Dans le cadre de la campagne des élections consulaires, nous donnons la parole aux têtes de liste pour la 9e circonscription des Etats-Unis. Jean-Philippe Berteau se présente pour la liste La gauche unie des socialistes, écologistes et démocrates au service des Français.es.


Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
Je suis Jean-Philippe Berteau, j’ai 46 ans, je suis Français de New York depuis douze ans. Je suis né à Bordeaux dans une famille ouvrière originaire des Charentes, où j’ai grandi dans une culture de solidarité, d’engagement associatif et d’attention aux plus fragiles. Professeur des universités et docteur en biomécanique, je dirige aujourd’hui une équipe de recherche en ingénierie biomédicale, après avoir travaillé en Allemagne et à Boston. Je participe à la vie associative des Français de New York et des États-Unis autour d’initiatives liées à la science, en tant qu’un des administrateurs de la Diaspora Française scientifique à l’international, ainsi qu’à la démocratie et à la justice sociale, en tant que membre de Français du monde ADFE. J’organise également des projections et des débats avec le collectif “Très Bons Documentaires”.
Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?
Les conseillers sont consultés sur la gestion du budget et sur toute question concernant les Français établis dans la circonscription et relative à la protection sociale et à l'action sociale, à l'emploi, à la formation professionnelle et à l'apprentissage, à l'enseignement français à l'étranger et à la sécurité. Pour moi, c’est avant tout une mission de service public de proximité. Si je devais résumer la fonction en trois mots, ce serait: représenter, conseiller, accompagner. Représenter la communauté française auprès des autorités consulaires, et s’assurer que ses problèmes sont bien entendus. Conseiller la prise de décision dans l’attribution des bourses scolaires et associatives, sur lesquelles le conseil consulaire que forment ces conseillers formule un avis. Enfin, et c’est certainement pour moi la mission la plus essentielle, accompagner et informer chaque Français qui en fait la demande dans ses démarches et ses relations avec l’administration. En effet, ce mandat produit des effets concrets quand il est vraiment investi — Annie Michel, conseillère sortante et numéro 2 de notre liste - en est la preuve avec plus de 4 500 demandes traitées en quatre ans, dont 250 dossiers de retraite. L'enjeu, c'est le niveau d'implication de celles et ceux qui l'exercent.
Comment avez-vous constitué votre liste ?
L'objectif était de présenter une offre large, capable de représenter la diversité des Français de la circonscription — New York, New Jersey, Connecticut, Bermudes.
Notre liste comprend une grande diversité de profils : certains candidats ont moins de 30 ans, d’autres vivent depuis des décennies à New York et ont une connaissance fine de la circonscription et de ses habitants français. Qu’ils travaillent ou aient travaillé dans le secteur privé et du secteur public, à l’ONU, dans le monde de l’éducation, du journalisme ou du transport, ils apportent tous des expériences de vie différentes, car ils sont aussi parents d’élèves, acteurs du monde associatif, citoyens engagés. Notre liste est ancrée dans le mouvement associatif, avec le soutien officiel de Français du Monde-ADFE, association reconnue d'utilité publique.
C'est aussi une liste qui comprend des socialistes, des écologistes, des démocrates — mais aussi des personnes loin des étiquettes partisanes, qui se reconnaissent dans les valeurs de la République : une et indivisible, universelle, humaniste, loin des radicalismes de tout bord. C'est pour cela que le PS, les Écologistes-EELV, le Parti radical de gauche et la Gauche républicaine et socialiste nous soutiennent sous le label de la Gauche Unie. C'est donc une liste de rassemblement que nous présentons, mais pas de consensus mou, nous avons des propositions précises guidées par notre souci de justice sociale et écologique. Chacun y est pour contribuer, pas pour figurer.
Ne pas voter aux élections consulaires, c'est comme ne pas voter aux municipales
Pourquoi est-il important pour les Français de l’étranger de prendre part à ces élections consulaires ?
Cette élection est essentielle pour les Français car elle leur permet d’élire des représentants de proximité de qualité. Leurs élus nationaux, notamment à l’Assemblée nationale, sont nécessairement éloignés du terrain, retenus par leurs responsabilités à Paris. Or nous avons la conviction que choisir des élus qui partagent leurs valeurs fait une grande différence. Prenez les subventions aux associations : nous voulons rendre le processus d’octroi plus simple et mieux orienter les subventions vers des projets de défense de l’environnement, qui sont très peu subventionnés aujourd’hui. Nous encourageons aussi les Français à exercer tout simplement leur droit le plus fondamental, qui est celui du droit de vote : ne pas voter aux élections consulaires, c'est comme ne pas voter aux municipales — c'est renoncer à choisir ceux qui traitent ces sujets au quotidien.
Pour autant, il faut se rendre à l’évidence : cette élection est encore mal connue et mobilise peu nos concitoyens. Le faible taux de participation est préoccupant et fait d’ailleurs partie d’un des axes de notre campagne. Nous avons déjà réalisé plusieurs réunions d’information et d’échange dans différents quartiers de New York (Midtown, Upper West Side, Union Square ) et continueront à aller à la rencontre des françaises et des français au mois de mai en organisant des événements locaux, qu’ils habitent à Brooklyn (Gowanus le 6 Mai, Williamsburg le 28 mai), Upstate (Mamaroneck le 13 Mai) ou dans le New Jersey (Princeton le 11 mai).
Si nous sommes élus, nous agirons sur trois leviers pour remédier au manque de participation dans la durée : la pédagogie, en proposant aux établissements scolaires de nous accueillir pour des sessions d'information ; la présence, sur le terrain dans les associations et les réseaux professionnels ; et la preuve par l'action — en poursuivant notre aide avec des permanences régulières en ligne ou en présentiel. Notre conviction : on ne lutte pas contre l'abstention par des slogans, mais en devenant un relais utile, identifiable et présent.
Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Le principal défi, c'est l'accès aux droits dans un contexte complexe : éloignement géographique, systèmes administratifs multiples, inégalités d'accès à l'information et à l'éducation en français. Beaucoup de Français passent à côté de dispositifs auxquels ils pourraient prétendre, ou d'opportunités qu'ils ne connaissent pas.
Ce défi est aggravé par le fait que la France appréhende mal la réalité vécue par ses ressortissants à l'étranger. Les politiques publiques restent souvent conçues de manière centralisée, sans tenir compte des spécificités locales — coût de la vie, accès aux soins, éducation.
Faute d'accompagnement institutionnel, les Français s'organisent par eux-mêmes. C'est le cas des after-schools en français : notre colistier Pierre Losson en a monté un à Harlem, en se battant pour faire vivre l'accès au français pour ses enfants et ceux de son voisinage. Ce sont ces initiatives que nous devons soutenir et aider à développer.
Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme pour ces élections ?
Notre liste s’engage en faveur de 5 sujets majeurs:
- Faire de l’éducation bilingue et des cultures francophones une priorité.
Il faut adapter les bourses scolaires aux réalités américaines, mais également renforcer le développement et l’accès à un système public local bilingue de qualité, pour que nos enfants puissent grandir dans la circonscription ou revenir en France en cours de scolarité. Pour ce faire, la certification d’enseignants français en nombre suffisant et le soutien des associations (FLAM) et des institutions publiques (CNED) sont fondamentales. Cette démarche éducative se doit également de mettre en valeur et promouvoir la diversité et la richesse culturelle des associations francophones présentes dans notre circonscription. Nous souhaitons également faciliter les candidatures sur Parcoursup avec des sessions d'informations ouvertes à tous les lycéens au consulat.
- Garantir l’accès aux droits et à la sécurité pour tous.tes
Que l’on vive à l’étranger pour toujours, que l’on décide de rentrer, ou que nos parcours de vie soient faits d’allers-retours, nous avons besoin de sécurité physique, mais aussi sociale, psychologique et médicale. Les contraintes budgétaires françaises et la folie financière du système de santé américain ne peuvent pas être ignorées, mais nous pouvons faire plus pour la continuité de nos soins et de nos droits. Nous nous battrons contre les délais de carence au retour et l’iniquité des certificats de vie. Nous défendrons l’obtention d’une carte vitale des retraités et informerons plus largement nos concitoyens des dispositifs de solidarité existants (comme la catégorie 3 aidée de la CFE), mais également des dispositifs de télémédecine pertinents. Nous soutiendrons la mise en place d’un guichet unique de la CNAM et de la CNAV (Caisses nationales d’Assurance Maladie et de Vieillesse) pour les français de l’étranger.
- Réunir la communauté française autour de la lutte contre la crise climatique
Beaucoup d’initiatives locales publiques ou associatives (américaines, françaises ou étrangères) méritent un véritable coup de projecteur, et proposent parfois des visites de terrain. Nous voulons mettre en lumière et diffuser les initiatives locales écologiques, mais aussi soutenir les associations environnementales bénéficiaires de subventions STAFE (Soutien au tissu associatif des Français à l'étranger). Nous défendons la mise en place d'un protocole d'urgence climatique pour les Français·es en situation de vulnérabilité - en particulier nos aîné·es - lors d'événements extrêmes (canicules, ouragans, inondations) : cellule de crise activable, réseau de solidarité communautaire et liste de contacts prioritaires sur le modèle des dispositifs existants en France, en partenariat avec les OLES (Organismes Locaux d'Entraide et de Solidarité).
- Revitaliser les services consulaires et la participation démocratique
De nombreux services publics ont été dématérialisés ou re-centralisés en métropole, alors que nos concitoyens ont besoin de réponses spécifiques à des sujets variés (passeports, adoptions, retraites, aide sociale, etc.). Nous nous engageons à demander un véritable service consulaire de proximité pour mieux servir la communauté française. Il en va en particulier de l’inclusion de nos aînés, souvent déroutés - voire désemparés - face à la digitalisation des services publiques.
Nous nous battrons également pour accroître la participation électorale en défendant à la fois l’augmentation du nombre de bureaux de vote.
Enfin, il nous tient à cœur de renforcer la visibilité dans l'attribution des subventions aux associations, en établissant une charte éthique et en demandant de la pédagogie dans le refus des subventions.
- Soutenir la diversité du tissu économique français
Tandis que les multinationales disposent de réseaux dédiés et d'importants moyens, les PME françaises de la circonscription ont besoin de soutien. Nous relaierons leurs besoins auprès du consulat et encouragerons leur recours au Volontariat International en Entreprises. Parallèlement, nous défendrons un accès démocratisé au dispositif, en particulier pour les candidats issus de formations courtes et professionnelles comme dans la restauration.





















