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Retour sur l’exposition « L’ora dello spettatore »

Par Le Petit Journal de Rome | Publié le 10/02/2021 à 08:30 | Mis à jour le 10/02/2021 à 08:30
Photo : Le Caravage, Judith et Holopherne (vers 1598) - Huile sur toile (144 × 173 cm)
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Alors que les musées ont depuis début février l’opportunité d’ouvrir, le Palazzo Barberini vous propose jusqu’au 28 février une exposition spectaculaire « L’ora dello spettatore – Come le immagini ci usano ». C’est dans ce lieu prestigieux, à deux pas de la fontaine de Trevi,  que vous aurez l’occasion d’admirer une rétrospective d’autant plus impressionnante que variée. Un parcours organisé dans un premier temps par ordre chronologique dans lequel des pépites de l’art catholique du Moyen Âge sont exposées sous forme de thématiques. Des divisions pensées par thème qui, dans la seconde partie de l’exposition, composent près de cinq sections, le tout rassemblant près de 25 chefs d’œuvres. Dans un second temps, le voyage se fait plus ample, de Rembrandt à Guido Reni, en passant par Caravage, les tableaux dès lors se rencontrent et forment un ensemble harmonique.

 

Guercino, VénusMars et Cupidon (1633) - Huile sur toile (750 × 619  cm)

 

 

L’œil, objet central de l’exposition selon Roxane Garoscio :

Cette exposition surprenante nous porte, pièce par pièce, dans différentes atmosphères ayant un point en commun évident : le regard. En effet, l’œil est présent sous diverses formes, il est à la fois celui du spectateur, celui qui est représenté et celui des artistes. Ce regard est disposé en cinq grandes thématiques où, les œuvres se croisent et se rejoignent. Parmi ces catégories il y a notamment celle de « L’appello », une salle donnant l’impression que les personnages représentés interagissent directement avec leurs spectateurs et l’observateur devient celui qui est examiné. L’un des tableaux, « Venere Marte e Amore » de Francesco Barbieri, surnommé le Guercino, invite celui qui le regarde à devenir un acteur involontaire de la peinture. Une construction visuelle colossale dans laquelle Vénus préfère dénigrer son amant et choisit de porter son regard sur la personne de l’autre côté du cadre. En outre, dans une autre galerie nommée « Il complice », le visiteur devient l’associé du spectacle comme c’est le cas avec « Salomè » de Guido Reni. Une représentation nous exposant d’une part à la tête de Baptiste servie sur un plateau et d’autre part au regard perçant de Salomé. Une exposition donc où, les tableaux sont grandioses et jouent sur la thématique du regard : regarder et être regarder, entre spectateurs admirant les peintures et images qui semblent les observer.

 

Guido Reni, Salomé avec la tête de Saint Jean-Baptiste ( 1638-1639) - Huile sur toile (133 x 99 cm)

 

Le visiteur-voyeur pris au piège selon Anaïs N’Déko :

La ligne séparant le spectateur du voyeur tout au long du parcours proposé par Michele Di Monte est mince, quasi inexistante. Tous deux contemplent et observent avec une passivité mêlant fascination et exaspération ce qui se présente devant leurs yeux. Ils y cherchent du sens, une intention ou un trait particulier qui retiendra leur attention. On admire les corps, leurs courbes et leurs formes à l’image du « Nu féminin vu de dos » de Pierre Subleyras (1699-1749) ou du « Mars et Vénus » de la peintre maniériste Lavinia Fontana (1552-1614). Tandis que l’on s’avance au milieu de ce dédale chronologique, on est comme happé par certaines œuvres dont les protagonistes semblent nous suivre du regard avec une froideur malaisante, comme le Cupidon du Guercino (1462-1522) qui, à sa manière nous renvoie à notre position de voyeur un brin pervers, tandis que nos yeux errent à la recherche de quelques beautés. In fine, « L’ora dello spettatore », c’est un voyage qui commence dans le spirituel avec des œuvres saisissantes à l’instar de l’ « Annonciation aux deux donateurs agenouillés » de Fra Filipo Lippi (1406-1469), se poursuit dans le profane avec le « Narcisse » du Caravage, et se termine par un étrange syncrétisme biblique qui nous rappelle que ce qui fait la beauté de l’art c’est l’anachronisme.

 

Pierre Subleyras, Nu féminin vu de dos (vers 1732) - Huile sur toile (74 x 136 cm)

 

Lavinia Fontana, Mars et Vénus (1595) - Huile sur toile ( 

 

 

Fra Filipo Lippi, Annonciation aux deux donateurs agenouillés (vers 1440) - Huile sur panneau de bois (155 × 144 cm)

 

 

Caravage,  Narcisse (1597–1599) Huile sur toile (110 × 92 cm)

 

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Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Rome.