

A 88 ans, Gamal al-Banna, frère cadet du fondateur des Frères musulmans, met sur pied une nouvelle organisation : la Fondation pour la Renaissance Islamique. C'est le fruit de soixante années de réflexion sur l'Islam, pour mieux le faire renaître
Gamal al-Banna accueille ses hôtes dans son appartement, d'où il sort peu. Sur son bureau s'accumulent des piles de livres et de feuilles de papier. Les murs sont tapissés de livres, la lumière est tamisée. Dans cette antre du savoir, il présente ses positions avec une vivacité d'esprit étonnante.
Depuis la publication en 1946 d'Une Nouvelle démocratie, il n'a cessé d'écrire sur des sujets aussi variés que le droit des femmes ou la République de Weimar. Il a peu à peu affiné sa vision de la société idéale. Une société "où la religion doit quitter le domaine du politique", où l'interprétation du Coran est offerte à tous. "Le Coran est un guide en lui-même", dont l'harmonie musicale est aussi "puissante qu'une symphonie de Beethoven", explique-t-il.
Al-Banna perçoit la société musulmane comme une société de justice. Il reflète ici une pensée islamique traditionnelle où la justice est plus importante que les libertés. C'est la clé "d'une société raisonnable et accomplie"selon lui. Pour cela, aucun besoin de l'Islam dans la sphère publique;il faut des ONG, des syndicats, des partis politiques.
Selon lui, les jurisprudences islamiques établissent des "lignes fixes"
Le Coran offre une liberté d'interprétation suffisamment large pour trouver des réponses aux questions actuelles. Ainsi énonce-t-il douze principes dans le manifeste de la Fondation pour la Renaissance Islamique qu'il dit être tirés directement du Coran. Il revendique que l'objectif de l'Islam est de préparer l'être humain à hériter de la Terre, que l'interprétation du Coran doit être adapté à l'époque dans laquelle nous vivons.
A l'opposé des revendications de son frère Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans -"qui échoueront"clame-t-il, il prône un abandon de "la notion insoutenable que l'Islam doit être à la source et gouverner tous les aspects des actions et pensées humaines". Il se prononce en faveur de la liberté d'expression et de croyance et de l'égalité entre hommes et femmes, car ces dernières ont souffert de textes salafi fondés "sur des paroles de Muhammad fabriquées ou dont l'origine n'est pas certaine".
Mais, Gamal al-Banna est pragmatique. Il ne travaille pas pour la génération actuelle. Il donne cinquante ans à ses idées avant qu'elles ne puissent se répandre complètement. Il s'y est résolu : "C'est très dur de faire évoluer les choses en matière de tradition et de religion."
Vivien PERTUSOT. (www.lepetitjournal.com - Alexandrie) mardi 15 avril 2008




































