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MUSIQUE - Lorenzo Gatto : "Quand je ne joue pas, je me sens mal"

Lorenzo Gatto est un violoniste d'exception. Deuxième Prix et Prix du public au prestigieux Concours musical international Reine Elisabeth 2009, premier Prix et Prix du Public au Concours international RNCM de Manchester, premier prix au Concours International Andrea Postacchini en Italie, il a joué en autres avec le BBC Philharmonic orchestra, l'Orchestre national de Belgique, l'Orchestre royal philharmonique de Flandres, l'Orchestre philharmonique de Luxembourg, etc. Lepetitjournal.com l'a rencontré avant le concert qu'il donne ce soir dans le cadre des Belgian Days (programme et inscriptions sur www.belgium.pl)

lepetitjournal.com - A 22 ans, vous avez déjà remporté les plus grands prix, joué avec les meilleurs musiciens, dans les lieux les plus prestigieux. Qu'est ce que l'ont peut souhaiter après cela ?
Lorenzo Gatto - C'est vrai que j'ai atteint la plupart de mes objectifs. Je suis très heureux de faire ce que je fais. Mais être sur scène, ce n'est pas tout. Il faut trouver l'équilibre entre jouer et enseigner. Et il y a encore beaucoup de gens que j'aimerais rencontrer. Je ne peux même pas les citer car il y en aurait trop ! Rencontrer de nouveaux artistes est très important. Mais c'est tout aussi important de jouer avec des musiciens de confiance: avec Eliane (Reyes) nous nous connaissons depuis longtemps. Nous nous entendons très bien en privé et musicalement. Nous avons une très bonne écoute mutuelle et nous nous comprenons. C'est très important de jouer avec quelqu'un de confiance surtout quand on passe des épreuves très lourdes, notamment des concours (NDLR: Lors de la finale du concours international Reine Elisabeth, les candidats sont coupés de tout contact extérieur pendant une semaine). Cette relation de confiance est fondamentale.

Certains artistes ont une relation très étroite avec leur instrument. Et vous ?
C'est vrai qu'un instrument, on s'y attache. Il faut l'apprivoiser et c'est un processus qui peut prendre du temps. On met des mois voire parfois des années avant d'en découvrir tout le potentiel et de le maîtriser tout à fait. L'une des difficultés tien au fait que les instruments sont souvent prêtés pour une durée limitée. Le Vuillmeau sur lequel je joue actuellement m'a été prêté il y a un an. L'instrument me pousse à approfondir ma connaissance de la musique et de l'instrument, il est source d'inspiration. Je l'ai avec moi 90% du temps. Il fait partie de moi, de mon quotidien. Je n'ai pas cette relation intime qu'ont parfois les musiciens avec leur instrument, mais c'est vrai que je l'emmène presque partout où alors il faut vraiment que je sois dans un endroit très reculé pour ne pas l'emmener, comme un refuge de montagne pendant une randonnée! Mais quatre jours de séparation, c'est vraiment le maximum!
Je travaille 6 ou 7 heures par jour, un peu moins en période de concert. Bien sûr je m'accorde aussi des vacances, mais en général, je joue au moins une heure par jour. Sinon, je me sens mal, je culpabilise.

Comment considérez-vous votre vie de violoniste ?
Le violon est vraiment une passion. Violoniste pour moi, ce n'est pas vraiment un métier et c'est une chance. C'est une passion qui est venue tardivement et qui grandit chaque jour. J'ai commencé le violon parce qu'un ami en jouait et je trouvais ça chouette. J'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont poussé à travailler mais sans pour autant devenir tyranniques, comme on en voit parfois. Je jouais 1 heure par jour, j'allais à l'école, j'avais des amis, une vie sociale?
Je ne suis pas issu d'une famille de musiciens. Mon père est un grand mélomane, mais pas musicien. Il s'est mis au violoncelle en même temps que nous pour nous accompagner. Bizarrement, dans ma famille, c'est une activité qui touche surtout les hommes : mon père, mon frère et moi. Ma s?ur était plus rebelle vis-à-vis de la musique ! Je suis très reconnaissant à mes parents de leur encouragement car je suis très heureux de faire ce que je fais.

Si vous n'aviez pas été violoniste ?
Je crois que j'aurais été pilote. Petit, mon rêve était d'être pilote de chasse. Mais je ne regrette absolument pas ! Par contre, c'est un loisir qui m'est resté : j'ai passé ma licence de pilote et je vole dès que je peux. En Belgique, on peut voler en ULM seul dès 16 ans. A peine mon anniversaire passé, j'ai fait mon vol.

Vous vous engagez pour sensibiliser les jeunes à la musique classique, pourquoi ?
La musique classique est très stigmatisée : musique de "vieux schnocks"ou de "snobs"... Avec des amis mélomanes, nous avons eu envie de faire découvrir cette musique car c'est vrai qu'il faut parfois apprendre à l'apprivoiser. Nous nous sommes rendus dans les universités et avons fait des concerts. De là est née une association avec des tournées, des festivals et plus de concerts, toujours pour un public jeune. Et ça marche très bien. Nous faisons des concerts, mais nous essayons aussi de leur conférer une portée plus didactique avec des explications, des supports visuels et même des projections vidéo.

Quelle image avez-vous de Varsovie ?
On appréhende toujours un peu de jouer dans un nouvel endroit devant un public qu'on ne connaît pas. En même temps, c'est stimulant. Je suis venu en Pologne il y a un an déjà lors d'un festival à Czestochowa. Mais il y avait eu une très bonne ambiance. Du coup, je suis assez content d'être à Varsovie. C'est sûr qu'on a beaucoup d'a priori sur la Pologne, on a toujours un peu peur de ce qu'on va y trouver. Mais ce dernier séjour m'avait agréablement surpris et je suis content d'y revenir.

CONCERT
Avant de conclure l'entretien, nous avons demandé à Lorenzo Gatto et Eliane Reyes la pianiste de nous parler des morceaux qu'ils interpréteront ce soir

W.A. MOZART (1756-1791) : Sonata for piano and Violin in Bb major KV 454
Eliane Reyes - Nous sommes tous deux de grands fans de Mozart, d'autant que j'ai fait des études à Salzbourg et Lorenzo à Vienne en Autriche. C'est un morceau qui se joue à parts égales entre le piano et le violon.
Lorenzo Gatto - Mozart aime faire des pieds de nez, il parle de tout, presque toujours avec bonne humeur et légèreté. C'est un compositeur avec lequel ne peut pas impressionner avec des moyens techniques. Ce n'est pas un hasard s'il fait toujours partie des programmes imposés dans les concours.

César FRANCK (1822-1890) : Sonata for violin and piano
Lorenzo Gatto - Franck, c'est le Beethoven de Belgique. Ce morceau est une grande sonate. C'est l'un de mes compositeurs favoris du moment
Eliane Reyes - C'est un morceau très romantique avec beaucoup de matière pour le piano qui pour une fois vole un peu la vedette au violon ! C'est également une des plus difficiles de son répertoire.

C. SAINT-SAENS (1835-1921) : Havanaise op.83
P. TCHAIKOVSKY (1840-1893) : Valse Scherzo op. 23

Lorenzo Gatto - Ce sont deux "show pieces"comme on dit dans notre jargon. La Havanaise, c'est une sorte de Carmen, très sensuel. La Valse de Tchaïkovski est un morceau très classique.

E. GRIEG (1843-1907) : Sonata no.°3 for violin and piano
Lorenzo Gatto - C'est une sonate romantique décadente;un morceau très classique, dégoulinant même de romantisme !
Eliane Reyes - Le deuxième mouvement en particulier est très sensible. Il est très complet et reflète toute une palette d'émotions.

Propos recuellis par Laurence Drier de Laforte. (www.lepetitjournal.com/Varsovie) mercredi 18 novembre 2009

Plus d'infos et vidéos:
Lorenzo Gatto:
www.lorenzogatto.com
Eliane Reyes: www.eliane-reyes.com

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