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Xi Jinping à Pyongyang : la Chine redynamise ses liens avec la Corée du Nord

Xi Jinping s'est rendu à Pyongyang les 8 et 9 juin 2026, pour sa première sortie hors de Chine de l'année. Une visite rare, centrée sur l'amitié historique entre Pékin et Pyongyang, mais aussi sur la reprise des échanges économiques et le rôle que la Chine entend conserver auprès de la Corée du Nord. Explications.

Xi Jinping et Kim Jong-unXi Jinping et Kim Jong-un
Écrit par Clément Specht
Publié le 20 juin 2026, mis à jour le 14 juin 2026

Des enjeux économiques très concrets

Xi Jinping s’est rendu en Corée du Nord les 8 et 9 juin 2026, pour une visite d’État de deux jours auprès de Kim Jong-un. Le déplacement est hautement symbolique : il s’agit de la première sortie du président chinois hors de Chine cette année, mais aussi de sa première visite à Pyongyang depuis juin 2019.

La visite intervient dans un contexte anniversaire. L’année 2026 marque les 65 ans du traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle entre la Chine et la Corée du Nord. À Pyongyang, les deux dirigeants ont donc mis en avant la continuité d’une relation ancienne, régulièrement présentée par Pékin comme une amitié historique. Cérémonies officielles, échanges bilatéraux et références à l’histoire commune ont donné à la visite une forte dimension symbolique.

Mais au-delà du protocole, le contenu de la rencontre est également très concret. Xi Jinping et Kim Jong-un ont abordé quatre grands axes : le maintien d’échanges de haut niveau et de la confiance politique, le renforcement de la coopération pratique, la transmission de l’amitié historique entre les deux pays et la coordination stratégique sur les dossiers régionaux.

Aucun accord majeur ni mesure chiffrée n’a toutefois été annoncé à l’issue de la visite. Le déplacement a surtout permis de fixer une orientation politique : renforcer la coopération bilatérale, réactiver les échanges économiques et maintenir un dialogue stratégique plus régulier entre Pékin et Pyongyang.

Le volet économique occupe une place importante dans cette feuille de route. Pékin dit vouloir renforcer la coopération avec Pyongyang dans plusieurs domaines : le commerce, l’agriculture, la construction, les sciences et technologies, ainsi que la santé. La Chine met également en avant la réouverture des postes-frontières, la reprise des vols civils et des trains internationaux de passagers, autant de signaux d’une normalisation progressive des échanges après plusieurs années de fermeture liées à la pandémie.

Cette reprise est déjà visible dans les chiffres. En 2025, les échanges commerciaux entre la Chine et la Corée du Nord ont atteint 2,73 milliards de dollars, en hausse de 25 % sur un an. Ce niveau reste légèrement inférieur à celui de 2019, avant les restrictions liées au Covid, mais il marque un retour presque complet au niveau d’avant-pandémie. La dynamique s’est poursuivie au début de l’année 2026, avec une nouvelle progression du commerce bilatéral sur les deux premiers mois de l’année.

Les transports accompagnent également cette reprise. Le train de passagers entre Pékin et Pyongyang a repris le 12 mars 2026, après six ans d’interruption. Quelques semaines plus tard, le 30 mars, Air China a relancé une liaison directe entre les deux capitales. Ces reprises restent progressives, mais elles donnent un fond très concret à la visite : Pékin et Pyongyang cherchent à réactiver les circuits économiques, les mobilités et les échanges humains.

 

Une Corée du Nord décomplexée

La visite de Xi Jinping intervient aussi dans un contexte régional différent de celui de 2019. À l’époque, la Corée du Nord dépendait très largement de la Chine comme principal soutien économique, diplomatique et politique. En 2026, la Chine reste le principal partenaire économique de la Corée du Nord, mais Pyongyang dispose désormais de marges plus larges, notamment grâce au rapprochement avec Moscou. 

Le partenariat stratégique signé avec la Russie en 2024, la reprise des trains Moscou-Pyongyang en juin 2025 et le lancement de vols directs entre les deux capitales en juillet 2025 montrent que la Corée du Nord ne dépend plus uniquement de ses canaux chinois pour maintenir des échanges extérieurs.

La Corée du Nord conserve également des canaux diplomatiques en Asie du Sud-Est. Récemment, du 26 au 27 mai 2026, le ministre singapourien des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, s’est rendu à Pyongyang, où il a rencontré son homologue nord-coréenne, Choe Son Hui. Singapour a alors encouragé Pyongyang à maintenir ouverts ses canaux de dialogue avec la région, en invitant notamment Choe Son Hui à assister au Forum régional de l’ASEAN, l’ARF. La Corée du Nord n’est pas membre de l’ASEAN, l’organisation régionale des pays d’Asie du Sud-Est, mais elle participe depuis 2000 à l’ARF, un cadre diplomatique et sécuritaire plus large qui réunit aussi des acteurs extérieurs comme la Chine, les États-Unis, la Russie, le Japon et la Corée du Sud.

Ces ouvertures ne modifient pas à elles seules les équilibres régionaux, mais elles rappellent que Pyongyang cherche à maintenir plusieurs canaux actifs. Pour Pékin, l’enjeu est donc moins de renouer une relation interrompue que de réaffirmer sa place centrale dans un environnement plus concurrentiel. La Corée du Nord reste fortement dépendante de la Chine sur le plan économique, mais son rapprochement avec Moscou et ses contacts diplomatiques régionaux lui donnent davantage d’options qu’en 2019.

En choisissant Pyongyang pour sa première sortie hors de Chine en 2026, le président chinois envoie un signal clair : Pékin entend rester l’interlocuteur central de la Corée du Nord, à la fois sur le plan économique, diplomatique et stratégique, dans un moment où Pyongyang diversifie ses canaux avec Moscou et certains pays d’Asie du Sud-Est

 

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