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OUTREAU - Fin du cauchemar pour les six accusés

La cour d'assises de Paris a acquittéhier les six accusés du procès en appel de l'affaire de pédophilie d'Outreau. Ce verdict met un terme àune affaire riche en rebondissements, considérée par beaucoup comme le plus grand désastre judiciaire de l'après guerre

Les six accusés du procès en appel d'Outreau ont tous étéacquittés (Photo : AFP)

Tous innocents. Après sept heures et demi de délibéré, les douze jurés du procès en appel de l'affaire de pédophilie d'Outreau ont rendu hier leur verdict. Le prêtre Dominique Wiel, 67 ans, l'huissier de justice Alain Marécaux, 41 ans, Franck et Sandrine Lavier, 27 et 28 ans, Thierry Dausque, 33 ans, et Daniel Legrand, 24 ans? tous sont acquittés, comme l'avaient étéen juillet 2004 àSaint-Omer sept autres de leurs "compagnons d'infortune".
A l'annonce du verdict, avocats et accusés, en pleurs, sont tombés dans les bras les uns des autres. "Cela fait cinq ans que j'attends ça, je vais pouvoir enfin reprendre une vie normale", a réagi Thierry Dausque. "Ils sont acquittés et réhabilités dans l'instant de cette décision. Nous sommes fiers d'eux et nous sommes fiers d'avoir étéleurs avocats", a ajoutél'avocat de Dominique Wiel, Me Jean-Louis Pelletier.
L'appareil judiciaire sur le banc des accusés
Depuis le début de l'affaire, fin 2000, les six accusés, poursuivis pour viols et agressions sexuelles sur mineurs, avaient toujours claméleur innocence. Pourtant, lors du procès de première instance, les jurés les avaient condamnéàdes peines de prison allant de 18 mois avec sursis àsept ans fermes, malgréla fragilitédes charges qui pesaient contre eux. Et durant le temps de l'enquête, ils avaient purgèentre 23 et 39 mois de détention provisoire.
"Outreau 2"? comme l'ont surnommécertains observateurs ? a étél'occasion de réparer cette série d'erreurs et de mettre en lumière les dysfonctionnements de la justice. Non-respect de la présomption d'innocence, recours systématique àl'emprisonnement préventif, importance excessive accordée aux expertises psychiatriques? Durant les quatre semaines du procès, tous les échelons de l'appareil judiciaire en ont pris pour leur grade.
"Jamais trop tard pour que la justice démontre qu'elle existe?"
Il n'est "jamais trop tard pour que la justice démontre qu'elle existe", avait assurémercredi l'avocat général Yves Jannier, devant les magistrats et les jurés, lors d'un réquisitoire rarissime en faveur de l'acquittement des accusés. "Nous devons faire en sorte que cela ne se reproduise plus", lui a fait écho mercredi le procureur général de Paris, Yves Bot, s'excusant pour cette "véritable catastrophe".
En choisissant l'acquittement, hier, la justice a fait son mea culpa. Les acquittés seront d'ailleurs indemnisés par l'Etat ? sans doute àhauteur de 300.000 à500.000 euros. Mais cette compensation morale et financière ne réparera pas les dégâts causés par la procédure judiciaire. Divorces, enfants placés, réputations ruinées? Si le cauchemar pour les accusés a pris fin hier, les séquelles d'Outreau ne sont pas prêtes, sans doute, de s'effacer.
Valentin BONTEMPS. (LPJ) 2 décembre 2005

Lire aussi
Le Figaro, La justice veut tirer des leçons de ce naufrage judiciaire
Libération, Outreau : le mea culpa de la justice
Le Nouvel Obs, Interview de Côme Jacqmin, secrétaire général du syndicat de la magistrature
Le Monde, Outreau, la sociétéface àses dérives, par Pascale Robert-Diard
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