Édition internationale

Éric Lamouroux annonce à l’Alliance française de Montréal une avancée majeure

En cette fin de Mars, à l’Alliance française de Montréal, Éric Lamouroux n’a pas cherché l’effet. Voix posée, ton mesuré, propos déroulés sans emphase. Et pourtant, derrière cette apparente placidité, le message était considérable. Le consul général de France à Québec a exposé une avancée décisive dans les négociations internationales : l’intégration du numérique dans la Convention de 2005 est désormais acquise sur le principe. Une annonce presque passée sous le radar — mais qui marque un tournant. Car ce qui se joue ici dépasse le cadre diplomatique : la Francophonie commence à imposer ses règles dans un espace numérique jusqu’ici dominé par les plateformes.

Éric Lamouroux Consul général de France à Québec à l'Alliance Française de MontréalÉric Lamouroux Consul général de France à Québec à l'Alliance Française de Montréal
À l’Alliance française de Montréal, Éric Lamouroux s’adresse au public lors d’une intervention qui marquera la soirée de la Francophonie. Photos LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 1 avril 2026

 

 

« La Francophonie, ce n’est pas seulement une semaine ou un mois : c’est tous les jours. » - Éric Lamouroux

 

La soirée organisée à l’Alliance Française de Montréal, dans le cadre du Mois de la Francophonie, aurait pu rester un moment de célébration culturelle. Elle l’a été — en musique, en rencontres, en convivialité. Mais l’intervention d’Éric Lamouroux en a profondément changé la nature.

Car le consul général de France à Québec n’est pas venu livrer un simple message de circonstance. Il a choisi, dans ce cadre pourtant festif, de partager une information stratégique, presque une annonce : une étape décisive vient d’être franchie dans l’évolution du droit international de la culture.

Un choix fort, qui dit aussi quelque chose du moment.

 

Une avancée décisive déjà acquise

Revenant sur les négociations menées à l’UNESCO, Éric Lamououx ne décrit pas une perspective, mais un basculement déjà engagé.

Vingt-cinq États membres du Comité intergouvernemental, représentant l’ensemble des continents, ont adopté à l’unanimité une recommandation visant à intégrer les enjeux numériques dans la Convention de 2005 sur la diversité des expressions culturelles.

Cette unanimité est tout sauf technique. Dans les mécanismes du multilatéralisme, elle vaut signal politique. Elle fixe une direction, crée un rapport de force, et surtout, elle engage les États parties — près de 180 — appelés à se prononcer lors de la prochaine Conférence des Parties.

 

Parties
En tant que loi internationale, la Convention de 2005 s’applique dans le contexte des règles et procédures des Nations Unies. Tous les pays ayant ratifié la Convention sont appelés « Parties » et forment collectivement la « Conférence des Parties ». Lorsqu’un pays ratifie une Convention, il devient juridiquement lié aux termes et conditions de ladite Convention.

 

Autrement dit : la bataille du principe est déjà remportée.

La séquence à venir, attendue en 2027, ne devrait pas rouvrir le débat, mais en fixer la traduction juridique. Car ce qui a été acté, à ce stade, c’est l’essentiel : la reconnaissance collective que les plateformes numériques doivent désormais être soumises à des exigences de diversité culturelle et linguistique.

Derrière cette avancée, c’est une extension historique qui se dessine. Celle de l’exception culturelle — qui protégeait jusqu’ici les politiques nationales face au commerce international — vers l’univers des plateformes, où se joue désormais l’accès aux œuvres, aux langues et aux imaginaires.

Ce que révèle ce moment, et que le consul a choisi de partager à Montréal, c’est que la Francophonie ne se contente plus de défendre sa place dans le monde. Elle commence à en redéfinir les règles.

 

Eric Lamouroux
Un geste léger, presque distrait.
Sur scène, Éric Lamouroux semble prendre son temps — mais c’est bien un tournant qu’il est en train d’annoncer.


 

Étendre l’exception culturelle à l’ère des plateformes

Ce qui se joue derrière cette évolution est majeur. La Convention de 2005 a permis, pendant vingt ans, de protéger les politiques culturelles nationales face aux logiques du commerce international. Aujourd’hui, le défi a changé de nature.

Les plateformes numériques — streaming, réseaux sociaux, algorithmes de recommandation — sont devenues les principaux organisateurs de la diffusion culturelle. Elles déterminent ce qui est visible, ce qui circule, ce qui existe.

L’intégration du numérique dans la Convention revient donc à étendre ce principe fondateur — l’exception culturelle — à ces nouveaux espaces.

Et cette fois, avec une ambition claire : introduire des éléments contraignants permettant d’imposer aux plateformes le respect de la diversité culturelle et linguistique.

 

Une bataille de visibilité… déjà en train de basculer

Ce que souligne, en creux, Éric Lamouroux, c’est que la bataille n’est plus seulement culturelle : elle est structurelle.

Dans un environnement dominé par l’anglais et par des logiques d’optimisation économique, les contenus francophones ne disparaissent pas faute de production, mais faute de visibilité.

Réguler les plateformes, c’est donc agir sur les conditions mêmes d’existence des cultures.

Et c’est précisément là que réside la portée de l’accord obtenu : pour la première fois, un groupe d’États représentatif à l’échelle mondiale s’accorde pour dire que ces plateformes doivent répondre à des obligations en matière de diversité.

Ce basculement n’est pas théorique. Il est déjà enclenché.

 

Pourquoi ici, pourquoi maintenant ?

Le choix d’annoncer cela dans les murs de l’Alliance Française de Montréal, en plein Mois de la Francophonie, n’a rien d’anodin.

Ces lieux incarnent, au quotidien, ce que les négociations internationales cherchent à protéger : la vitalité d’une langue, la diversité des expressions culturelles, la rencontre entre les publics.

En détaillant avec autant de précision ce processus devant un public composé d’acteurs culturels, de partenaires et de citoyens, le consul général fait le lien entre deux mondes souvent séparés : celui de la diplomatie et celui de la pratique culturelle.

Il rappelle que les enjeux discutés dans les enceintes internationales ont des conséquences directes sur ce qui se joue ici, à Montréal.

 

 

Pascale Leblanc
Sur scène, la chanteuse haïtienne Pascale Leblanc, accompagnée de ses musiciennes, fait vibrer les sonorités caribéennes au cœur de l’Alliance française de Montréal.

 

 

Une Francophonie qui s’impose

La soirée, avec ses performances et ses échanges, a donné à voir une Francophonie vivante, plurielle, incarnée — notamment à travers les expressions caribéennes mises à l’honneur. Mais le véritable message était ailleurs.

En prenant le temps d’expliquer, presque de démontrer, l’état d’avancement de ces négociations, Éric Lamouroux a posé un constat clair : la Francophonie entre dans une nouvelle phase. Elle ne se contente plus de défendre sa place. Elle commence à imposer ses règles.

 

Et maintenant ?

La prochaine étape, en 2027, viendra formaliser ce qui est déjà, dans les faits, largement acté.

Mais une autre question se dessine déjà : que fera la Francophonie de cet outil une fois qu’il sera en place ? Car réguler ne suffit pas. Encore faut-il s’en saisir.

À Montréal, le message était limpide : pour la première fois depuis longtemps, la Francophonie ne subit plus les transformations du monde numérique. Elle commence à les encadrer.

 

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