Sans électricité, pas d'eau via des pompes, pas de stockage réfrigéré des médicaments, pas d'éclairage dans les lieux publics, ni de moyens modernes de communication. L'accès universel à l'énergie électrique apparaît comme un défi incontournable dans la résolution du problème de la pauvreté dans le monde

(Image satellite de la Terre nocturne en 2000)
Dans son dernier rapport publié mercredi dernier, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) tire la sonnette d'alarme en rappelant que 1.4 milliard de personnes n'ont toujours pas accès à l'électricité. Parmi elles, 585 millions vivent en Afrique sub-saharienne et 800 millions en Asie. Selon les prévisions de l'AIE, 1,2 milliard de personnes (l'équivalent de la population chinoise) en seront toujours privées d'ici 2030. Une conjecture qu'il est possible de contrecarrer s'il est fait de la lutte contre cette inégalité une priorité mondiale.
L'électricité, un facteur de développement
Malgré ses impacts économique, sanitaire, sécuritaire et sociétal, la lutte contre la pauvreté énergétique ne figure pas parmi les huit objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000. Mais comment réduire la pauvreté, assurer l'éducation primaire pour tous, lutter contre la mortalité infantile, permettre l'autonomisation des femmes lorsqu'il est impossible de disposer de machines électriques, d'installer la lumière ou internet dans les écoles, d'avoir un réfrigérateur pour stocker des médicaments, d'épargner aux femmes la corvée de bois? "Vivre sans électricité, c'est réduire son espérance de vie par deux", a déclaré Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, la semaine dernière lors du Congrès mondial de l'énergie à Montréal. Et c'est aussi entraver le développement d'une région ou d'un pays, et priver les habitants d'un facteur incontournable pour l'amélioration de leurs conditions de vie.
Une inégalité très concrète
De même que pour l'eau, les chiffres en matière d'inégalité énergétique sont frappants. Les 800 millions d'habitants de l'Afrique subsaharienne consomment autant d'électricité que les 20 millions de New-Yorkais. Le continent africain et son milliard d'habitants disposent de la même puissance électrique que l'Espagne qui compte vingt et une fois moins d'habitants. L'examen d'une carte nocturne de la Terre éclaire aussi sur l'inégalité en matière d'accès à l'électricité et de consommation électrique. Donner accès à l'énergie au milliard de personnes qui en est actuellement privé n'est pourtant pas impossible : cela coûterait 36 milliards de dollars par an (27,4 milliards d'euros) d'ici 2030, a annoncé l'AIE . Une somme qui semble colossale mais qui représente seulement 3% des investissements mondiaux du secteur énergétique projetés par l'AIE d'ici 2030.
Une question de priorité dans les investissements
En matière énergétique, les paradoxes sont nombreux et pourraient être réduits à grâce à l'action conjuguée de l'aide publique au développement et à l'obligation pour les pays récipiendaires d'investir dans ce domaine. Ainsi, au Nigéria, pourtant premier pays producteur de pétrole en Afrique, la moitié des 152 millions d'habitants n'a pas accès à l'électricité. Or il ne faudrait "que" 0,4% des revenus pétroliers et gaziers de ce pays pour corriger la situation. Si la Chine, l'Inde ou le Brésil investissent massivement dans l'énergie, des solutions accessibles existent pour tous les pays même s'ils ne connaissent pas la même croissance exponentielle. Fini le modèle des grosses centrales connectées à un réseau électrique national ou régional, "il faut décentraliser la production, avec l'hydraulique, le solaire, l'éolien" estime Fatih Birol, l'économiste en chef de l'AIE et faire avec les ressources disponibles sur place. Ainsi le Chili s'est souvenu de son potentiel hydroélectrique après avoir été longtemps dépendant du gaz argentin. Même chose au Gabon où la construction de barrages a été préférée au nucléaire beaucoup plus coûteux.
Une solution durable et écologique
Même avec 1,3 milliard de nouveaux consommateurs raccordés aux réseaux électriques, la demande énergétique globale ne progresserait que de très peu: la consommation d'électricité augmenterait d'à peine 2.9% en 2030. Cela représente moins de 1% d'augmentation pour la demande mondiale de pétrole, et 0.8% seulement d'émission de CO2 en plus. La pollution demeurerait faible, car ce sont les zones rurales qui sont ici concernées et qui se verraient dotées en énergies renouvelables propres. Les bienfaits sur l'environnement seraient multiples : moins de personnes feront la cuisine, se chaufferont ou s'éclaireront grâce à la biomasse, ce qui contribuera à réduire directement la déforestation et la consommation de charbon. En terme de santé publique: les bougies et les lampes à pétrole rejettent des particules polluantes, les foyers de cuisson rudimentaires peuvent également se révéler très toxiques (4.000 personnes meurent chaque jour d'inhalation de fumées nocives ainsi dégagées). Disposer de matériel de cuisson et de systèmes d'éclairage efficaces, sains et non polluants changerait résolument la donne.
Siri Ounechay (www.lepetitjournal.com) vendredi 24 septembre 2010
En savoir plus:
Le Petit Journal Cambodge : SOCIAL : Geres, une ONG durable
Le Petit Journal : ONU - Sarkozy au secours des pauvres
Le Figaro: L'accès à l'électricité, verrou de la lutte contre la pauvreté
Journal de l'environnement: Sortir de la pauvreté énergétique




































