

Mardi dernier, dans l'auditorium du prestigieux Centre Saint-Louis des Français, l'écrivain Jérôme Ferrari est venu présenter ses deux livres nouvellement traduits en italien : Le sermon sur la chute de Rome, qui lui a valu le prix Goncourt 2012 et Balco Atlantico, paru en 2008 mais tout juste traduit en italien. Une rencontre placée sous le signe de l'inter-culturalité qui a permis à ses lecteurs et auditeurs de saisir les grands thèmes de ses romans : l'identité et l'origine.
?C'est la première fois que je viens à Rome. Ça peut paraitre un peu trivial mais je n'ai jamais pris l'initiative de venir avant car la Corse, où je vivais, était très mal reliée à la capitale italienne. En revanche, je connais très bien Sienne et Florence. De mon île, il est facile de rejoindre la Toscane?. C'est avec une sincérité désarmante que l'écrivain Jérôme Ferrari, 45 ans, né à Paris mais d'origine corse, a accepté de se confier aux détours d'une interview relâchée, après son intervention, mardi au siège de l'Institut français-Centre Saint Louis. Entièrement vêtu de gris, l'esprit du jeune auteur est vivace comme le rouge de sa chemise. Avec la même énergie, il est venu présenter, à Rome, ses deux livres nouvellement traduits en italien : Balco Atlantico, publié en France en 2008 et Le Sermon sur la chute de Rome, vainqueur du prix Goncourt 2012.
Lepetitjournal.com de Rome : Avec votre venue, l'excellence d'un prix Goncourt entre à l'intérieur des murs de Rome. Quel lien spécial voyez-vous entre la culture française et la capitale italienne ?
Jérôme Ferrari : Mmmmh? Franchement, je ne pense pas être en grade de vous répondre. Je ne connais pas suffisamment bien la situation romaine pour pouvoir parler de ce qui la relie à la France culturellement parlant. D'autre part, je crois que quiconque hypothétise sur l'existence d'un lien spécial entre deux cultures risque de rester dans l'abstraction.

Je suis professeur de philosophie et j'enseigne à l'étranger. Faire la promotion des relations interculturelles et de la coopération internationale, c'est quelque chose qui, dans ma conscience professionnelle, relève du devoir. Je pourrais dire qu'aujourd'hui, je me sens quasiment ?en mission?, voilà.
Outre les lycées corses, vous avez aussi travaillé en Algérie et à Abu Dhabi dans les Emirats Arabes. Comment avez-vous vécu votre expérience d'expatrié ?
Ma première expérience en Algérie a été un virage déterminant dans ma vie. Elle m'a permis de changer ma vision du monde mais surtout ma manière d'écrire. Ce que j'y ai ressenti a été tellement fort que, de retour en France, en 2007, j'ai demandé à enseigner, de nouveau, au-delà des frontières de mon pays. Je savais que je ne retrouverai pas l'intensité de la première fois mais le monde m'intéresse tellement. Il y a encore beaucoup à découvrir.
Plongé dans la découverte de ses univers culturels et linguistiques très différents, qu'avez-vous fait de votre identité française ? Vous sentez-vous citoyen du monde ?
Et bien, vous savez, dans ma jeunesse, j'ai milité pour un parti indépendantiste corse. En Algérie, j'ai senti les échos de l'anticolonialisme que les Français connaissent bien. Aujourd'hui, la question n'est pas de s'identifier à une citoyenneté ou à une autre. Le vrai problème est de savoir rester soi-même quelque soit le pays où on vit. Je trouve ça très stimulant de ne jamais se sentir chez soi mais il ne faut pas perdre son identité individuelle, son histoire, ses origines, ses racines...
Aujourd'hui, vous êtes à Rome, la Ville Eternelle. Selon vous, cette image est un cliché ou est-ce qu'il y a un peu de vrai ?
Je ne crois pas en l'éternité mais quand je suis arrivé à Rome, je suis resté impressionné : tant de strates d'Histoire, les unes sur les autres, les unes à coté des autres. Je n'en croyais pas mes yeux. Cette capitale est une concentration de beauté. Elle dépasse toutes les villes d'art toscanes qui représentent surtout la période de la Renaissance. Ici, il y a trois millénaires de civilisation.
Quel message avez-vous voulu transmettre avec votre dernier roman qui a obtenu l'année dernière le Prix Goncourt ?
Je n'ai voulu transmettre aucun message. Pour moi, un roman n'a pas cet objectif qu'au contraire remplit très bien une thèse. Un roman, c'est une simple narration de faits, de petits morceaux de vie d'hommes. Chaque lecteur doit y trouver son propre message. Plus ils sont nombreux, plus les interprétations seront riches de diversité.
Propos recueillis par Sophie Lei (Lepetitjournal.com de Rome) ? jeudi 16 octobre 2013
Crédits photos :
- Jérôme Ferrari (www.aflec-fr.org)
- Son dernier roman, prix Goncourt 2012 (www.frenchculture.org)
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