À New York, les expatriés français musulmans s’apprêtent à vivre le Ramadan loin de la France et de leurs familles. Dans une ville qui ne ralentit jamais, ils doivent organiser leur vie quotidienne tout en profitant des initiatives culturelles et communautaires que propose la métropole pour ce mois sacré.


« Travailler toute la journée sans manger, sans aménagement particulier, demande une grande discipline. »
Une organisation personnelle indispensable
Le Ramadan impose une anticipation minutieuse. À New York, les horaires de jeûne suivent le soleil, avec une rupture du jeûne en début de soirée. Pour les expatriés, cela implique une planification des repas, du sommeil et des activités sociales. « Je commence ma journée très tôt et j’organise mes repas pour tenir toute la journée. Sans cette préparation, c’est impossible », explique Nassim, 29 ans, installé dans le Queens depuis deux ans. Pour Inès, 32 ans, qui travaille dans la communication à Brooklyn, le défi est constant : « Travailler toute la journée sans manger, sans aménagement particulier, demande une grande discipline. Mais ça m’a aussi appris à mieux écouter mon corps et à vivre chaque moment plus pleinement. »
Travailler sans aménagement spécifique
Dans le monde professionnel new‑yorkais, aucune entreprise n’adapte officiellement ses horaires pour le Ramadan. Les journées restent soutenues et les pauses déjeuner deviennent souvent des moments de retrait. « Durant ma pause, je profite de ce temps pour écrire des prières dans un cahier, ou simplement lire le Coran ou réfléchir », confie Inès. Pour autant, le Ramadan suscite des échanges. « Certains collègues me demandent ce que je fais exactement, pourquoi je jeûne. C’est l’occasion d’expliquer que ce n’est pas simplement arrêter de manger, mais un mois de réflexion, de spiritualité et de partage. » Ces conversations, selon elle, instaurent un climat de curiosité et de respect.
Recréer un cadre communautaire
L’éloignement de la France se fait particulièrement sentir au moment de l’iftar, la rupture du jeûne. Pour compenser, les expatriés français musulmans s’appuient sur les ressources locales. Mosquées, commerces halal et événements communautaires offrent des repères familiers. À Astoria (Queens), le Ramadan Night Market transforme parfois la rue en espace festif, avec des stands de nourriture halal, de vêtements modestes ou d’artisanat. « Participer à ces marchés rend le Ramadan encore plus vivant. On retrouve une ambiance chaleureuse, entre partage de plats et discussions avec d’autres expatriés », raconte Nassim. Certaines organisations locales proposent aussi l’initiative “Iftar on the Go”, il s’agit de distribuer des repas halal gratuits dans les cinq boroughs aux personnes qui le souhaitent, notamment les familles et les habitants dans le besoin. L’idée est de rendre l’iftar accessible à tous, même à ceux qui n’ont pas la possibilité de cuisiner ou d’assister aux repas collectifs. Pour les expatriés français musulmans, c’est aussi un moyen de se sentir inclus dans la ville et de participer à un geste solidaire.
« (...) il ne s’agit pas seulement de jeûner, mais d’un temps de réflexion et de fraternité. »
Entre transmission et dialogue interculturel
Le Ramadan à New York devient aussi un moment de transmission culturelle. Les expatriés français musulmans expliquent leurs pratiques à leurs amis ou collègues non musulmans et déconstruisent certains clichés. « Quand mes collègues me posent des questions, je prends le temps d’expliquer. Je veux qu’ils comprennent qu’il ne s’agit pas seulement de jeûner, mais d’un temps de réflexion et de fraternité », confie Inès. Grâce à des initiatives comme les iftars collectifs ou Iftar on the Go, le mois sacré devient un moment inclusif, qui relie les communautés tout en offrant aux expatriés un sentiment de repère et d’appartenance.
Un Ramadan inscrit dans l’énergie de la ville
Loin de la France, dans une métropole en perpétuel mouvement, le Ramadan des expatriés français musulmans à New York se vit à la croisée de deux mondes. Entre contraintes professionnelles, initiatives communautaires et échanges interculturels, ce mois sacré conserve sa profondeur spirituelle tout en s’adaptant à un quotidien exigeant. Pour beaucoup, cette expérience enrichit leur regard sur la ville et sur leur propre pratique.
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