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En Chine, évadez-vous à Hohhot, en Mongolie-Intérieure

Depuis la gare de Pékin Nord, comptez à peine deux heures et demie de train à grande vitesse pour rejoindre cet univers où les panneaux trilingues (mandarin, mongol vertical, anglais) annoncent la couleur : bienvenue à Hohhot, la « Bleue-Verte » en mongol (couleur du ciel et des steppes). Capitale de la région autonome de Mongolie-Intérieure, cette métropole de trois millions d’habitants est une porte d’entrée fascinante. Elle offre en miniature ce qui fait l’âme de cette terre de contrastes : des temples tibétains centenaires, une culture nomade fièrement préservée et une modernité chinoise, le tout adossé aux monts Yinshan et non loin du fleuve Jaune (Huang He). Voici comment concilier immersion dans l’héritage de Gengis Khan, découverte d’une foi himalayenne et nuit dans une yourte sous les étoiles.

HohhotHohhot
Écrit par Arthur Fournon
Publié le 27 mai 2026, mis à jour le 28 mai 2026

La Mongolie Intérieure et Mongolie 

La Mongolie Intérieure n’est pas la Mongolie. Leur histoire est commune jusqu’à la chute de l’empire mongol au XIVe siècle. Puis, sous la dynastie Qing (1644-1912), la Mongolie extérieure (l’actuel pays souverain de Mongolie) devient un État vassal avant de proclamer son indépendance en 1921, avec le soutien de l’Union soviétique. La Mongolie intérieure, elle, est progressivement intégrée à l’empire chinois. Aujourd’hui, la Mongolie est un État membre de l’ONU de 3,5 millions d’habitants, à 95 % Mongols ; tandis que la Mongolie-Intérieure est, elle, une région autonome de la Chine de 25,4 millions d’habitants, où les Mongols ethniques représentent environ 17 %, soit plus qu’en Mongolie en valeur absolue.

C’est dans ce contexte que Hohhot émerge. Sous la dynastie Ming (vers 1580), un chef mongol, Altan Khan, décide de construire une ville-forteresse pour unifier les tribus Tumed. Son geste le plus marquant est d’avoir invité le IIIème dalaï-lama, Sonam Gyatso, à venir consacrer le temple Da Zhao. Depuis, Hohhot est un bastion du bouddhisme tibétain sur le plateau mongol, bien loin des plaines agricoles chinoises. Sous les Qing, la ville devient un centre administratif et religieux majeur, réputé pour ses nombreuses lamaseries. Aujourd’hui, Hohhot incarne la synthèse des mondes nomade et sédentaire, mongol, tibétain et chinois.

Pour retracer cette histoire, le musée de la Mongolie-Intérieure se trouve à deux pas de la gare est de Hohhot. Impossible de rater ce bâtiment à l’allure massive, qui évoque l’unité nationale de la Chine. Outre des squelettes complets de dinosaures – la région est l’un des plus grands sites paléontologiques du monde –, il abrite des costumes traditionnels des 55 minorités ethniques de Chine (Oroqen, Evenk, Daur…), ainsi que des objets de la vie nomade : selles incrustées d’argent, pierres à aiguiser, et répliques de yourtes. Une section plus surprenante est dédiée au programme spatial chinois : la Mongolie-Intérieure sert de zone de retour pour les capsules Shenzhou, où l’on peut voir des fragments authentiques de leurs boucliers thermiques.

 

À pied dans la vieille ville

Le vieille-ville de Hohhot est assez concentrée, tout est accessible à pied. Le temple Da Zhao (大召寺), joyau spirituel de Hohhot y est le plus ancien sanctuaire encore debout (fondé en 1580). À son entrée, la statue imposante d’Altan Khan veille. L’extérieur, avec ses toits vernissés jaunes, reprend les codes de l’architecture des temples chinois. À l’intérieur, l’air est lourd d’encens, les fresques aux couleurs pastel ornent les murs et des tangkas (peintures bouddhistes sur soie) pendent du plafond. La pièce maîtresse est une statue du Bouddha couronné, en argent massif, haute de 2,55 mètres. Juste à côté, ne manquez pas la salle du Pavillon blanc qui abrite une réplique du célèbre stupa de Lhassa. À quelques mètres, la vieille rue de Saishang est l’âme commerçante et touristique de la ville.

Non loin, le temple des Cinq Pagodes (五塔寺) est l’autre incontournable de la ville. Construit en pierre grise, ce temple massif surprend par son allure de forteresse. Son toit plat supporte cinq petites pagodes, d’où son nom. Ce qui le rend remarquable, ce sont les 1 563 bas-reliefs de Bouddha qui ornent ses murs extérieurs, chacun avec une posture et une expression différentes : il n’y en n’a pas deux identiques.

Pour une touche d’exotisme plus proche, dirigez-vous vers la rue des coutumes islamiques (伊斯兰风情街) et la Grande Mosquée de Hohhot (清真大寺). Les Mongols tolèrent toutes les religions, et l’islam est arrivé dès le XIIIe siècle avec les marchands de la Route de la Soie. La mosquée actuelle, datant de la fin du XVIIe siècle, mêle harmonieusement les styles chinois (toit courbe, briques noires) et arabes (arcs en ogive, inscriptions coraniques). Le quartier environnant, avec ses pâtisseries, ses viandes halal et ses lanternes rouges cylindriques, offre une parenthèse dépaysante à deux pas des temples.

Enfin, toujours dans le même quartier, on ne peut pas rater une grande stupa blanche d'un blanc éclatant. Il s'agit de la pagode Bao'erhan (宝尔汗佛塔), une construction beaucoup plus récente que les autres monuments de la ville. Édifiée entre 2006 et 2008, cette stupa de style tibétain a la particularité de contenir de très nombreuses reliques sacrées du bouddhisme, dont des reliques attribuées à Sakyamuni Bouddha lui-même (reliques du cerveau, des os, du sang) ainsi que des reliques de ses principaux disciples . Les locaux viennent y faire des circumambulations (kora) dans le sens des aiguilles d'une montre, pour se porter bonheur.

 

Les escapades d’un week-end

Hohhot sert de base pour l’incontournable expérience de la steppe mongole. À seulement 90 km au nord, la steppe de Xilamuren (希拉穆仁草原) est la plus proche et la plus touristique, mais elle offre l’image d’Épinal que vous attendez. On y accède par une route qui s’ouvre soudain sur un océan d’herbe. Au programme, des yourtes (gers) blanches cerclées de bleu, et des chevaux mongols, petits, trapus, à l’encolure épaisse.

Le rituel est rodé mais sincère : accueil avec du hadag (écharpe de soie bleue, symbole de bienvenue) et du airag (lait de jument fermenté, une boisson légèrement pétillante à 2-3 % d’alcool). Puis balade à cheval (ou à poney pour les enfants) sur la steppe. L’après-midi, vous pourrez assister à un spectacle de lutte mongole et de tir à l’arc. Le soir, les camps organisent des danses folkloriques, du chant diphonique (khöömei), cette technique vocale qui produit plusieurs notes simultanément, et un grand feu de camp. À noter que la steppe est à 1600m d’altitude : les nuits y sont fraîches, même en été.

Si la steppe vous tente moins ou que vous visitez hors saison, le désert de Kubuqi, non moins touristique, se trouve à 2h30 de route au sud-ouest. C’est l’un des déserts les plus accessibles de Chine. Vous pourrez y faire du dune-bashing en 4x4, du sandboard, ou monter un chameau. Des parcs d’attractions proposent des versions très encadrées. Pour une expérience plus sauvage, il vaut toutefois mieux prévoir un voyage jusqu’au désert de Badain Jaran, avec ses mégalunes et ses lacs roses, qui offre l’immensité du désert de Gobi.

 

Au-delà de Hohhot, les éleveurs des steppes 

Au-delà de Hohhot, la Mongolie intérieure révèle bien d’autres visages. Quelques jours ne suffisent pas à couvrir cette région grande comme un tiers de l’Europe.

À une heure de train à l’ouest, Baotou est le centre mondial des terres rares, essentielles pour les smartphones, les voitures électriques et l’armement. La ville abrite le gisement géant de Bayan Obo. Peu touristique, la région intéresse surtout pour sa curiosité industrielle et géopolitique, même si la pollution y est très présente.

Au nord-est, du côté de Xilin Gol, c’est la « vraie » steppe. On y trouve encore des familles nomades qui vivent sous yourte une partie de l’année, loin des villages touristiques. Accessible en train de nuit ou en bus depuis Hohhot, c’est l’endroit pour une immersion plus authentique.

Enfin, à l’extrême nord-est, à plus de 2 000 km de Hohhot (2h30 d’avion), la région de Hulun Buir est un monde à part. Frontalière de la Russie et de la Mongolie, elle offre les plus belles prairies de Chine (steppe de Hulunbuir), le lac sacré Hulun, et des forêts de bouleaux où vivent les Evenks, éleveurs de rennes. La ville de Manzhouli, à l’architecture russo-chinoise unique, semble sortie d’un conte. C’est aussi là qu’a lieu l’un des plus grands festivals Naadam (jeux traditionnels de lutte, tir à l’arc et courses de chevaux), généralement en juillet-août. Ce voyage mérite une semaine dédiée.

 

En pratique

Pour rejoindre Hohhot depuis Pékin, les trains G sont les plus rapides et les plus confortables. Comptez environ deux heures et demie de trajet depuis la gare de Pékin Nord (北京北站) pour un tarif aller simple d'environ 250 yuans. Les trains partent régulièrement tout au long de la journée. Une alternative plus économique consiste à prendre un train de nuit, qui met environ dix heures et permet d'économiser une nuit d'hôtel. Une fois sur place, les déplacements sont facilités par un métro moderne composé de deux lignes. Il relie efficacement la gare de Hohhot, l'aéroport international de Baita et les principaux sites touristiques comme le temple de Da Zhao, accessible par la ligne 2 à la station Dazhao. Les taxis restent très abordables avec un prix de départ à huit yuans.

La meilleure période pour visiter s'étend de juin à août, lorsque la steppe est verdoyante et les températures douces, idéales pour les balades à cheval et les nuits en yourte. Les hivers sont extrêmement rudes, avec des températures descendant souvent en dessous des quinze degrés négatifs, mais les paysages enneigés offrent un spectacle grandiose et la quasi-absence de foules rend l'expérience unique. Le printemps, de mars à avril, est généralement venteux et poussiéreux, une saison à éviter si l'on veut profiter du grand air.

Côté langue, le mongol standard s'écrit encore en alphabet vertical traditionnel à Hohhot, contrairement à la Mongolie qui a officiellement basculé vers le cyrillique en 1946. Les panneaux sont systématiquement trilingues – mandarin, mongol et anglais – ce qui facilite grandement l'orientation.

 

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