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ROMAN - Sylvie Germain : Magnus majeur

Sylvie Germain est une femme discrète mais un écrivain qui compte. Son dernier roman, Magnus, illustre sa hauteur de vue en retraçant le destin d'un homme en rupture de mémoire, àtravers les noms, les langues et les lieux d'une quête de soi

La force de conviction du roman de Sylvie Germain tient àla fois àl'ampleur de son champ d'action et àla densitéresserrée de sa forme. (photo Tadeusz Kluba)

Sylvie Germain n'est pas de ces auteurs dont le personnage public surclasse les écrits. Son ?uvre est pourtant déjàconséquente et comporte de belles réussites. Son premier roman Le livre des nuits a étéaccueilli très favorablement et, parmi les nombreux prix qui jalonnent son parcours, Jours de colère a reçu le Femina en 1989.
Son nouveau livre, intituléMagnus, fait naviguer le conte et la quête au gréde l'Histoire et des continents. Pour Franz-Georg Dukental, son héros, la petite enfance a d'abord la forme d'un oubli, d'un vide. C'est la fin de la guerre en Allemagne et son père s'avère être un de ceux qui doivent fuir en Amérique centrale. L'enfant est confiéàun oncle installéde longue date àLondres. Un premier changement d'identités'opère pour l'enfant.
Mémoire lacunaire
D'autres suivront, comme autant de dépouilles chrysalides abandonnées, de marques d'évolutions àendosser. Après la langue anglaise, le jeune homme qui s'appelle désormais Adam apprend l'espagnol comme pour renouer avec le père disparu. Mais c'est sa mémoire qui le ramène un jour àla véritéenfouie de ses origines, jouée dans les bombardements de Hambourg en 1943, quand un enfant effrayétenait dans ses bras une pouillerie d'ours en peluche nomméMagnus.
La force de conviction du roman de Sylvie Germain tient àla fois àl'ampleur de son champ d'action et àla densitéresserrée de sa forme. L'identité, l'Histoire, les aspects du mal et les voies de l'apaisement spirituel forment, entre autres, la matière d'un livre étalédans son temps (une vie) et sa géographie (l'Allemagne, Londres, le Mexique, Vienne?).
Il s'organise pourtant sans pesanteur, en chapitres polyphoniques souvent brefs, désignés comme Fragments, Notules ou Séquences. Après les fulgurances de la première moitié, l'appréciation de la dernière partie est peut-être affaire de sensibilitépersonnelle. Malgrécela, Sylvie Germain signe un livre fort, plein et magnifiquement maîtrisé.
Jean Marc Jacob. (LPJ) 28 octobre 2005

Magnus, Sylvie Germain, Albin Michel, 278 pages, 17€5O
www.albinmichel.fr

 
 Aussi en librairie : Richard Millet, Nina Bouraoui &Henriette Jelinek
? Le goût des femmes laides, Richard Millet (Gallimard) : Le narrateur du Goût des femmes laides est laid. On lui a répété, il le sait depuis son enfance, il est un laidassou, dans une époque qui aime la beauté. Il y a tout de même des femmes dans sa vie, un premier baisédans une arrière-boutique? et sa s?ur surtout, qui partage sa disgrâce. De ce thème unique, Richard Millet fait un roman brillant, écrit avec classe et beaucoup d'intelligence. Avec ambiguïtéet certaines laideurs aussi, par moments.
? Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui (Stock) : Le récit fait àun psychanalyste et le récit romanesque peuvent-ils se superposer ? C'est le pari qu'a fait Nina Bouraoui avec Mes mauvaises pensées, qui déroule et entrecroise les éléments de la vie de la jeune femme, la maladie de sa mère, la perte d'Alger, l'Amie, les amours et l'importance d'HervéGuibert. Une plongée complaisante dans l'ego qui ne fournit pas beaucoup de raisons de s'y intéresser.
? Le destin de Iouri Voronine, Henriette Jelinek (Editions de Fallois) : Iouri Voronine est un modeste veuf russe installéaux Etats-Unis. Son fils, lui, a réussi et est dominépar l'argent et le paraître. Il contraint son père às'installer dans le luxe de sa villa hollywoodienne. De Beverly Hills àun monastère orthodoxe, Henriette Jelinek retrace le parcours du vieil homme vers le dépouillement. Un roman de facture très classique, limpide et attachant. L'Académie française ne s'y est d'ailleurs pas trompée puisqu'elle lui a décernéhier son Grand prix du roman. (LPJ ? 28 octobre 2005)
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