

Grâce à un très autobiographique Roman français, Frédéric Beigbeder convoque une grande partie de l'imagerie hexagonale des années 60 à 80. Dans un style alerte et moins léger qu'il n'y paraît, le dandy médiatique livre un témoignage prenant sur l'évolution d'une société, et sur la manière dont les liens familiaux peuvent tisser une personnalité. Prix Renaudot 2009
Pour tout le monde, écrire ses souvenirs d'enfance est un exercice délicat et périlleux. Aussi, Frédéric Beigbeider décide-t-il de le contourner en affirmant haut et fort que justement lui, des souvenirs d'enfance, il n'en a pas. Parvenu à ce constat un soir de garde à vue, où il n'avait d'autre échappatoire à l'enfermement que se recentrer sur son propre itinéraire, le quadragénaire médiatique part à la recherche de son passé.
D'emblée une question se pose : un amnésique qui se souvient comment avant l'invention du Nutella on saupoudrait de Benco nos tartines de beurre est-il vraiment amnésique ? Très vite, la réponse s'impose : peu importe la posture narrative, le fond compte plus que l'artifice.
Et si avancer qu'il n'a qu'un seul souvenir ?d'une plage de Guéthary avec son grand-père, lui permet d'en retrouver mille autres tous plus savoureux les uns que les autres, alors peu importe !
A la lecture d'Un roman français, ceux qui sont nés dans les années 60, ou ont traversé les années 70 et 80, recevront par bouffées entières des flashbacks olfactifs, auditifs et émotionnels. Pourtant, ce n'est pas de nostalgie qu'il est question mais bien de la manière dont une trame ancienne d'apparence anodine fomente des comportements actuels.
Il y a 5 ans, Jean-Paul Dubois avait écrit Une vie française (prix Fémina 2004, paru chez L'Olivier) très axé sur cette période là également ?mais beaucoup plus fictionnel. Très réussi aussi. Même si on peut questionner la ressemblance des titres.
"Depuis que j'ai un enfant, je ne tiens plus à mourir jeune"
Évidemment l'autobiographie du barbu dégingandé est centrée sur sa-vie-son-?uvre, à quoi bon sinon ? Mais en plus de raconter une enfance moins dorée que prévue, elle parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, et donne de très belles pages sur les liens familiaux. L'attachement au grand frère notamment, ou le divorce vécu à cette époque où le mot même effrayait, sont autant de témoignages sur la façon dont, depuis, la société française a évolué.
Frédéric Beigbeder part de son histoire présente, celle qui l'a conduite à sniffer de la coke sur le capot d'une voiture -d'où son arrestation, pour tenter de comprendre comment le petit garçon qu'il était et dont le portrait figure en couverture est devenu ce qu'il est. Bien sûr c'est intime et introspectif, bien sûr on a toutes envie de s'appeler Clarence Jacquard ?une voisine dont l'ado était secrètement épris, et bien sûr le style reste du pur jus de l'auteur de Windows on the world : gonflé, drôle, léger, et plus profond qu'il n'y paraît.
Frédéric Beigbeder n'est pas tout le monde. C'est chose heureuse.
Betty Ruby. (www.lepetitjournal.com) mercredi 16 septembre 2009
Une semaine avec leur mère : on en redemande !
Cette gourmandise familiale et pétillante observe dans un pur humour anglais le lien maternel et ses complexités à l'âge adulte. Après ça, toutes les mères voudront s'imposer chez leur fils et tous les chérubins hurleront leurs grands dieux. (BR- www.lepetitjournal.com 16 sept 2009)
Une semaine avec ma mère, William Sutcliffe, Traduit de l'anglais par Elsa Maggion (Calmann-Lévy), 412 pages, 18?90




































