Les déclarations répétées de Donald Trump sur un possible retrait des États-Unis de l’OTAN ravivent les interrogations sur l’avenir de l’Alliance. Cette perspective est encore incertaine, tant sur le plan juridique que géopolitique. Décryptage.


Menace réelle ou simple moyen de pression ? Si un départ américain de l’OTAN reste théoriquement possible, sa mise en œuvre semble bien plus complexe dans les faits. Afin de mieux comprendre ces enjeux de défense et de géopolitique, deux experts, Amélie Zima et Martin Quencez, apportent leur éclairage sur les marges de manœuvre de Washington et les conséquences hypothétiques d’une telle décision.
Qu’est-ce que l’OTAN ?
L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une alliance politico-militaire fondée le 4 avril 1949 à Washington. Cette alliance militaire naît durant le blocus de Berlin à l’initiative de douze États pour faire face à la menace soviétique. Les États fondateurs sont : les États-Unis, le Canada, le Danemark, la Belgique, la France, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni. L’un des principaux fondements de cette organisation repose sur l’article 5 qui stipule que si un pays de l’OTAN subit une attaque armée, chaque autre membre de l’Alliance considérera cet acte comme une attaque dirigée contre l’ensemble des membres et prendra les mesures qu’il jugera nécessaires pour venir en aide au pays attaqué. Aujourd’hui, l’organisation compte 32 membres et son siège est situé à Bruxelles.

Pourquoi Donald Trump souhaite-t-il quitter l’OTAN ?
Les États-Unis sont à la tête de cette grande alliance militaire. Dès sa création, les pays européens ont largement compté sur la puissance américaine pour assurer leur sécurité. Mais outre leur capacité de défense impressionnante, les États-Unis sont de loin l’état qui contribue le plus au financement de l’OTAN : « Les États-Unis, dans leur budget de défense, contribuent à hauteur de 75 % du budget total de la défense de l’OTAN », détaille Martin Quencez, directeur général des risques géopolitiques et stratégie du German Marshall Fund des États-Unis (GMF). Une participation inégale qui alimente depuis plusieurs années les critiques américaines sur la contribution à la défense des alliés.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump multiplie les pressions pour que les pays européens augmentent leurs dépenses militaires, allant jusqu’à réclamer un objectif de 5 % du PIB. Une exigence largement jugée irréaliste par plusieurs États membres. Dans ce contexte, les tensions se sont accentuées en particulier depuis le lancement de l’opération militaire israélo-américaine en Iran. Cette dernière a été menée sans concertation avec les alliés qui ont ensuite refusé de se joindre aux forces américaines. Dans une interview accordée au Telegraph, Donald Trump a déclaré qu’un départ de l’OTAN était désormais “irrévocable”.
Aux côtés de plus de cinquante pays, nous portons une initiative pour la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. pic.twitter.com/WJGikHSfkt
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 17, 2026
Est-ce qu’un départ américain de l’OTAN est envisageable ?
Sur le plan juridique, un retrait des États-Unis est bien possible. Le traité de l’Atlantique Nord autorise un État membre à quitter l’Alliance de manière unilatérale. Mais dans les faits, la situation est plus complexe. « Le Congrès a durci les procédures […] le président américain doit avoir l’accord du Congrès pour quitter l’OTAN », explique Amélie Zima, responsable du programme sécurité européenne et transatlantique à l'IFRI. Autrement dit, Donald Trump ne peut pas décider seul d’un tel retrait. Cette décision est aussi politique : « Si le président américain déclare qu’il ne défendra pas un allié, dans les faits, c’est quasiment équivalent à une sortie de l’OTAN », souligne Martin Quencez. Les États-Unis peuvent ainsi rester formellement dans l’Alliance tout en s’en éloignant concrètement.
« Il y a une sorte de schizophrénie américaine concernant l'OTAN.»
- Amélie Zima, responsable du programme sécurité européenne et transatlantique à l'IFRI -
Au-delà des aspects juridiques, un départ américain fragiliserait profondément l’Alliance, qui perdrait sa principale puissance militaire. Mais ce retrait aurait aussi des conséquences directes pour Washington. « Avoir un pied en Europe permet d’asseoir leur puissance. […] C’est comme une sorte de porte-avions continental », souligne Amélie Zima. Un départ affaiblirait donc la capacité des États-Unis à projeter leur puissance à l’échelle mondiale. Il remettrait également en cause un réseau d’alliances stratégique. En quittant l’OTAN, Washington pourrait perdre jusqu’à 31 partenaires, tout en s’exposant à un isolement diplomatique.
Dans ce contexte, la menace de retrait fait aussi office de moyen de pression. « Il y a une sorte de schizophrénie américaine », analyse la chercheuse. Malgré des discours très offensifs, les États-Unis continuent d’occuper des postes clés au sein de l’Alliance et ne se sont pas concrètement désengagés de ses structures.
Quelles conséquences pour l’Europe en cas de retrait des États-Unis ?
Un retrait américain aurait des effets immédiats sur la sécurité européenne. Privés du soutien de leur principal allié, les pays européens devraient combler rapidement plusieurs lacunes. En effet, l'Europe souffre d'un déficit en matière de renseignement mais aussi, en termes de commandement et de contrôle. Sur le plan géopolitique, un tel départ enverrait également un signal de fragilité. « Cela peut envoyer à la Russie le signal que l’unité occidentale s’effrite, l’encourageant à tenter une nouvelle offensive.», explique Amélie Zima. Un affaiblissement du camp occidental qui pourrait raviver certaines tensions.
Pour autant, un retrait des États-Unis ne signifierait pas la fin de l’OTAN. L’organisation pourrait continuer à fonctionner avec les autres États membres. Les pays européens disposent également d’autres leviers, comme l’Union européenne, pour renforcer leur coopération en matière de défense. Il est important de nuancer un point : une sortie de l’OTAN ne signifierait pas nécessairement un départ total des États-Unis du continent européen. Les Américains disposent déjà de nombreuses bases et accords avec plusieurs pays européens, qui pourraient perdurer même en cas de retrait de l’Alliance.
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