UN PERSONNAGE, UN EVENEMENT, UNE HISTOIRE - La famille Medicis

Par Lepetitjournal Rome | Publié le 13/09/2016 à 22:00 | Mis à jour le 13/09/2016 à 16:11

La Famille Médicis a dirigé durant des années Florence, et toute la Toscane. Les papes, rois et souverains d'époque se sont alliés et dépendaient d'eux. Certaines femmes Médicis sont même devenues reines de France. Comment une famille de commerçants a-t-elle pu avoir une telle réussite ?  

Des origines légendaires

Dans la biographie des Médicis, une légende sur l'ancienneté de la famille persiste : Averard de Médicis aurait été à la fin du VIIIe siècle un chevalier au service de Charlemagne qui combattait alors les Lombards. Défié par un géant lombard nommé Mugello, il accepta le combat qu'il remporta et au cours duquel son bouclier d'or reçut un coup de massue de laquelle pendaient six boules fraîchement ensanglantées, imprimant ainsi la marque des six boules rouges dessus, ce qui devint ses armoiries. Au cours du XVème siècle, Cosme de Médicis réfutera cette origine fabuleuse et n'hésitera pas à rappeler des débuts plus modestes, racontant que leur aïeul aurait été un médecin, d'où le nom Medici, et un apothicaire ; ainsi les tourteaux ou besants de leurs armoiries représenteraient les pilules qu'il fabriquait dans son officine. Cette légende est de nouveau inexacte car les Médicis n'ont jamais été médecins mais ils sont une famille de commerçants et banquiers. Les boules des armoiries représenteraient donc les boules d'un boulier qui servait alors à compter.

Portrait de Cosme l'Ancien, atelier d'Agnolo Bronzino

L'avenir de Cosme l'Ancien : « Il nous est ordonné de pardonner à nos ennemis, mais il n'est écrit nulle part que nous devons pardonner à nos amis ».

C'est le père de Cosme de Médicis, Giovanni di Bicci qui fonde la puissance des Médicis en créant en 1397 la banque familiale avec des filiales à Rome, Venise et Naples et regroupant autour de lui un véritable parti. Cependant, le succédant en 1429, Cosme de Médicis dit l'Ancien aura un destin que l'on qualifierait actuellement de self-made man.

Cosme va commencer son éducation commerciale en dirigeant, à 13 ans seulement, des ateliers de laine de son père et parcourt l'Europe en inspectant les filiales de la banque Médicis. En 1414, il voyage pendant deux ans en Allemagne, en France et dans les Flandres, puis passe trois ans à Rome au cours desquelles il épouse Contessina de Bardi, fille d'un aristocrate florentin et associé.

Cosme consolide, grâce à une gestion intelligente et habile, les affaires familiales que ce soit les diverses manufactures mais aussi le secteur bancaire. Il fait office de préteur à tous les souverains de l'époque : le Vatican, les rois de France et d'Angleterre, les ducs de Bourgogne. Une part importante de ses profits est placée dans le Monte dei dotti, qui se charge des emprunts de la cité florentine, ou encore dans le mécénat, faisant de ce marchand un amateur éclairé en matière d'art et le plus grand mécène de son époque, protégeant notamment des artistes comme le sculpteur Donatello, les peintres Fra Angelico, Filippo Lippi et des architectes comme Michelozzo.

Adepte de Platon, et à la recherche d'une plus grande équité entre les citoyens florentins, Cosme fonde l'Académie platonicienne et fait de Florence la capitale de l'humanisme. Il fait construire l'Hôpital des Innocents, pour permettre aux pauvres d'accéder aux soins médicaux, et crée l'impôt sur le revenu.

Suite à son succès auprès des florentins, et des nouvelles lois qu'il met en place, Cosme de Médicis est haï par l'aristocratie florentine qui complote pour le faire tomber. Il cherchera à éteindre les animosités en créant des alliances par le commerce mais aussi par le mariage de ses enfants. Cependant cela n'empêchera pas son arrestation le 7 septembre 1433, par Rinaldo degli Albizzi qui l'accuse de concussion : Cosme fait construire le Palais Médicis, par son architecte Michelozzo, palais jugé trop beau et ne respectant donc pas la loi imposée qui voulait que personne ne s'élève au-dessus des autres. Il est condamné à un exil de dix ans et s'installe à Venise, tout en gardant un contact étroit avec ses partisans à Florence qui exigent des débiteurs des Médicis le remboursement immédiat de leurs emprunts, paralysant progressivement l'économie de Florence. Le 5 octobre 1434, Cosme est de retour à Florence, acclamé par le peuple. Albizzi et le reste des conspirateurs sont exilés. Comme son père autrefois, il est nommé gonfalonier de Florence en 1434.

Le « Père de la patrie », tel que l'avait surnommé les Florentins, meurt en 1464 dans sa demeure de campagne de Carragi et laisse la place à son fils Piero.

Laurent le Magnifique : « Comme la jeunesse est belle, mais bien vite elle s'envole ! Que soit heureux celui qui le veut ; Nul ne sait ce que l'avenir réserve. »

Laurent de Médicis, par Giorgio Vasari

Intelligence surdoué, Laurent se fait remarquer dès son plus âge par son grand-père, qui l'emmènera dans de nombreuses réunions avant même l'age de 10 ans. Comme son grand-père et son père, il s'attache à l'étude de la philosophie platonicienne mais c'est aussi un artiste puisqu'il va se dédier à la poésie dans laquelle il montra une grâce et une facilité étonnante. Il écrira de nombreux sonnets dont le fameux Triomphe de Bacchus et Ariane.

Le 4 juin 1469, il épouse Clarice, fille de Jacob Orsini un des plus puissants barons de Rome, choix politique pour avoir le Vatican dans ses bonnes grâces. On lui prête alors une liaison avec Lucrezia Donati. A la mort de son père Piero, Laurent n'a que de vingt et un ans, mais ce jeune homme séduit le cœur des florentins par son éloquence, sa noblesse, la franchise, et la générosité sans bornes qui lui attira le surnom de Magnifique.

Malgré ses habilités commerciales et politiques, les adversaires de Cosme l'Ancien voient en l'avènement de Laurent, la possibilité de prendre leur revanche. En 1478, aura lieu la Conjuration des Pazzi soutenu par le pape Sixte VI. La famille des Pazzi, famille aristocratique florentine, s'opposait aux Médicis depuis le XVème et n'acceptait en aucun droit que l'oligarchie florentine disparaisse. Ils trouvent pour cela un allié de choix, en la personne de Francesco dello Rovere, le pape Sixte VI, qui voit la possibilité de récupérer des terres pour son neveu, Girolamo Riario, ce que Laurent de Médicis lui avait refusé.

Après une tentative avortée la veille, lors d'un banquet où Julien, le frère de Laurent, indisposé à la suite d'une légère blessure de chasse, ne se rend pas, le 26 avril 1478, jour de Pâques, au moment de l'élévation de l'hostie par le prêtre dans la cathédrale Santa Maria del Fiore, Laurent de Médicis et Julien sont attaqués par Francesco de Pazzi et ses complices : Julien qui n'a pas enfilé son habituelle cuirasse succombe de 19 coups de couteau mais Laurent, blessé à la gorge, est emmené par ses gardes du corps dans la sacristie où il se réfugie et en réchappe. Le peuple florentin soutient les Médicis et se révolte contre les instigateurs du complot.

Les conséquences du complot seront terribles : Plus de 70 personnes auraient été exécutées pendant 15 jours, certaines sont jetées dans l'Arno, d'autres sont pendues dans la tour du Bargello qui fait office de tribunal et de prison. Les autres Pazzi sont bannis et font l'objet d'une damnatio memoriæ.

Sixte IV réussit pourtant à entraîner ses alliés dans une guerre contre les Médicis et Florence, et s'allie au roi de Naples. Laurent de Médicis se déplace pour rencontrer celui-ci et arrive à le faire changer d'avis. La paix revient donc à Florence et la popularité de Laurent est décuplé. Il meurt en 1492.

Gravure de Florence

Ferdinand 1er ou la fin des Médicis

La succession de Laurent le Magnifique se fera difficilement. Son fils Pierre II reprendra le flambeau mais suite à un mauvais choix politique, il est chassé de Florence en 1494. La république de Florence est rétablie sous la forme d'une théocratie menée par le moine Savonarole et la branche principale des Médicis est officiellement exilé. La branche cadette, alliée aux révoltés, prit le surnom de « Popolano » afin de se distinguer de leurs cousins haïs.

A la mort de Pierre, son frère Julien retrouve le pouvoir grâce à l'appui du pape Jules II, mais il n'aura pas le temps de l'exercer car il meurt prématurément. C'est donc son neveu et fils de Pierre II, Laurent II, qui gouvernera la ville de Florence mais n'ayant qu'une fille, la très célèbre Catherine de Médicis, la descendance des Médicis passera au fils de Julien, frère de Lorenzo de Médicis, le pape Clément VII.

Nous sommes à l'époque des guerres d'Italie et Charles Quint cherche à envahir le territoire italien. Le pape Clément VII craint qu'une fois l'Italie septentrionale en la possession de l'empereur et ayant déjà en main l'entière Italie méridionale par l'héritage espagnol, celui-ci n'unifie les États de la péninsule sous un unique sceptre au détriment de l'État pontifical qui disparaitrait. Il s'allie donc avec son cousin Jean des Bandes Noires et rallie les ennemis de Charles Quint. Malheureusement les Médicis seront une fois de plus chassés de Florence et la République sera proclamée de 1527 à 1530. Charles Quint installe Alexandre, considéré comme l'enfant illégitime de Clément VII au pouvoir et le marie à sa fille Marguerite. Celui-ci ne se fera pas aimé par le peuple florentin, par ses nombreuses débauches et est assassiné par son cousin de la branche cadette, Lorenzino, à son tour tué par Cosme 1er de Médicis, le fils de Giovanni delle Bande Nere. Epoque troublée où la généalogie change à une vitesse qui met en péril la dynastie Médicis, tant voulu par Cosme l'Ancien.

Cosme 1er fera retrouver à la famille Médicis la grandeur du 15ème. Politiquement, il change les structures de la Seigneurie en créant un Conseil de 200 membres et un Sénat de 48 membres. Il réunit Sienne et Lucques au grand-duché de Toscane, et crée la ville de Portoferraio sur l'île d'Elbe. Mécène et collectionneur, il va créer les Offices originairement destinées à héberger les services du gouvernement, et les magnifiques Jardins de Boboli derrière le Palais Pitti qu'il fait achever et où il élu domicile. Durant ses 32 années de règne (1537-1569), il y aura une multitude d'autres réussites en économie, architecture et arts. Son fils ainé Francesco reprends sa suite et continue la politique de son père. Francesco est le père de Marie de Médicis qui deviendra reine de France. Son frère, le cardinal Ferdinand ira à Rome se faire construire une magnifique villa, la Villa Médicis, mais lorsque son frère va mourir, il va abandonner la pourpre cardinalice et sa villa pour reprendre le grand-duché de Toscane. Il se révèlera un être administrateur apprécié qui développera considérablement le commerce, maritime notamment en créant le port de Livourne.

Pourtant ses descendants verront la décadence de la Famille Médicis : Cosme II va fermer les banques Médicis, Ferdinand II sera dominé par l'église catholique et ne pourra protéger les artistes dont il est le mécène, et les successions sont de plus en plus difficiles. Cosme III donnera le siège de Florence à son fils, dernier duc de Toscane, Jean-Gaston de Médicis. Celui-ci s'éteint le 9 juillet 1737, sans descendance. François de Lorraine, gendre de l'empereur Charles VI, lui succède comme convenu sous le nom de François II. Lorsque, comme époux de l'archiduchesse Marie-Thérèse, il est élu empereur en 1745, la Toscane reste dans la maison d'Autriche (ou Habsbourg-Lorraine), jusqu'à l'unification du royaume d'Italie en 1860.

 

Dans les arts, les Médicis étaient une dynastie adepte du mécénat et du collectionnisme ; Anne-Marie-Louise de Médicis, sœur de Jean-Gaston, et dernière survivante directe de la Maison, légua sa collection à la ville de Florence, sous la condition que les trésors restent dans la ville.

 

En savoir plus sur les Médicis :

- Deux monuments :  Palais Médicis à Florence et Villa Médicis à Rome

- Lire : La Saga des Médicis de Sarah Frydman, en trois tomes.

 

Capucine Camplong (Lepetitjournal.com de Rome) - Mercredi 14 septembre 2016


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