Dans le cadre du festival Croisements, nous avons rencontré Paolo Crocco et Ciro Cesarano, les deux acteurs des pièces "L’Homme et le Pêcheur" et "Le Souffleur". Les deux comédiens livrent une réflexion touchante sur le caractère universel du théâtre qui révèle l'homme, au delà du langage.


Un hymne à la vie et à la joie
Vous terminez votre tournée ici à Shanghai. Quel a été l'accueil du public chinois dans les autres villes ?
Ciro Cesarano : Jusqu’ici, nous avons joué L’Homme et le Pêcheur dans plusieurs villes comme Zhuhai, Fuzhou, Xiamen ou Guangzhou. Shanghai, c'est notre dernière date, mais c'est aussi une première pour Le Souffleur cette année.
Paolo Crocco : Le Sud, pour l’instant, c’est déjà pas mal ! On a tout à revenir pour faire le Nord. D’ailleurs, une tournée sera organisée pour le mois d’août.
De quoi parle précisément L'Homme et le Pêcheur ?
Ciro Cesarano : C’est une comédie un peu surréaliste qui mélange plusieurs styles. Ça bascule toujours entre le comique et l’émotion. Comme toute comédie, ça parle de l’être humain, de ses faiblesses, de ses peurs. On est tellement à la recherche du bonheur qu’on oublie qu’il est déjà là, dans les choses simples de tous les jours. C'est l'histoire d'un homme perdu qui se retrouve grâce à la rencontre d’un pêcheur un peu particulier, qui pêche avec une canne sans ligne. On découvre qu'on ne s'aperçoit de ce qu'on a qu'au moment où on est en train de le perdre. C'est vraiment un hymne à la vie et à la joie.
Le rôle universel du rire
En jouant face à un public chinois, avez-vous été surpris de voir les spectateurs rire aux mêmes moments qu'en France, ou avez-vous découvert des décalages ?
On avait très peur, on se disait qu’on n’avait pas les mêmes références culturelles ou les mêmes peurs. Mais on a été super étonnés. À chaque rendez-vous comique, le public riait. Chaque rendez-vous plus émotionnel, il était là pour nous suivre.
Paolo Crocco : C’est toujours une expérience différente parce que la pièce est très textuelle, avec des jeux de mots. Il y a des choses qui fonctionnent mieux en français, et d’autres qui fonctionnent dans la traduction chinoise. On découvre de nouveaux moments de rire qu'on n'attendait pas forcément. Mais ce qui est important peu importe la nationalité, l'essence humaine est toujours là. Ça se joue beaucoup dans la relation dominant-dominé : ça, c'est universel, et ça amène toujours le comique.
Ciro Cesarano : L'universalité du théâtre, c'est que la base est toujours la même. Cette autorité est ancestrale. On a toujours eu peur de quelqu'un : petit de nos parents, puis de nos professeurs, puis de notre employeur... ou de nos conjoints ! (rires).
Paolo Crocco : On ne fait que mettre à nu les faiblesses de tout le monde. Tout le monde a peur de ne pas être à la hauteur. On est en train de faire un discours officiel et, tout à coup, on bafouille dans le micro... le danger est là pour tout le monde. Au théâtre, on met en valeur ces moments simples pour déclencher l'attention et la peur des gens.

L'accueil des Chinois a été exceptionnel
Paolo, vous jouez aussi Le Souffleur, un seul-en-scène. Comment s'est passée l'adaptation ici ?
Quand on a préparé le spectacle pour la Chine, on m’a dit : « Le métier de souffleur, ils ne le connaissent pas, il n'a jamais existé ici ». Après 25 ans de métier, enfermé dans ma malle au début du spectacle, je me suis senti comme à ma première représentation ! Je ne savais pas ce que j'allais découvrir, et je me demandais s'ils allaient capter les références françaises. Et en fait, l’accueil a été exceptionnel.
Ce n'est pas tant le métier de cet homme, ce n'est pas tant les références, c'est toujours de l'humain dont on parle. Parce que c'est quelqu'un qui a été accroché de façon viscérale et passionnée à son métier. Il s'est vu privé de sa passion, et ça, ça l'a démuni.
Qu’est-ce qui ressort de vos échanges avec le public chinois après les représentations ?
Ciro Cesarano : On a été étonnés de voir que le public nous attendait dehors pour prendre des photos et échanger. Cette année, plusieurs personnes venaient avec leur téléphone et la traduction en français pour nous parler d'émotions, pour nous dire que le spectacle leur avait parlé et qu'ils se sentaient représentés. Ils nous disaient : « Je me sens un peu dans la même situation que cet homme ». C'était incroyable et super touchant parce qu'en France, les gens n'ont pas toujours le courage de venir te parler en profondeur après la pièce.
Paolo Crocco : Oui, et il y a vraiment un accueil derrière, on a l'impression de se sentir comme des rockstars ! On nous met derrière des barrières, presque protégés, et on reste trois quarts d'heure à signer des tickets. Ça, je n'avais jamais vu ça !
Pour les Français, l'occasion de se sentir à la maison
Auriez-vous quelques mots pour nos lecteurs expatriés français ? Pourquoi doivent-ils venir vous voir ?
Paolo Crocco : Vous êtes ici en Chine, vous n'êtes peut-être pas souvent en France pour voir du théâtre donc on est venus jusque là. Les deux spectacles valent le coup. On va vous faire sentir « à la maison ». Il y aura des moments où vous, vous allez rigoler à des nuances que les Chinois ne comprendront pas, et vice-versa.
Ciro Cesarano : C'est aussi drôle : on est là à représenter la France alors qu'on est d'origine italienne tous les deux. Mais peu importe, l'émotion est là !
Informations Pratiques :
Ne manquez pas les dernières représentations de cette tournée exceptionnelle à Shanghai :
- Le Souffleur (Seul-en-scène) : Vendredi 17 avril à 19h30 et Samedi 18 avril à 14h30 au Jasmine Theatre.
- L’Homme et le Pêcheur : Samedi 18 avril à 19h30.
Un spectacle en français à Shanghai, sous-titré en chinois à ne pas manquer ! Le reste de la programmation de Croisements 2026 à Shanghai : ici
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