sur la table de chevet, le téléphone en permanence dans la main. C'est sa mère, elle-même créatrice dans l'âme — ancienne styliste à la tête de sa propre marque —, qui l'a encouragée à franchir le pas. On comprend d'où vient cette fibre.
Inscrite à Santa Monica College, elle y fait ses armes pendant un an avant de rejoindre le prestigieux Lee Strasberg Theatre & Film Institute, là même où se sont formés Al Pacino, Robert De Niro ou Angelina Jolie. Ce n'est pas un hasard si elle a choisi cette école-là. La méthode Strasberg — fondée sur la relaxation profonde et la sense memory — exige de ses élèves un engagement total, une capacité à se mettre à nu. En deux semaines d'essai, Clélia savait déjà qu'elle avait trouvé sa voie. Deux ans plus tard, diplômée, elle en ressort transformée — pas seulement en tant qu'actrice, mais en tant que personne. "C'est une sorte de thérapie", confie-t-elle avec une lucidité qui impressionne. "Ça te ramène à toi-même."
Une ascension qui ne doit rien au hasard
Les résultats n'ont pas tardé. Son court-métrage Chop Chop, réalisé en cinq jours dans des conditions dignes d'un marathon créatif, lui a valu rien de moins que le prix de la meilleure actrice, du meilleur film et du meilleur scénario au festival de Strasberg. Cinq jours sans dormir, portée par la passion pure — et trois récompenses à l'arrivée. Tout Clélia est là.
Depuis, les choses s'accélèrent. Le matin même de notre échange, elle venait de décrocher une publicité. Mais la vraie fierté, celle qui lui met des étoiles dans les yeux, c'est son premier long-métrage — un mélodrame avec un tournage imminent.
Pour quelqu'un qui envoie des dizaines d'auditions par semaine dans un système américain où le silence est la seule réponse, ce premier "oui" a une saveur particulière. On sent que rien n'a été donné, que tout a été mérité.
Un talent aux multiples facettes
Ce qui frappe chez Clélia, c'est cette capacité rare à embrasser tous les aspects de son métier. Elle ne se contente pas de jouer — elle produit, négocie les locations, monte les équipes, trouve les financements. Avec son complice Julien Hassid, réalisateur de talent, elle prépare un nouveau court-métrage ambitieux, quelque part entre drame social et science-fiction. Entourée d'une manager et d'agents entre Los Angeles et New York, elle a les yeux tournés vers Atlanta et la France, avec l'ambition d'une carrière sans frontières.
Elle travaille son accent américain avec un coach pour pouvoir naviguer entre les registres selon les rôles — non par rejet de ses origines, mais par exigence artistique. Son créneau : des personnages émotionnellement complexes, ces femmes qui ont l'air d'avoir tout sous contrôle et qui ne l'ont pas du tout. Son film de référence ? Black Swan. Quand on connaît l'intensité que ce rôle exigeait de Natalie Portman, on mesure l'ambition — et le sérieux — de Clélia.
En France, on l'a parfois prise pour quelqu'un de superficiel. Aux États-Unis, on la trouve solaire, ouverte, magnétique. Son grand-père, ingénieur informatique, était d'abord perplexe face à ce choix de carrière. Aujourd'hui, il est son premier fan. Les faits lui donnent raison.
Le rêve comme boussole
"Montrer aux gens que tout est possible" — c'est ce qui anime Clélia quand elle prend la parole. Pas la célébrité, pas la gloire. "La fame, ce n’est pas cela qui me motive en premier lieu", lâche-t-elle avec un naturel désarmant. “Ce qui compte, c'est de tourner, de produire, de raconter des histoires qui ont du sens”. Dans dix ans, elle se voit entre Laguna Beach et Orange County, entourée de sa famille et de gens bienveillants, à vivre pleinement de sa passion.
On la croit sur parole. Parce que cette jeune femme qui a traversé un océan avec pour seul bagage sa conviction a déjà prouvé qu'elle savait transformer ses rêves en réalité. En attendant les Oscars — ou les César —, Clélia de Laurentis boucle ses valises pour son premier long-métrage. Et quelque chose nous dit que ce n'est que le début.
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