Mardi 19 janvier 2021

Joe Biden élu, ce qu’en disent les Français des États-Unis

Par Rachel Brunet | Publié le 12/11/2020 à 16:12 | Mis à jour le 12/11/2020 à 17:22
Photo : Le 7 novembre 2020 à Black lives Matter Plaza, Washington DC
Élection de Biden

Les dirigeants des pays alliés des États-Unis se sont pressés, dès l’annonce de la victoire électorale de Joe Biden, de promettre leur coopération au futur président élu. À contre-courant, le secrétaire d’État Mike Pompeo a lui évoqué, devant la presse, la perspective d’un second mandat pour Donald Trump, lequel refuse toujours de reconnaître sa défaite, provoquant la confusion et la colère chez les diplomates américains en poste à l’étranger. En l’état, l’équipe de campagne du président a multiplié les actions en justice en Pennsylvanie, dans l’Arizona, le Nevada, la Géorgie et le Michigan. Sans grand succès, faute de preuves des allégations qu’il avance. L’arrêt du décompte des voix que le camp Trump demandait lui a été refusé à plusieurs reprises, y compris par le juge de la Cour suprême, Samuel Alito.

Un sondage relayé par nos confrères de Courrier International estime que 84 % des Français auraient voté pour Joe Biden, un autre estime que 80 % des Américains reconnaissent la victoire du président élu. Notre édition est partie à la rencontre de Français et francophones installés aux États-Unis. Quel est leur sentiment suite au résultat de cette élection ? Comment ont-ils vécu l’annonce du résultat ? Pro-Biden ou pro-Trump, notre édition leur a donné la parole.

 

Shaan Couture

©️Shaan Couture

 

Stanislas Berteloot, fondateur du podcast Back In America New Jersey

Quel plaisir d'entendre le discours de victoire de Kamala Harris et de Joe Biden. Quel soulagement de les écouter appeler à l'union pour guérir l'âme de l'Amérique. Des phrases complètes. Une élocution claire, sans attaques ni moqueries. Pourtant, le président s'accroche et derrière lui les républicains font corps. Comme toujours avec Trump, des affirmations sans fondement sont lancées pour discréditer les élections. Depuis quatre ans, cette administration a tout fait pour saper la crédibilité des médias et des institutions. Parmi ceux qui ont voté à 47.5 % pour le candidat républicain, nombreux, sont convaincus qu'il y a fraude, même si rien ne le prouve.

Quoiqu'il arrive, l'Amérique sortira blessée et très affaiblie politiquement des années Trump. Alors que les États-Unis pourraient mobiliser son dynamisme et sa force dans la lutte contre les crises environnementales, sociales et économiques, elle se retrouve embourbée dans des luttes politiques dangereuses.

Je me suis entretenu hier avec deux républicains pour le podcast Back in America. Jake Hoffman, le président des jeunes républicains de Tampa en Floride, pense que « les habitants de ce pays n'acceptent pas la rhétorique des médias, elle ne reflète pas ce que vous devriez voir. Le peuple américain penche à droite dans la plupart des États ». Il ajoute, « si, dans quelques mois, Donald Trump est, déclaré vainqueur devant les tribunaux alors vous verrez à nouveau des émeutes. Vous verrez toute l'anarchie déployée par la gauche lorsqu'elle n'obtient pas ce qu'elle veut. Il n'y a qu'un seul côté de ce pays qui s'enflamme, provoque des émeutes et met le feu. L'autre côté, le côté républicain, lui, est de retour au travail cette semaine, et essai d'aller de l'avant ».

David Treibs, un activiste pro-armes du Texas affirme que « des millions de bulletins frauduleux ont été déposés pour Biden. Les votes électroniques ont été modifiés. Il s'agit d'un coup d'État communiste. Les médias, qui ont essayé de renverser Trump durant ces quatre dernières années, créent l'illusion que Biden est maintenant président, mais c'est tout ce que c'est : une illusion. Le discours d'acceptation et tout ce qui s'ensuit visent à manipuler les gens pour leur faire croire que la présidence de Biden est inévitable, et qu'elle a déjà été acceptée, alors que rien n'est plus éloigné de la vérité. Ils ont déjà conditionné le pays à accepter la possibilité qu'ils démettent violemment Trump de ses fonctions, et ils essaient de faire croire que c'est légitime, de faire croire que Trump est celui qui commet une erreur ».

Comme par miracle, Trump finira par laisser sa place à Biden. Mais 47.5 % des Américains soutiennent toujours Trump et ce, après quatre années tumultueuses. « Je pourrais me poser au milieu de la 5e avenue et tirer sur quelqu'un, je ne perdrais pas d'électeurs », disait-il en 2016. Aujourd'hui, il ment et déchire le pays, mais son soutien ne vacille pas. 

 

Lucie Moose, Berkeley, Californie

Dès que les résultats de l'élection présidentielle ont été annoncés samedi dernier, plein de voitures se sont mises à klaxonner. Peu après, je suis sortie dans la rue pour rejoindre mes voisins, de tous âges, qui tapaient dans des casseroles pour célébrer l'événement. C'était l'euphorie générale !  J'habite à Berkeley, en Californie. C'est une ville très engagée et très de gauche. Au moment des primaires, la plupart des habitants de Berkeley rêvaient de Bernie Sanders, Elizabeth Warren ou Andrew Yang. Biden n'était pas notre premier choix. Cependant, nous sommes tous unis par notre désir de nous débarrasser de Trump. Kamala Harris a passé une bonne partie de son enfance à Berkeley. Samedi après-midi, je suis allée avec mon mari en mini-pèlerinage jusque devant la maison où Kamala Harris a vécu enfant. Nous n’étions pas les seuls à avoir eu cette idée. Il y avait beaucoup de gens, de la musique, de la joie. Des petites filles avaient couvert le trottoir de dessins à la craie. Ça a été une très belle journée. 

 

Pascal Royer, En Marche New York

L'élection de Joe Biden et de Kamala Harris est une bouffée d'air frais. Samedi, à Times Square, il faisait beau,  l'annonce du résultat venait de tomber et immédiatement, on a eu l'impression que New York renaissait ! Quelle différence avec les résultats de 2016 . Quel symbole !  Un Président élu souriant et apaisant qui veut réunifier le pays est d'une Vice-présidente élue souriante et dynamique, qui donne de l'espoir dans le futur, aux femmes et aux jeunes générations. Des discours de rassemblement, d'apaisement… Welcome Back America !

Élection paradoxale également car si le ticket démocrate et progressiste récoltera le plus grand nombre de voix de l'histoire des Etats Unis, le Président sortant aura également gagné de nombreux électeurs ces quatre dernières années malgré un mandat pour le moins surprenant. Les Américains ont choisi de ne pas reconduire le ticket national-populisme et on ne peut que s'en féliciter. Mais les résultats prouvent l'opposition entre l’Amérique des villes et l'Amérique des champs. Une gilet-jaunisation de l'Amérique ? Une société coupée entre les gens des villes à qui profite la mondialisation et une population plus rurale qui a peur de l'ouverture, synonyme pour eux de concurrence, qu'elle soit pour leur entreprise avec le développement du commerce international ou pour leur job avec la crainte de l'immigration.

Cette élection est aussi, pour nous Français, intéressant à analyser pour l'échéance de 2022. Donald Trump a prouvé que le national populisme n'était pas la solution pour faire face aux crises. Ne pas écouter les scientifiques, les experts, ériger le mensonge en état d'esprit permanent face , entre autres, à la crise sanitaire lui aura certainement coûté sa réélection. On ne reviendra pas sur la vanité de mauvais perdant dont il fait preuve depuis plusieurs jours. Les crises que nous aurons à régler dans les années qui viennent, qu'elles soient écologiques, sanitaires, économiques, ne pourront se régler que dans l'unité du pays. Pas la peine d'essayer le National Populisme, les États-Unis ont prouvé que cela ne marchait pas et que l’on préférait l'ouverture et la bienveillance pour faire face à ces nombreux défis.

 

Mathieu Tazo, Caroll Gardens, Brooklyn

À Brooklyn, on a vu des regroupements spontanés qui fêtaient dans la joie la victoire de Biden. Le sentiment général était celui du soulagement. Il y a enfin une lumière au bout du tunnel. Pour la première fois, depuis longtemps, l’espoir était partagé et revendiqué.

 

Hélène Potier, New York

Un grand soulagement. La sensation que ce pays est à présent pris en main par quelqu’un de fiable, moral, compétent, conscient des problématiques actuelles et soucieux d’y apporter des solutions. Samedi, à Manhattan, les Klaxons se sont déchaînés, les cris de joie ont résonné et les applaudissements ont crépité à n’en plus finir. Derrière leurs masques, les New-Yorkais souriaient et avaient des étoiles plein les yeux. Pour la première fois depuis bien longtemps, NYC avait le coeur à la fête.

Nous sommes loin d’être tirés d’affaire avec le COVID et cette pandémie dévastatrice, mais cette élection de Biden est un baume au coeur dans cette période difficile. Un premier pas encourageant vers la reconstruction.

 

Cathy, Central Park, New York City

De mon côté, l’annonce est tombée pendant mon cours de yoga à Central Park, dédié aux  vertus de la patience, quelle belle surprise quand autant de flâneurs, joggers, promeneurs de chiens ont commencé à applaudir, danser, chanter... ! À travers New York, tout au long de la journée, les gens ont explosé de soulagement et de joie. Difficile de voir les sourires avec les masques, mais les regards en disaient long sur l’espoir de ces nouvelles perspectives puis la fierté d’avoir voté et réussi ! Bravo !

 

Brigitte, Gramercy Park

J’étais avec mes filles à étudier le CNED quand j ai entendu des cris par la fenêtre. J’ai appelé mon mari, ouvert la fenêtre, et de nouveau comme en mars, avril, mai et juin, j’ai ressorti une casserole et une cuillère en bois et, mes enfants et moi, avons crié notre joie. Mon voisin de dessous nous a rejoints dans notre concert. Puis nous avons été à Union Square, les voitures klaxonnaient, les gens criaient leur joie. Il y a quatre ans, c’était le silence sur Union Square. Une journée d’espoir. Un temps magnifique. Une Amérique unie.

 

Shaan Couture

©️Shaan Couture

 

Greg, ancien expatrié à Cincinnati

Tout d’abord, avant de parler de l’élection, je souhaite préciser que j’ai vécu aux États-Unis en 2018 et en 2019. J’ai pu voir la satisfaction des Américains par rapport à leur président Donald Trump. Les Français, pour la plupart, ne disent que du mal de Trump, mais quand vous allez aux USA vous vous rendez compte d’une réalité complètement déformée. J’ai donc davantage aimé Trump et c’est une des raisons pour lesquelles je le soutiens sans faille durant cette élection. Pour moi, cette élection est loin d’être terminée. Ce n’est que le début d’une bataille judiciaire. Je suis optimiste pour la suite. Quant à ce qu’il s’est passé ces derniers jours, je suis écœuré par l’acharnement des médias à l’encontre de Trump et des fraudes. On cherche à descendre Trump parce qu’il est anti-mondialisation, anti-système. Il a fait ses preuves en quatre ans, il a relevé l’économie américaine comme aucun président ne l’avait fait avant lui. Plein emploi avant la crise du covid et les chiffres ne mentent pas. Sur le plan international, aucune guerre contrairement à ses prédécesseurs ! Trump est là pour le bien commun et pour servir son pays. America first ! Il aime vraiment bien son pays et tous les citoyens américains sans exception, il est patriote et non-raciste ! Et je trouve ça bien dommage que beaucoup de personnes n’aient pas voté pour Biden, mais contre Trump. Je pense que si Biden prend ses fonctions le 20 janvier, beaucoup de personnes regretteront leur choix dans quatre, et même bien avant. Comme je l’ai dit, rien n’est perdu, Trump peut toujours gagner. La victoire de Biden n’est pas officielle, elle a seulement été annoncée par les médias.

 

Catalina, Colombienne, ancienne parisienne installée aux États-Unis

Je suis née en Colombie, pays de peu d’opportunités et de beaucoup violence. Depuis toute jeune, je rêvais de vivre à l'étranger. J'ai fait mes études à La Sorbonne et j'ai travaillé dans cette belle ville : Paris. Peu après, j'ai découvert le socialisme qui consomme la France. 

Une partie du problème est l'immigration, un gros problème, car la plupart sont venus pour profiter des aides de l'état. J’ai vite compris que le mot « gratuit » n'existe pas, il y toujours quelqu'un en train de payer. Et ce sont les gens qui travaillent qui payent pour ceux qui ne veulent pas travailler. J’ai alors commencé à chercher un pays qui défend les libertés et pas les aides sociales. Ma maman habite aux États-Unis, et j'ai décidé donc de la rejoindre. Ici, tout le monde travaille. La différence entre ici et la France est énorme ! Plus tu travailles aux États-Unis et plus vite tu vas conquérir ton «  american dream »

Par contre, il y aussi des gens qui défendent le socialisme, c'est alors que je suis devenue supporter de Trump. Un monsieur qui pouvait profiter de sa retraite, de sa famille et de ses millions. Il aime tellement son pays qu’il a décidé de se battre pour ces libertés, pour défendre la Constitution, pour défendre la vie, respecter les militaires, la police et les vétérans, sans créer aucune guerre internationale. Tout au contraire, il a signé la paix entre les pays d'Orient alors que cela n’avait jamais été envisagé auparavant.  Donald Trump connaît très bien le capitalisme et il sait bien le défendre et le développer. C’est d’ailleurs pour cela qu’avant le Covid, le pays avait une économie extraordinaire. 

Beaucoup veulent l'arrêter, moi, je suis pour lui et je le défends, car c'est le seul à protéger notre avenir. Ce qui m'inquiète le plus dans ces élections, ce n’est pas de voir perdre mon candidat, mais c'est de perdre la démocratie de ce pays. Personne ne peut s’attendre à des élections tordues aux États-Unis. C'est une honte que ça se passe ici. C'est un groupe criminel organisé depuis des années, et il va être très difficile de tout éclaircir, mais la vérité va gagner. 

Je garde espoir que les États-Unis restent ce pays fort et le symbole de la liberté. 

 

Michaël, Français de Miami

Cette élection est une mascarade ! Depuis quand les médias corrompus décident de qui est élu, c’est tout simplement scandaleux et ça montre bien que ce pays est devenu socialo-communiste en l’espace de quelques heures avec des journalistes et des patrons de presse sous la coupe des démocrates : les Obama, Clinton et compagnie !

Heureusement que Donald Trump ne se laissera pas faire et ne se fera pas voler son élection. L’élection a été truquée, et Trump le savait depuis longtemps que ça arriverait. La Cours suprême lui donnera raison parce qu’il a des preuves qu’on a compté des voix de gens décédés et il gouvernera pour quatre années de plus ce beau pays. Il y a assez d’immigrés aux États-Unis, ce n’est pas la peine de faire venir tous ces Mexicains violeurs et voleurs ! Seul Trump peut empêcher ça ! Et j’espère que sa fille ou l’un de ses fils prendra le relais en 2024.

 

Arnaud*, Las Vegas

Je pense que la communauté française de Las Vegas doit avoir des opinions politiques différentes de celle de New York. Ici, beaucoup d'entre nous supportent Donald Trump. Car on a vu les bienfaits économiques qu'a apportée sa politique ainsi que les baisses d'impôts nous permettant d'avoir un niveau de vie plus élevé. Je pense que cette élection est une blague. J'ai pu constater de nombreuses irrégularités. Un de mes amis n'a pas eu le droit de rentrer dans le bureau de vote avec un masque Trump alors que toutes les personnes qui y travaillent, portaient un masque Biden. Un couple d'amis s'est entendu dire qu'ils avaient déjà voté par courrier lorsqu'ils se sont présentés au bureau de vote alors que cela était faux. Cela fait dix ans que je vis aux USA et je trouve que ce n'est plus le pays dont je suis tombé amoureux. Même si je pense que le confort de vie y est bien supérieur à celui de la France. Avec un peu de chance, Biden sera bloqué par le Sénat et n’aura pas de marge de manœuvre. 

 

Notre édition précise que le contenu des témoignages n’engage que ceux qui les ont énoncés. En l’état, aucune preuve de fraude n’a été juridiquement apportée ou reconnue, comme l’estime le clan Trump.

Nous précisons, par ailleurs, que très peu d’électeurs pro-Trump ont donné suite à nos demandes de témoignages ce qui explique le déséquilibre entre les différentes prises de parole.

 

 

* Le prénom a été changé pour une raison d’anonymat

 

Shaan couture

©️Shaan Couture

 

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
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