À deux heures de Pékin seulement, Datong apparaît comme une porte d’entrée fascinante vers l’histoire religieuse et artistique du nord de la Chine — un week-end de voyage qui mêle patrimoine impérial, art bouddhique et paysages singuliers du plateau du Loess.


Une cité minière reconvertie au tourisme
Pour un billet d’une vingtaine d’euros, Datong offre une escapade culturelle dépaysante dans le nord de la Chine, à seulement deux heures de train rapide de Pékin. Située dans la province du Shanxi, cette ville de plus de trois millions d’habitants est au cœur d’un des plus grands bassins houillers du pays. Depuis une quinzaine d’années, elle s’est engagée dans une transformation spectaculaire visant à passer d’une économie dominée par le charbon à une ville tournée vers le tourisme et la valorisation de son patrimoine.
Ce tournant remonte notamment à 2008, lorsque le maire de l’époque lança un vaste programme de reconstruction urbaine destiné à redonner à la ville une apparence inspirée de son passé impérial. Le projet fut colossal : création d’un centre ancien entouré de remparts reconstruits, restauration de monuments et ouverture de nouveaux musées. L’opération a nécessité la destruction d’environ 140 000 logements et le déplacement de près de 500 000 habitants, pour un coût d’environ 13 milliards de yuans. Cette métamorphose urbaine est l’objet d’un documentaire : The Chinese mayor de Zhou Hao.
Aujourd’hui, les résultats commencent à se faire sentir. En 2024, la ville a accueilli près de 16,7 millions de visiteurs, soit une hausse de plus de 100 % en un an. Sa proximité avec Pékin, ses prix modestes — taxis bon marché, cuisine locale accessible — et la richesse de son patrimoine correspondent aux nouvelles pratiques du tourisme intérieur chinois. La municipalité cherche également à limiter les effets du tourisme de masse, en étalant les horaires d’ouverture des sites et en aménageant des ruelles et cours plus discrètes où se mêlent ateliers d’artisans et petits cafés.
Une ville d’histoire au cœur du Shanxi
Connue autrefois sous le nom de Pingcheng, Datong fut la capitale de la dynastie des Wei du Nord au Ve siècle. C’est durant cette période que le bouddhisme s’imposa durablement dans le nord de la Chine et que furent creusées les célèbres grottes de Yungang.
Aujourd’hui encore, la vieille ville — entourée des remparts reconstruits — se parcourt aisément à pied. Parmi les principaux monuments figurent la tour du tambour, édifiée sous les Ming et autrefois utilisée pour rythmer la vie urbaine, ou encore le spectaculaire mur des Neuf Dragons. Long de plus de quarante-cinq mètre, ce mur décoratif du XVe siècle est l’un des plus anciens écrans impériaux de ce type en Chine.
Datong réserve aussi quelques surprises inattendues. La cathédrale du Cœur-Immaculé-de-Marie, construite en 1906 dans un style néoclassique par des missionnaires européens, témoigne d’une présence chrétienne ancienne dans la région. Endommagée pendant la Révolution culturelle, elle a été restaurée au début du XXIe siècle.
Enfin, le vaste temple Huayan, fondé sous la dynastie Liao, abrite un remarquable ensemble de statues bouddhiques du XIe siècle. Parmi elles figure un Bouddha gracieux surnommé la « Vénus de l’Orient ».
Les grottes de Yungang : chef-d’œuvre du bouddhisme
À seize kilomètres à l’ouest de la ville se situent les grottes de Yungang classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce site est l’un des quatre grands ensembles d’art rupestre bouddhique en Chine.
Creusées dans la falaise de grès du mont Wuzhou au Ve siècle, ces grottes furent commandées par les empereurs des Wei du Nord. Elles comptent plus de cinquante grottes principales et environ cinquante mille sculptures. Les cinq premières cavernes, réalisées sous la direction du moine Tan Yao vers 460, comptent parmi les œuvres majeures de l’art bouddhique en Asie.
Le visiteur y découvre un univers sculpté d’une richesse extraordinaire : Bouddhas monumentaux de plus de quinze mètres, processions de donateurs, musiciens célestes et divinités inspirées à la fois de l’Inde, de l’Asie centrale et du monde gréco-bouddhique du Gandhara.
L’accès au site se fait facilement en taxi. Des navettes le desservent également depuis l’enceinte de la vieille ville.
Autour de Datong : un temple défiant la gravité
La région de Datong se prête particulièrement bien à une excursion d’une journée. Deux sites majeurs, situés à une centaine de kilomètres de la ville, constituent le cœur de cette escapade.
Le plus spectaculaire est sans doute le temple suspendu de Hengshan, accroché à une falaise à près de 75 mètres au-dessus du sol. Construit en 491, cet édifice unique repose sur un ingénieux système de poutres de bois enfoncées dans la roche. Sa singularité tient aussi à son caractère syncrétique : un même sanctuaire réunit statues bouddhiques, taoïstes et confucéennes.
À quelques kilomètres de là se dresse la pagode en bois de Yingxian. Édifiée en 1056 sous la dynastie Liao, elle atteint plus de 67 mètres de hauteur et demeure la plus ancienne pagode en bois entièrement conservée au monde — un exploit architectural qui lui a permis de survivre à plusieurs séismes.
Enfin, la route du retour peut passer par les Tulin (土林), un paysage surprenant de « forêt de terre » sculptée dans le lœss. Ce limon très fin, déposé par le vent dans les régions périglaciaires et désertiques, façonne dans le nord de la Chine des reliefs fragiles et spectaculaires qui évoquent parfois un décor de canyon miniature.
Pour rejoindre le temple suspendu depuis Datong, deux solutions existent : la navette locale, économique mais plus lente, ou le taxi pour une excursion plus flexible. Cette dernière option permet d’effectuer une agréable boucle : Datong – pagode de Yingxian – temple suspendu – Tulin – Datong, en une journée.
Prolonger l’exploration du Shanxi
Pour ceux qui disposent de davantage de temps, la découverte du nord du Shanxi peut se conclure par une excursion vers le mont Wutai (五台山 – Mont des cinq terrasses). A cinq heures de routes de Datong vers le Sud, ce massif classé au patrimoine mondial de l’UNESCO n’est autre que l’une des quatre montagnes sacrées du bouddhisme chinois. Il est considéré comme la demeure du bodhisattva Mañjuśrī (Wenshu). Sa singularité tient au fait qu’il abrite à la fois des temples du bouddhisme han et du bouddhisme tibétain, offrant un rare exemple de coexistence des traditions religieuses chinoises et himalayennes.
Une alternative pour prolonger le séjour au Nord de Chine, est de poursuivre le voyage dans l’autre direction, en Mongolie intérieure. Son chef-lieu, Hohhot, se situe en effet à seulement 1h15 de Datong en train rapide.







