A 66 ans, Pamphyle poursuit une œuvre aujourd'hui estimée à un millier de toiles, qui se sont dispersées avec les années chez les collectionneurs et amateurs d'art. Nous avons rencontré le peintre à la New Gallery on Old Bailey à Central qui lui consacre une exposition jusqu'au 1er décembre.

© Pamphyle – Table à signe 103 2012 – 60 x 60
L'enfance lyonnaise, genèse d'une vocation
A 9 ans, alors qu'il vit avec sa famille à St Georges, le quartier le plus pauvre de Lyon, Pamphyle sait déjà qu'il veut être peintre. C'est comme une évidence. La peinture, l'art, n'est pourtant pas chez Pamphyle une histoire de famille. Enfin, pas tout à fait, car la peinture, c'est tout de même son frère qui la lui fait découvrir, lorsqu'à 14 ans, apprenti dans une petite boutique de porcelaines peintes à la main, celui-ci se met à étudier le dessin et l'art pictural. "Chaque soir, quand il rentrait", raconte Pamphyle, "mon frère me montrait ce qu'il avait appris dans la journée. Et puis, je feuilletais les livres d'art qu'il ramenait à la maison. Je regardais les images, Léonard de Vinci, les classiques italiens." Dès cette époque, le jeune garçon s'initie lui aussi à la peinture. Il peint, partout, là où il peut, sur les murs de sa chambre, de l'appartement HLM où sa famille est relogée dans les années 1960. Il ne s'arrêtera plus.
La forge, plus qu'un atavisme, une formation d'artiste
La première vocation de Pamphyle va cependant être longtemps contrariée. Rattrapé par un atavisme, qui touche étrangement du propre aveu du peintre bien des hommes de sa famille, née à Borée, un village de Haute-Ardèche battu par les vents, c'est en effet dans la forge et la sculpture que l'adolescent puis l'homme vont s'épanouir. "A 14 ans", se souvient Pamphyle, "parce que j'étais doué, je suis devenu apprenti en dessin sur soierie. Mais cela ne m'a pas plu. Au bout d'un mois à peine, je suis parti et suis entré chez un serrurier pour apprendre la forge. La forge, j'ai tout de suite aimé. J'aimais le contact avec la matière. Sans savoir ce qu'était la ferronnerie d'art, j'ai commencé mes premières structures métalliques, sur lesquelles je fixais des morceaux de papiers peints que j'enduisais d'huile de table. Pour les monter, j'envahissais la salle de bain familiale car j'utilisais la baignoire-sabot de notre appartement. Ma mère se contentait d'en sourire. Elle ne m'a jamais rien dit."

© Pamphyle – Rue de Camplong 40 x 40
La peinture, une nouvelle révélation en 1995
C'est d'ailleurs la sculpture qui fera connaître Pamphyle en France dans les années 1980, lorsqu'il se réinstalle avec sa famille en région lyonnaise après un tour du monde. A cette époque, en effet, la plus grande galerie de Lyon expose ses œuvres de sculpteur mais s'obstine toujours à lui refuser ses toiles. "Jusqu'au milieu des années 1990, le galeriste qui prenait mes sculptures à Lyon n'était pas intéressé par ma peinture. Moi-même, ce que je faisais à ce moment-là, ce qui venait sur la toile ne me plaisait pas. Je n'y trouvais pas l'émotion intérieure que je cherchais. Je peignais des natures mortes, des sujets choisis, des scènes de tauromachie. Cela restait trop figuratif." Puis, un jour, quelque chose d'autre est venu, s'est emparé de la surface. Une peinture sans objet, celle que l'artiste attendait depuis l'enfance et dans laquelle il se reconnait, surgit enfin. En 1995, Pamphyle montre ses nouvelles toiles à son galeriste lyonnais qui vend dans la semaine les cinq qu'il lui laisse. Le galeriste lui en commande alors une vingtaine pour une première exposition, puis cinquante pour une deuxième. Toutes sont vendues. Pour le peintre, c'est le début d'un succès qui continue encore aujourd'hui de se construire, en France et à l'international.
© Pamphyle – Le guerrier s'éteint – 60 x 60
Un peintre instinctif et essentialiste
Pamphyle est certes un peintre autodidacte, instinctif, mais c'est avant tout un artiste passionné, assidu, obstiné, toujours à pied d'œuvre. Chaque jour, il travaille dans son atelier dans le sous-sol de sa maison de la banlieue lyonnaise, entièrement absorbé, disponible aux flashs, aux souvenirs, aux visions intérieures venus de loin qu'il cherche à retranscrire sur la toile. "Il faut toujours être là", assure le peintre, "On ne sait jamais quand l'inspiration vient." Pamphyle ne court ni les mondanités ni les expositions, se fiche des tendances et des écoles. Obstinément, il creuse son sillon, officiant toujours selon les mêmes rituels.
"Peindre, c'est respirer par les mains et propulser un souffle intérieur, c'est semer le pigment sur la toile avec le geste du paysan." Pamphyle a une définition, une approche de la peinture qui sont aussi physiques que spirituelles. Ses tableaux respirent la sueur et la solitude de l'atelier tout autant que la méditation. Plus que formelle, sa recherche est essentialiste. Ce qu'il met en évidence sous ses couches de peintures et de pigments grattées, griffées, hachurées sous lesquelles on devine le fonds préparatoire terre d'ombre et parfois même des écritures, c'est l'être originel, le verbe, le sien, le nôtre, celui qui se dérobe sous les sédiments de culture, d'éducation, de souvenirs, de souffrances, d'épreuves… La peinture de Pamphyle est une peinture intime, contemplative, sensorielle, mémorielle, un héritage d'enfance, qui rappelle chacun de nous à sa nature profonde, aux origines du monde.
Florence Morin (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), vendredi 2 novembre 2012
Exposition in between these walls / Entre ces murs
Jusqu'au 1er décembre à la New Gallery sur Old Bailey à Central
Présentation de l'expo, site de la galerie ICI
Site de Pamphyle ICI
Voir aussi :
EXPO – Coup de cœur pour Pamphyle, peintre de la matière et du souvenir




































