

Une pièce de Peter Handke a étésupprimée hier de la saison 2006-2007 de la Comédie française par son administrateur, Marcel Bozonnet, qui reproche àl'auteur autrichien d'avoir assistéaux funérailles de Milosevic. De nombreux intellectuels parlent de censure et la polémique enfle
Handke aux funérailles de Milosevic. (Photo: AFP)
La pièce de théâtre de Peter Handke Voyage au pays sonore ou l'art de la question (écrite en 1989), programmée du 17 janvier au 24 février 2007 au Théâtre du Vieux-Colombier àParis, a étéannulée hier matin par l'administrateur général de la Comédie française, Marcel Bozonnet. Motif : un article dans Le Nouvel Observateur datédu 6 avril, dans lequel on apprenait que l'auteur autrichien avait assistéaux obsèques de Slobodan Milosevic le 18 mars, àPozarevac, en Serbie.
Peter Handke s'est en effet rendu àl'enterrement de l'ancien dictateur, retrouvémort dans sa prison de la Haye le 11 mars, alors qu'il était jugépour crimes contre l'humanitépar le Tribunal pénal international (TPI). L'écrivain a notamment prononcéquelques paroles en serbe lors de la cérémonie : "Le monde, le prétendu monde, sait tout sur Slobodan Milosevic. Le prétendu monde sait la vérité. Je ne sais pas la vérité. Mais je regarde. J'entends. Je sens. Je me rappelle. Je questionne. C'est pour ça que je suis présent aujourd'hui".
Mais il réfute avoir jamais eu les positions négationnistes que lui imputait l'article du Nouvel Obs, auquel il a d'ailleurs écrit une lettre de rectification, pas encore parue.
Censure ou libertéde choisir
De nombreux intellectuels européens ont immédiatement réagi et publiéhier un manifeste intitulé"Ne censurez pas l'?uvre de Peter Handke !". Parmi eux, se trouvent Michael Haneke, Josef Winkler, Patrick Modiano, Emir Kusturica, Paul Nizon ou encore la prix Nobel autrichienne Elfriede Jelinek. Ils estiment qu'"il ne s'agit pas ici de décider s'il a eu tort ou raison d'y aller" mais "si ce fait doit justifier ou non le rétablissement en France d'une forme de censure exercée par les bien-pensants".
Le metteur en scène et traducteur de la pièce, Bruno Bayen, déplore aussi la décision de Marcel Bozonnet. Et le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres estime quant àlui dans une lettre manuscrite qu'"il aurait pu être utile de faire entendre"au public les questions posées par la pièce de Peter Handke.
L'administrateur du "Français"a décidéseul de l'annulation de la pièce, comme il en a le droit statutairement, et ce malgrél'opposition de nombreux membres du conseil d'administration. Pour Marcel Bozonnet, il s'est agi d'un "outrage aux victimes", qui l'a fait "grimper au rideau". Il a réclaméla "même"liberté qui est donnée àPeter Handke : "Lui, on lui donne beaucoup de liberté, qu'on m'en donne àmoi aussi".
Dominique SALOMON. (LPJ) 5 mai 2006
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