Arrivé au Québec au début des années 1980 pour étudier, Dominique Morot y a construit une carrière internationale en formant des cadres publics à la gestion de grands projets financés par des institutions multilatérales et bilatérales. Cofondateur de SETYM International, il a contribué à structurer des administrations en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est, avant de s’engager plus récemment dans la vie publique française depuis Montréal. Portrait d’un homme dont la trajectoire professionnelle est guidée par une même idée : transmettre pour rendre les autres autonomes.


« J’ai toujours aimé aider, transmettre, voir les yeux s’ouvrir quand quelqu’un comprend »
Arrivé à l’Université Laval pour un MBA, Dominique Morot ne pensait pas faire du Québec son port d’attache. Après ses études, il repart en France, travaille à Nice, puis s’envole pour l’Afrique comme expatrié. Le Niger, le Mali, les projets agricoles financés par la Banque mondiale : le monde devient son terrain. Montréal, pourtant, restera son ancrage.
« J’ai toujours aimé aider, transmettre, voir les yeux s’ouvrir quand quelqu’un comprend », confie-t-il. Ce fil rouge – former, structurer, accompagner – traverse toute sa vie.
Former plutôt que diriger
À la fin des années 1980, installé entre Québec et Montréal, Dominique Morot cofonde une société de formation en gestion de projets internationaux : SETYM International. L’idée est simple mais audacieuse : au lieu d’envoyer des expatriés occidentaux gérer les grands projets financés par la Banque mondiale ou les agences de coopération internationale, former sur place les cadres nationaux.
À l’époque, les projets sectoriels – santé, éducation, infrastructures – mis en œuvre sur des périodes décennales, représentent parfois plusieurs centaines de millions de dollars. Les procédures sont lourdes, les exigences élevées. « On s’est dit : plutôt que de laisser des coopérants gérer indéfiniment, pourquoi ne pas donner les outils aux fonctionnaires locaux ? »

La démarche est longue. Il faut convaincre les bailleurs de fonds, expliquer, négocier. Puis viennent les premières cohortes : des cadres africains formés à Montréal pendant plusieurs semaines en gestion de projets. Peu à peu, les formations se déploient aussi en Afrique, en Asie, en Europe de l’Est. L’entreprise déploie des centres en Afrique de l’Ouest, en Afrique anglophone (à Dar es-Salaam), en Asie à Kuala Lumpur et en Amérique latine, notamment à Panama. Elle développe même, en partenariat avec l’UQAM, des certifications académiques en gestion des grands projets reconnues par les bailleurs de fonds et les gouvernements.
« Ce qui me rend fier, ce ne sont pas les contrats, ce sont les trajectoires humaines. Voir d’anciens participants devenir directeurs généraux, ministres parfois… C’est là que ça prend tout son sens. »
Il évoque notamment la création d’un bureau de gestion de projets en République démocratique du Congo, structuré autour d’un programme d’un milliard de dollars. « On partait d’un petit bureau. On a construit une organisation. » Pour lui, le développement organisationnel – structurer, clarifier, responsabiliser – est une passion autant qu’un métier.

Montréal comme point d’équilibre
Après plus de vingt-cinq ans d’activité, Dominique Morot vend SETYM en 2014 à un ancien directeur général de la maison, assurant ainsi la continuité de l’entreprise. Il reste quelques années comme consultant. Puis vient le temps du recul.
Montréal demeure sa base. C’est ici qu’il a fondé sa famille, qu’il élève aujourd’hui ses deux filles, et qu’il a tissé ses réseaux. Il garde aussi un lien fort avec la France, notamment l’Auvergne et la région bordelaise où vit une partie de sa famille. « Je suis arrivé pour étudier. Je suis resté par choix. Mais la France, ça reste une part de moi. »
Ce double ancrage – québécois et français – nourrit sa réflexion sur l’évolution des communautés françaises à Montréal, mais aussi sur l’ensemble des Français établis hors de France.
Son parcours international lui donne un regard élargi : Afrique, Asie, Europe de l’Est, Amérique du Nord et du Sud… Partout, il observe des mutations profondes. Les logiques d’installation ont changé, les trajectoires sont plus mobiles, les appartenances plus multiples. « Dans les années 60, on venait pour ne pas repartir. Aujourd’hui, c’est plus fluide. Les gens viennent pour une expérience, parfois pour s’établir, mais la logique a changé. »
Pour lui, cette transformation n’est pas qu’une question sociologique : elle interroge la représentation politique des Français de l’étranger et la manière dont la France continue – ou non – de dialoguer avec ses diasporas.
De l’entreprise à l’engagement
Libéré des contraintes quotidiennes de l’entreprise, Dominique Morot s’engage davantage dans la vie publique française. En 2024, il co-fonde « Votre France », un mouvement qu’il présente comme une plateforme de coordination destinée aux Français établis hors de France.
Ni parti politique classique ni simple comité local, le mouvement se veut un espace d’organisation et de mise en réseau au service des formations politiques qu’il qualifie de « patriotes et souverainistes ». Son objectif : informer les Français d’ici ou d’ailleurs sur des sujets d’intérêt général, favoriser des listes communes, encourager le dialogue entre sensibilités proches pour structurer une présence électorale dans plusieurs circonscriptions consulaires à l’étranger.
Né à Montréal, « Votre France » ne se limite pas au Québec. Le mouvement cherche à essaimer dans différentes communautés françaises hors de France, en Amérique du Nord comme en Asie ou encore en Europe, avec l’idée d’agir là où, selon lui, la dispersion des forces affaiblit leur représentation.
« Ce que j’essaie de faire aujourd’hui, c’est toujours la même chose : aider à structurer, à organiser. Simplement, l’objet change. »
Il envisage de s’engager dans les prochaines élections consulaires dans la circonscription de Montréal, il assume désormais une visibilité plus directe. « Avant, j’étais dans l’ombre, dans la formation en appui aux autres. Aujourd’hui, je prends davantage la parole. Mais le fil conducteur reste le service. »
Une cohérence de vie
Qu’il s’agisse de former des cadres africains à la gestion de projets ou de structurer un mouvement politique, Dominique Morot revient toujours à la même idée : transmettre des outils pour que d’autres puissent agir. « Être utile, c’est ce qui m’a guidé. Si je peux contribuer à ce que des personnes, des organisations ou même un pays se structurent mieux, alors ça vaut la peine. »
À Montréal, ville de carrefours et de trajectoires croisées, son parcours illustre cette tension féconde entre enracinement et ouverture au monde. Une vie consacrée à aider les autres — avant, peut-être, de devoir se confronter directement à la complexité du jeu démocratique.
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