En déplacement officiel les 1er et 2 avril, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, a placé sa visite sous le signe du concret : économie, culture, éducation et lien avec la communauté française. Une séquence dense, révélatrice des priorités actuelles entre la France et le Québec — et des équilibres à construire dans un monde en recomposition.


« La Francophonie, ce n’est pas devoir choisir entre une langue et une autre, c’est les faire dialoguer. » — Éléonore Caroit
Dès son arrivée à Montréal, la ministre donne le ton : multiplier les échanges pour faire vivre une francophonie à la fois économique, académique et culturelle. Derrière la densité du programme, une intention claire — faire de la langue française non seulement un héritage, mais un levier d’influence.
La journée s’ouvre par un petit-déjeuner consacré à la francophonie économique, réunissant acteurs d’affaires et représentants du commerce extérieur. Dans un contexte de recomposition des échanges internationaux, il s’agit d’ancrer le français comme langue d’opportunités, capable de structurer des réseaux économiques durables.

La séquence éducative et universitaire s’impose ensuite comme un autre pilier. Au Collège Stanislas puis avec des étudiants et chercheurs de l’Université de Montréal et de l’UQAM, les discussions se concentrent sur un enjeu devenu central : la découvrabilité des contenus francophones à l’ère numérique. Derrière ce terme, une question de souveraineté culturelle — comment exister face à des plateformes globales qui imposent leurs propres logiques linguistiques.

À la Résidence de France, entrevue médiatique, déjeuner culturel et rencontres informelles viennent compléter cette première journée. La ministre y croise des figures du monde artistique et intellectuel québécois, dans une atmosphère mêlant réflexion stratégique et diplomatie culturelle, où l’influence se joue autant dans les idées que dans les réseaux.
Dialogue institutionnel et ancrage local
La visite prend une dimension plus institutionnelle avec un passage au Consulat général de France à Montréal. La ministre y échange avec les équipes consulaires, mais aussi avec les élus consulaires de la 4e circonscription, dans un moment de travail centré sur les réalités concrètes de la communauté française.

Ces échanges permettent d’aborder directement les enjeux du quotidien : accompagnement des Français de l’étranger, accès aux services, attentes vis-à-vis de l’action publique. Un dialogue essentiel, à hauteur de terrain, qui rappelle le rôle structurant de ces élus dans le lien entre l’administration française et les Français établis au Québec — et, en creux, l’importance de leur représentation.
La journée se poursuit à la Mairie de Montréal par un échange avec la mairesse Soraya Martinez Ferrada. Au cœur des discussions : la stratégie francophone de la ville et le rôle des grandes métropoles dans le rayonnement du français. Montréal s’affirme ici comme un espace charnière, à la croisée des dynamiques culturelles, économiques et migratoires.
Cette étape illustre un point clé du déplacement : la relation franco-québécoise ne se joue pas uniquement entre États. Elle s’incarne aussi dans les territoires, dans les villes, dans ces espaces où les politiques publiques rencontrent les réalités vécues.
L’après-midi se conclut à l’Alliance Française de Montréal, où la ministre rencontre la communauté française dans un format volontairement ouvert, propice aux échanges directs. Un moment moins protocolaire, mais sans doute l’un des plus révélateurs du déplacement : celui où se croisent parcours individuels, attentes concrètes et réalités du terrain.
Éléonore Caroit à l’Alliance Française de Montréal

Parmi les participants, plusieurs figures clés de la francophonie institutionnelle dans les Amériques sont également présentes. La ministre y échange notamment avec Zahra Kamil, représentante de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour les Amériques, ainsi qu’avec Cécile Martin-Phipps, directrice de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD).
Ces échanges rappellent que la francophonie ne repose pas uniquement sur des principes, mais sur un écosystème d’acteurs engagés, capables de transformer les orientations politiques en actions concrètes.

À Québec, le temps des enjeux stratégiques
Le deuxième jour, à Québec, prend une dimension plus politique et stratégique. Les échanges avec plusieurs ministres québécois — Christopher Skeete, Mathieu Lacombe et Jean-François Roberge — permettent de consolider un partenariat déjà dense, mais désormais confronté à de nouveaux défis.

Les discussions mettent en lumière plusieurs axes majeurs : diversification économique dans un contexte géopolitique incertain, coopération dans des secteurs clés (aéronautique, numérique, énergie), mais aussi défense de la diversité culturelle face aux mutations technologiques.
Un point revient avec insistance : la culture et la langue ne peuvent être considérées comme de simples biens commerciaux. Dans la continuité de la Convention de 2005 de l’UNESCO, France et Québec affichent une volonté commune de renforcer leurs outils face à la montée en puissance des grandes plateformes, qui redessinent les équilibres culturels mondiaux.
Convention de 2005 de l’UNESCO, Éric Lamouroux annonce une avancée majeure

La visite à l’hôtel de ville de Québec et la rencontre avec le maire Bruno Marchand prolongent cette logique territoriale. Là encore, les collectivités apparaissent comme des acteurs essentiels de la relation bilatérale, capables d’incarner concrètement les coopérations.
Une relation dense, tournée vers l’avenir
Au fil de ces deux journées, un fil conducteur se dessine : celui d’une relation franco-québécoise à la fois historique et en transformation. Économie, culture, numérique, mobilité — autant de champs où la coopération s’intensifie, portée par des intérêts convergents mais aussi par une volonté politique affirmée.
La visite d’Éléonore Caroit ne se limite pas à une succession de rencontres protocolaires. Elle met en lumière une réalité plus profonde : la francophonie est aujourd’hui un espace stratégique, traversé par des enjeux économiques, technologiques et politiques majeurs.
Reste une question, en creux : dans un monde où les équilibres culturels et linguistiques se redessinent rapidement, la francophonie saura-t-elle transformer cette densité de relations en véritable capacité d’influence ?
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