Édition internationale

ROMAN – Mazarine Pingeot dans la fiction de l’infanticide

Le cimetière des poupées est un superbe texte sur l'amour maternel dans ses plus douloureux aspects. La narratrice de Mazarine Pingeot est une mère infanticide qui livre son histoire par bribes et sursauts du souvenir. Toute ressemblance avec la réalité n'a pas lieu d'être

Mazarine Pingeot au coeur de la détresse affective (Photo Serge Alvarez)

"Ils essayent de m'approcher, les journalistes, ils écrivent sur moi, je les embarrasse, je les fascine, je suis leur objet, de sujet il n'y en a plus, un sujet capable de tels actes, il ne peut pas en exister, je suis un déni de sujet, chosifiée, enfermée dans des portraits, prisonnière de conjectures". Cette phrase écrite de sa prison, par la narratrice du Cimetière des poupées, rend assez bien compte de la démarche de Mazarine Pingeot.
Comme chez n'importe quelle mère, l'infanticide interroge la jeune auteure qui se met dans la peau d'une de ses femmes pour comprendre ce qui peut les pousser à supprimer leur bébé à la naissance. Universel, ce thème appartient à tout le monde au-delà de l'actualité immédiate.
Or avant même la sortie du Cimetière des poupées, son sujet avait créé polémique et pétition pour l'interdire. L'infanticide dont il est ici question, rappelait en effet trop à la famille Courjault son propre drame et la sordide histoire des bébés congelés. Or du congélateur, il n'est question que dans les dernières pages.

Lente descente vers l'enfer
Entre temps d'ailleurs, vers Albertville, une autre affaire similaire a défrayé la chronique. La littérature revêt divers chemins et objectifs dont l'un consiste à s'approcher au plus près des réalités contemporaines pour tenter d'en rendre compte. Utiliser le réel pour travailler la fiction n'est ni inconvenant, ni impudique.
D'ailleurs, sec et douloureux, le texte de Mazarine Pingeot n'a rien d'un documentaire ou d'un reportage in situ sur les motivations des mères meurtrières. C'est un vrai roman familial. Dans cette fiction, la narratrice raconte la désintégration d'une identité au sein d'un couple, ou les ravages à long terme de complexes rapports avec une mère. Surtout, le manque de ses enfants au quotidien donne lieu à de superbes pages sur l'amour maternel.
Betty RUBY. (
www.lepetitjournal.com) vendredi 28 septembre 2007

- Les belles choses que porte le ciel, Dinaw Mengestu (Albin Michel)
Pour son premier roman, l'auteur Dinaw Mengestu se consacre à l'immigration. Avec deux de ses compatriotes africains, Sephanos arrive aux Etats-Unis dans l'espoir d'une vie meilleure. Tiraillé entre son Ethiopie natale et sa terre d'accueil, le jeune homme navigue à vue. Sa vie va se retrouver bouleversée avec l'arrivée dans son quartier de Judith et sa fille Naomi. Désormais, il sait qu'il n'ouvrira plus sa boutique de la même façon? et que le ciel peut porter de belles choses. A travers une narration assez descriptive, aux phrases longues mais toujours utiles, le narrateur nous convie aux réflexions que se pose Sephanos. Le ciel porte en effet de belles choses, notamment ce premier roman. M.V. (LPJ - 28/09/07)

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