Samedi 19 juin 2021
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L’artiste Carole Jury, finaliste du Trophée Prix du Public 2021

Par Rachel Brunet | Publié le 03/02/2021 à 15:22 | Mis à jour le 04/02/2021 à 10:24
Photo : L’artiste Carole Jury devant l’une de ses œuvres
Artiste Carole jury

Carole Jury fait partie des huit finalistes des Trophées des Français de l’étranger 2021 dans la catégorie Prix du Public, parrainée par la Banque Transatlantique. Toujours dans le mouvement, elle est une de ces femmes qui a profité de son expatriation pour se réinventer. Aux États-Unis, elle fait de sa passion, l’art, un métier, il devient sa nouvelle carrière, sa nouvelle identité.

L’artiste créé le mouvement « Women Artists from France to USA », un groupe de femmes artistes françaises né tant d’une amitié que du partage d’un même engagement : celui de l’art. Des expositions itinérantes mettant en avant des femmes artistes. Des conversations dont le langage est l’art. Face à un constat : dans les 18 principaux musées des États-Unis, 85 % des artistes exposés sont des hommes et 87 % d’entre eux sont blancs. Par ailleurs, cette inégalité de représentation engendre aussi une inégalité salariale. Pendant qu’un homme artiste gagne $1, une femme artiste gagne 81 centimes. Enfin, en 2018, plus de 800 000 expositions artistiques ont été dénombrées à travers les États-Unis. Seulement un tiers d’entre elles mettait en avant des femmes artistes.

Rééquilibrer le monde de l’art et donner plus de visibilité aux femmes artistes sont parmi les combats de Carole Jury qui a besoin des votes du public pour passer de finaliste à lauréate.

Notre édition est partie à sa rencontre.

 

Carole jury

L’artiste Carole Jury

 

Rachel Brunet pour lepetitjournal.com New York : Racontez-nous votre parcours et votre arrivée aux États-Unis

Carole Jury : Tout s'est finalement passé très vite et en trois mois la famille s'est envolée pour un pays complètement inconnu. J'avais démissionné d'un poste confortable et passionnant dans la communication au sein de l'industrie chimique, et je n'avais encore aucune idée de ce que j'allais entreprendre.

J'ai commencé par m'appuyer sur ce que je savais faire en apportant du conseil en communication aux startups françaises qui m'entouraient tout en continuant ma passion, celle de peindre. Je pense qu'en reconstruisant une situation professionnelle similaire à celle que j'avais quitté à Lyon me rassurait. Et, puis au fil du temps, environ un an, mon jardin artistique, jusque là tenu secret, m'a échappé pour faire partie d'expositions, de nouveaux intérieurs...

Les premières rencontres, notamment au sein de la communauté française de Princeton New Jersey et de New York, m'ont permis de construire et de légitimer petit à petit mon activité artistique. Je pense à Frenchwink, Azart Gallery-NYC, Alessandro Berni Gallery, la Gallery des Artistes, les intérieurs designers de BoConcept, mon sponsor Daler-Rowney, mais également des collectionneurs et des rencontres avec les artistes français locaux. Une de mes peintures a été sélectionnée pour être l'image officielle de la MuseumWeek 2020, cela a été une belle aventure.

J'ai été enfin capable d'apprivoiser cette nouvelle identité professionnelle, ce nouveau moi. "Entreprendre, dans une aventure personnelle ou professionnelle, nécessite une forte dose de résilience" explique Sandra Rey (1). Je l'admets, cette capacité à prendre un nouveau départ peut prendre du temps et de l'énergie. Aujourd'hui, et depuis cinq ans, je suis une artiste-peintre professionnelle.

 

Quel est donc ce projet qui vous a poussé jusqu'aux Trophées des Français de l'étranger du Petit Journal ?

J'ai fondé les "Women Artists from France to USA", il y a deux ans. Ce groupe est né d'une amitié entre femmes artistes françaises qui veulent partager leur propre art à travers des expositions et offrir aux visiteurs une expérience artistique immersive. La troisième édition a eu lieu en octobre 2020 à New York et malgré la situation sanitaire, nous avons réussi à accueillir plus de deux cents personnes, bien évidemment en prenant toutes les précautions imposées par l'état de New York. C'est ce projet collectif qui m'a poussé à frapper à la porte des Trophées, pour mettre en avant ces femmes artistes, ces femmes talentueuses et audacieuses qui poursuivent leur rêve et leur passion loin de leur pays d'origine, loin de leur famille. La place de la femme dans l'art est encore fragile !

 

Carole Jury

Œuvre de la série « Colorful with Mia » de Carole Jury

 

Qu'est-ce qui vous a séduit dans les Trophées et vous a donné envie de candidater ?

Premièrement, je suis une irréductible lectrice du Petit Journal, qui nous apporte chaque jour un contenu éditorial de qualité, et c'est un peu comme si la France n'oubliait pas ses expatriés, ses déracinés.

Deuxièmement, mettre en avant des projets venant des quatre coins du monde permet de se dépasser soi-même, de découvrir de belles initiatives qui jusque-là sont passées sous silence.

 

Vous êtes finaliste, qu'est-ce que cela représente pour vous ?

Je suis sur un petit nuage depuis quelques jours car c'est la deuxième fois que je candidate. Je ne réalise pas vraiment, c'est une belle première étape et je la savoure...

 

Quel message souhaitez-vous passer aux lecteurs du petitjournal.com ?

Prendre ce "Chemin de traverse"(2) est "un mélange de confort et de prise de risques". Certains diront peut-être que la prise de risque était finalement minime d'un point de vue économique quand on a un conjoint qui travaille dans un grand groupe comme Solvay, mais ceux-ci occultent la ténacité et la masse de travail dont il faut faire preuve pour émerger un temps soit peu dans l'univers de l'art. 

Aussi, le message que je souhaite partager avec les lecteurs du Petit Journal est que changer le cours des choses, réussir à vivre une deuxième vie professionnelle, dépasser les freins qui nous contraignent de se réaliser qu'à travers un parcours balisé et préétabli, en d'autres mots "se réinventer" est possible !   

 

Dans un avenir proche, comptez-vous faire évoluer votre projet, et comment ?

L'évolution des "Women Artists from France to USA" est au cœur de mes réflexions actuellement. Compte tenu de son succès, j'ai dans l'idée de l'ouvrir à un plus grand nombre d'artistes françaises et de renforcer l'idée de "construire ensemble" et de "créer du lien" avec des expositions de plus grandes envergures. Cela nécessitera certainement de mettre en place de nouveaux partenariats et de trouver des sponsors.

 

Vous êtes Française installée aux États-Unis, qu'est-ce qu’aimez-vous dans ce pays qui vous accueille ?

Ce qui m'a plu dès mon arrivée aux États-Unis, c'est la liberté de pouvoir se réinventer professionnellement sans jamais avoir à se justifier sur son parcours personnel et professionnel. Ici, les gens changent ou font évoluer leur carrière comme ils le souhaitent. Il n'y a pas ou peu de freins à l'entreprenariat, seule la reconnaissance du "talent" ou de "la performance" est importante. Bien évidemment, cela implique qu'il faut travailler durement. Mes expériences professionnelles, au sein de grands groupes tels que Arkema puis KEM ONE, m'ont beaucoup servi.

 

Une phrase de conclusion ?

Un grand merci à mon mari, mes enfants, mes amis, mes collectionneurs, mes galeries, mes followers et tous ceux qui m'ont soutenu et me soutiennent dans cette aventure ! "Seul, on va vite, ensemble, on va plus loin".

 

Pour voter pour Carole Jury

 

 

1* Elles étaient une fois celles qui osent - Preface - Sandra Rey Ed. Deux plumes p25

2* "Chemin de traverse" - Grand Corps Malade 

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
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