Égypte et Rome. Les visages du Fayoum, une exposition exceptionnelle
Le musée de l’Ara Pacis accueille « Égypte et Rome. Les visages du Fayoum », une exposition d’une extrême rareté consacrée aux portraits peints de l’Égypte romaine et au pouvoir du portrait dans la Rome antique. Plus de 110 œuvres y sont réunies : panneaux peints, linceuls, masques funéraires, marbres, moulages en plâtre et bijoux antiques.


Une occasion unique. Les portraits du Fayoum comptent parmi les images peintes les plus célèbres de l’Antiquité, mais aussi parmi les plus rares dans les musées italiens. On en dénombre moins d’un millier dans le monde.
Les portraits du Fayoum : des œuvres rares de l’Antiquité
Ces panneaux de bois de quelques millimètres d’épaisseur, peints à la détrempe ou selon la technique de l’encaustique sur une préparation à base de cire chaude, étaient placés sur le visage du défunt, entre les bandelettes de la momie. D’une extrême fragilité, ces œuvres sont rarement prêtées.
« Cette exposition constitue une occasion précieuse et rare d’apprécier, dans un cadre muséal exceptionnel comme celui de l’Ara Pacis, les plus importantes images peintes de l’Antiquité romaine, parmi lesquelles figurent 50 portraits du Fayoum, qui quittent l’Égypte pour la première fois afin d’être présentés à Rome », déclare Massimiliano Smeriglio, adjoint à la Culture de Roma Capitale.

Leur valeur symbolique est celle d’un masque funéraire de l’époque pharaonique, tandis que leur style et leur technique d’exécution sont proprement romains. Ils témoignent ainsi d'un moment charnière, tant sur le plan artistique qu'historique, de l'Empire romain et de sa transformation. Certains de ces portraits sont également conservés au British Museum de Londres, au Louvre de Paris et au Metropolitan Museum of Art de New York.
Égypte et Rome : la rencontre de deux grandes civilisations
Peu de civilisations anciennes nous ont laissé des images aussi vivantes de personnes réelles, dont nous pouvons encore aujourd’hui croiser le regard : la coupe de la barbe, les boucles d’oreilles portées au quotidien, les rides minutieusement représentées. Ces visages qui semblent venir d’un passé lointain sont le fruit de la rencontre entre deux grandes civilisations. Le lieu même de l’exposition, le musée de l’Ara Pacis, monument voulu par Auguste, rappelle cette Rome qui avait déjà étroitement lié son destin à celui de l’Égypte.
Ces portraits prennent forme dans une Égypte entrée dans l’orbite de Rome après la conquête augustéenne. Il s’agit d’une société cosmopolite dans laquelle les traditions égyptiennes, la culture grecque et les modèles romains se rencontrent, s’influencent et se transforment mutuellement. Dans ce contexte, se faire portraiturer ne signifie pas seulement préserver son image, mais aussi affirmer son identité, son statut et la place que l’on occupe dans la société. C’est cette idée qui guide chacune des salles de l’exposition : ne jamais isoler le visage peint, mais le replacer dans le vaste réseau d’images, d’objets et de pratiques dont il est issu. Dans les visages peints, sculptés ou modelés en stuc, comme dans les longs linceuls de lin, se dessine un même esprit, perceptible dans les coiffures, la forme des barbes et les bijoux semblables à ceux découverts à Pompéi et Herculanum.
Le portrait dans l’Égypte romaine : entre identité et mémoire
L’originalité de ces objets réside également dans la brièveté de la tradition qui les a produits. Les portraits du Fayoum appartiennent à une période artistique intense, mais relativement courte. Dans la Rome antique, le portrait, principalement sculpté dans la pierre, était un instrument de mémoire et de reconnaissance sociale. Des représentations des ancêtres des élites républicaines aux nombreuses formes d’autoreprésentation de l’époque impériale, son usage s’étend progressivement à des couches toujours plus larges de la société, jusqu’à inclure les affranchis et les nouveaux citoyens romains. Dans l’Égypte romaine, le portrait devient une image peinte : il perd sa matérialité sculpturale et acquiert, grâce à la couleur, une impression de vie réelle. Cette pratique ne perdure toutefois que peu de temps : la production des portraits sur panneau se concentre entre le Ier et le IIIe siècle apr. J.-C., avant de décliner progressivement.
Une exposition exceptionnelle à Rome : des œuvres venues du monde entier
Près de 50 de ces chefs-d’œuvre peints il y a deux mille ans sont présentés à Rome. Le caractère exceptionnel de l’exposition repose notamment sur deux ensembles de prêts. Pour la première fois, l’Égypte prête la quasi-totalité des panneaux du Fayoum conservés dans ses collections, qui n’avaient encore jamais quitté les musées égyptiens. Parmi eux figure le célèbre Tondo des Deux Frères, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la peinture antique, restauré en Égypte par des restaurateurs italiens dans le cadre du projet de l’exposition.
Du musée du Louvre arrivent vingt-trois œuvres, parmi lesquelles des panneaux peints et de très rares linceuls de lin peints, notamment ceux d’Antinoé (Antinopolis), remarquables par leur état de conservation.
À ces prêts s’ajoutent la somptueuse Isidora, dont le portrait — aujourd’hui conservé au Getty Museum — est d’une telle finesse qu’il a donné son nom conventionnel à son auteur anonyme, le Maître d’Isidora ; la magnifique Eirene, prêtée par le Landesmuseum Württemberg de Stuttgart, dont le nom apparaît sur le panneau aux côtés de la prière par laquelle ses proches confient son âme à Osiris ; les portraits du Metropolitan Museum ; ainsi qu’un visage de jeune homme jamais exposé auparavant, récemment mis au jour lors des fouilles de la mission archéologique italienne en Égypte de l’université du Salento.

Le parcours de l’exposition en cinq sections au musée de l’Ara Pacis
Le parcours s’ouvre sur un prologue qui place face à face les deux civilisations : d’un côté, le masque funéraire ptolémaïque du musée Barracco, un visage encore éloigné de toute représentation individuelle et destiné à garantir l’accès à l’au-delà ; de l’autre, les portraits en marbre des musées du Capitole et de la Centrale Montemartini. Entre ces deux pôles prennent place les premiers portraits du Fayoum, provenant du Caire, du Louvre et du Metropolitan Museum, qui annoncent la rencontre entre ces mondes.
Cinq sections se succèdent ensuite. La première explore les origines du besoin de transmettre ces visages à travers un ensemble rarissime de moulages provenant du tombeau des Valerii, sous la basilique Saint-Pierre.
La deuxième section présente le point de rencontre entre les deux traditions : dans l’Égypte romaine, le masque funéraire cède la place au panneau peint, tandis que le rituel funéraire conserve sa continuité. Le sarcophage contenant la momie de la petite Giupra, prêté par le musée archéologique national de Florence, rappelle que ces portraits accompagnaient une personne réelle et permettaient de l’identifier.
La troisième est consacrée aux visages. Des dizaines de panneaux du Fayoum, chacun associé à un nom et à une histoire — Demos et sa petite fille, une mère et sa fille reposant dans la même tombe, ou encore le fier soldat de la collection de l’Eton College — sont présentés en regard des portraits sculptés des collections capitolines.
La quatrième section s’intéresse à la matérialité des portraits : l’encaustique et la détrempe, les différentes essences de bois travaillées en panneaux de quelques millimètres d’épaisseur, les bords découpés pour être glissés entre les bandelettes, le lin, le stuc et le marbre.
Enfin, la cinquième section se clôt sur quelques-uns des derniers panneaux peints, datés du IIIe siècle apr. J.-C., ainsi que sur les précieux et imposants linceuls d’Antinoé (Antinopolis), où le visage funéraire ne disparaît pas, mais se transforme, permettant à la mémoire du défunt de continuer à trouver de nouvelles formes.
Informations pratiques5nov.2mai
Du 5 nov. à 9:30
Jusqu'au 2 mai à 19:30
Adresse
Lungotevere in Augusta
RM
Rome
Horaires
Tous les jours de 9h30 à 19h30






