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Criminalité à New York : pourquoi les chiffres sont au plus bas depuis 30 ans ?

Alors que New York a enregistré en 2025 l’un de ses plus faibles nombres d’homicides depuis les années 1960, le sentiment d’insécurité demeure chez les habitants. Une contradiction mise en lumière par le dernier rapport du Council on Criminal Justice. Décryptage avec le criminologue Alexis Piquero.

Scene de crime Scene de crime
Écrit par Patrice Ajavon
Publié le 3 mars 2026, mis à jour le 23 mars 2026

 

New York, longtemps symbole des grandes villes marquées par une criminalité élevée, semble rentrer dans un tournant historique. Selon les dernières analyses du Council on Criminal Justice, organisme indépendant qui étudie l’évolution des crimes aux États-Unis, les violences sont en nette baisse depuis la fin de la crise COVID.

En 2025, la Big Apple a enregistré seulement 307 homicides, contre plus de 2.200 en 1990 et 462 en 2020. Pour comprendre les raisons de cette évolution et ses limites, nous avons interrogé le criminologue Alexis Piquero, qui a participé à l’analyse de ces données. Il décrypte les facteurs historiques, sociaux et politiques à l’origine de cette baisse tout en apportant des éléments de réponse sur le sentiment d’insécurité qui persiste chez les New-Yorkais.

 

Une ville historiquement marquée par la violence

Pendant plusieurs années, New York a symbolisé les difficultés des métropoles américaines face à la criminalité. Narco-trafic, vols et violences rythmaient le quotidien de nombreux quartiers, notamment dans les années 1980 et 1990. La forte densité de population a grandement contribué à cette tendance : « Ce qui rendait New York unique, c'était la taille de sa population et donc le nombre de criminels et d'événements criminels comparés à ceux des autres villes américaines », explique le criminologue. 

 

« Nous commençons à observer les prémices d'une baisse durable de la criminalité, non seulement à New York, mais aussi dans de nombreuses villes américaines. »

 

Une chute spectaculaire depuis la pandémie

Après un pic de violence observé pendant la crise sanitaire, la tendance s’est nettement inversée. Depuis 2022, les chiffres montrent une baisse continue des crimes violents, en particulier des homicides. En 2025, New York n’a comptabilisé que 307 meurtres, contre 462 en 2020. « C’est stupéfiant quand on sait que New York comptait 2.245 homicides en 1990 », souligne Alexis Piquero. Pour le criminologue, cette amélioration ne relève pas d’un simple phénomène temporaire. Elle serait le résultat d’une combinaison de facteurs sociaux, institutionnels et urbains. « Nous commençons à observer les prémices d'une baisse durable de la criminalité, non seulement à New York, mais aussi dans de nombreuses villes américaines. »

 

Police

 

Parmi les principales causes identifiées, Alexis Piquero explique que le renforcement des patrouilles de police a permis de concentrer les efforts sur les zones à forte criminalité et sur les individus les plus violents. Le spécialiste fait ici écho au plan d’action mis en place par l’ex-maire Eric Adams suite à la mort de deux policiers abattus en 2022. Parallèlement, les programmes de prévention et d’intervention sociale, suspendus pendant les premières années de la pandémie, ont progressivement repris, apportant un soutien aux populations les plus vulnérables et réduisant les risques d’acte criminel.

Le criminologue souligne également l’importance des initiatives d’aménagement urbain : la rénovation et l’embellissement des espaces publics, l’éclairage et la sécurisation des rues contribuent à diminuer la criminalité en rendant les quartiers moins propices aux délits. Autant de facteurs qui, combinés, expliquent la tendance à la baisse observée à New York et dans d’autres grandes villes américaines.

 

« Il n’y a absolument aucun lien entre l’immigration et la criminalité. »

 

Immigration et criminalité : une idée reçue démentie

Dans un contexte politique parfois tendu, la question du lien entre l’immigration et l’insécurité revient régulièrement au sein du débat public. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump et son gouvernement ont considérablement augmenté le budget du département de la sécurité. Les opérations menées par la police de l’immigration (ICE) sont ainsi devenues l’une de leurs priorités. Pourtant, les données sont sans équivoque. « Il n’y a absolument aucun lien entre l’immigration et la criminalité. Les immigrés commettent moins de crimes que les Américains de naissance », affirme Alexis Piquero. Le criminologue précise s’appuyer sur de nombreuses études et sources statistiques confirmant ce constat. Une réalité qui contraste fortement avec certains discours politiques.

 

Les New-Yorkais se sentent toujours en insécurité

Malgré l’amélioration des indicateurs, les sondages montrent que de nombreux habitants continuent de percevoir la ville comme dangereuse. Un décalage entre les chiffres et le ressenti que l’expert explique par la médiatisation des faits divers. « La perception met du temps à refléter la réalité. Le public est souvent exposé à des vidéos de crimes et choisit certains médias pour s'informer. » Les réseaux sociaux amplifient la diffusion d’images violentes, créant un sentiment d’insécurité permanent, même lorsque les statistiques sont en baisse. Malgré cela, Alexis Piquero observe une évolution progressive de l’opinion publique, grâce à la publication de données officielles confirmant une diminution réelle des crimes aux États-Unis.

Si la tendance actuelle se maintient, New York pourrait bien entrer dans une nouvelle phase de son histoire sécuritaire. Reste un défi majeur : réconcilier la réalité statistique avec le ressenti des habitants. Car au-delà des chiffres, la sécurité relève aussi de la confiance collective. Récemment élu, Zohran Mamdani aura la lourde tâche de poursuivre cette évolution vers une ville plus sûre.

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