Édition internationale

PRISONS – Des barreaux dans la tête, pas sur les fenêtres

La situation pénitentiaire hexagonale n'est vraiment enviable. Suicides, violences, évasions, récidives ?, la France a bien besoin de se tourner vers ses voisins européens pour quelques conseils. La nouvelle idée de l'autre côté de la frontière : la prison sans barreaux

Un détenu agité à Fleury-Mérogis (AFP)

(Rédaction Internationale) -
Le secrétaire d'Etat français à la justice Jean-Marie Bockel s'est rendu mardi 12 janvier en Autriche pour visiter deux établissements dits "prisons sans barreaux"dans les environs de Vienne. Son idée : développer ce système de vie carcérale alternatif en France. L'expert Paul-Ronger Gontard de l'université d'Aix-Marseille l'accompagnait dans son voyage et est chargé d'une mission d'évaluation de ce type de prison "ouverte"en Europe. Ses conclusions sont attendues pour février prochain. 

Un nouveau système populaire en Europe
Plusieurs pays européens ont déjà privilégié ce nouveau type de milieu carcéral. Au Danemark, en Belgique ou encore en Suède, le taux d'incarcération dans ces "prisons sans barreaux"a déjà atteint 10%. Les détenus dans ces prisons, souvent des petits délinquants ou des prisonniers en fin de peine, portent généralement des bracelets électroniques activés en cas de fuite lors du dépassement de la "zone de liberté". Dans le cas de l'un des établissements viennois, celui de Muenchendorf, les détenus travaillent librement dans la journée dans l'agriculture et passent la nuit dans un centre fermé. Celui de Simmering permet, quant à lui, aux prisonniers d'évoluer dans une formation qu'ils peuvent choisir (maçonnerie, cuisine ?) et pour laquelle ils obtiendront un diplôme à leur sortie du programme.    

Pas partout pour tout de suite
Avec un taux de suicide record derrière les barreaux tricolores, la France a bien besoin des conseils de ses voisins. Dans les pays d'Europe où les détenus, choisis minutieusement, peuvent passer la journée à l'air libre, le taux de suicide est quasiment nul, le taux de récidive bas et la réinsertion excellente. Jean-Marie Bockel, qui compte intégrer ce travail d'expertise dans le cadre de la réforme pénitentiaire lancée fin 2008, avoue que la France a encore beaucoup de travail à effectuer avant de pouvoir imiter ses voisins. "Je connais mon pays et je ne dirai pas qu'il faut un gosplan sur dix ans mais si on réfléchit déjà dans chaque établissement comment développer des nouveaux concepts, ce serait déjà pas mal", a-t-il dit.

Casabianda, seule prison de ce genre en France
Un établissement "sans barreaux"existe pourtant déjà en France, à Casabianda, près de Bastia, en Corse. Ce domaine de 1.500 hectares devenu prison il y a près de soixante ans, accueille en grande majorité des délinquants sexuels en quête de réinsertion. Ils vaguent librement à leurs activités agricoles (culture céréalière, bois de chauffage, élevage animal et ferme biologique). Qu'est-ce qui les retient alors de s'évader ? La peur de retomber dans le système carcéral "traditionnel". "La barrière, elle est en nous, acceptée", explique un détenu. La directrice de l'établissement, Claire Doucet peut allégrement démontrer la réussite de son programme grâce auquel le taux de récidive est de "moins de 1%".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 14 janvier 2010

En savoir plus

Article du Monde, La France s'intéresse au modèle des "prisons sans barreaux"
Article L'Echo de la Lys, Une prison sans murs, sans barreaux...

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