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De Saint-Michel au Conseil consulaire : le parcours engagé de Sarah Patier

Arrivée à Montréal pour quelques semaines en 2015, Sarah Patier pensait repartir rapidement en France. Onze ans plus tard, la consultante en stratégie, devenue présidente du Conseil consulaire de la 4e circonscription du Canada, revient sur un parcours marqué par l'engagement, la maladie, la maternité et la quête de justice sociale.

Sarah PatierSarah Patier
La campagne consulaire de 2026 a marqué l'entrée de Sarah Patier dans la représentation politique des Français établis au Canada. - Photo Courtoisie
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 25 juin 2026

 

 

« Je pensais rester deux ans »

 

 

Quand Sarah Patier débarque à Montréal à l'été 2015, elle n'a aucun projet d'immigration. Employée d'une agence de publicité parisienne, elle accepte de venir tester pendant quelques semaines un poste proposé par la maison mère québécoise de son entreprise. 

Elle tombe rapidement sous le charme de la ville.  « Je racontais à tout le monde que c'était un Erasmus d'adulte », sourit-elle aujourd'hui. 

Comme beaucoup de Français arrivés au Québec pour une expérience temporaire, elle se construit peu à peu une nouvelle vie. Les amis deviennent une famille choisie. Les repères changent. Puis viennent la citoyenneté canadienne, la vie de couple et, plus récemment, la naissance de sa fille. 

Pourtant, si Montréal lui offre un nouveau cadre de vie, c'est surtout la ville qui va profondément transformer sa trajectoire. 

 

 

La rupture 

En 2017, alors que sa carrière progresse dans le secteur de la publicité, Sarah Patier traverse une période de remise en question. Le décalage entre son travail et ses préoccupations grandissantes devient difficile à ignorer. 

Elle quitte son emploi et s'accorde plusieurs mois de réflexion. 

Avec le recul, elle relie aujourd'hui cette période à ce que de nombreux chercheurs qualifient désormais de traumatisme racial : l'accumulation d'expériences discriminatoires et de tensions liées aux rapports sociaux de race. 

À la même époque, en France, la mort d'Adama Traoré lors d’un contrôle de police et le combat porté par sa sœur Assa bouleversent le débat public. Depuis Montréal, Sarah Patier prend contact avec le Comité Adama. Ce qui devait être un simple geste de soutien devient un engagement durable. 

Neuf ans plus tard, elle anime toujours l'antenne montréalaise du mouvement. Transformer la colère en action 

 

Sarah Patier, Gabriella Kinte Garbeau, Assa Traore
Sarah Patier, Gabriella Kinte Garbeau, Assa Traore

 

Cette période marque également son entrée dans le spoken word et le slam. Sur les scènes montréalaises, elle trouve un espace pour exprimer des questions qui dépassent largement son histoire personnelle : le racisme, l'appartenance, l'identité et la justice sociale. 

Mais contrairement à beaucoup de militants qui tournent le dos à l'entreprise, Sarah Patier choisit une autre voie. Lorsqu'elle retourne travailler dans le secteur privé, elle tente plutôt de transformer les organisations de l'intérieur. 

D'abord stratège de marque, elle devient progressivement responsable de la transition sociale et environnementale de son entreprise. À une époque où les enjeux de diversité, d'équité et d'inclusion gagnent en importance dans le monde corporatif, elle participe à faire évoluer les pratiques de son employeur. 

Une expérience qui lui permet de mesurer à quel point les changements culturels peuvent être rapides... mais aussi fragiles. 

 

 

Le Québec comme possibilité 

En 2020, un cancer agressif bouleverse à nouveau son parcours. Les traitements lui sauvent la vie mais compromettent la possibilité de porter un enfant. 

Quelques années plus tard, elle devient pourtant mère grâce à une grossesse pour autrui réalisée dans le cadre légal québécois. Lorsqu'elle évoque cette période, Sarah Patier parle moins de médecine que de solidarité.  « C'est un bébé né de la générosité », résume-t-elle. 

Son histoire personnelle nourrit ainsi une conviction qui revient souvent dans son discours : les institutions publiques peuvent élargir concrètement le champ des possibles lorsqu'elles sont conçues pour protéger et accompagner les citoyens. 

Une idée qui influence aujourd'hui sa vision de l'engagement politique. 

 

Sarah en campagne avec son bébé
Sarah Patier en campagne avec son bébé et plusieurs de ses colistiers lors des élections consulaires de 2026.

 

Faire entrer la société civile au Conseil consulaire 

Pendant longtemps, les élections consulaires sont restées relativement méconnues du grand public. Pour Sarah Patier, elles représentent pourtant un espace politique à part entière. 

Son élection sur la liste Union populaire solidaire et écologiste s'inscrit dans une stratégie plus large déjà expérimentée au sein du Comité Adama : entrer dans les lieux de pouvoir où se prennent les décisions politiques, pour y porter des voix et revendications qui en étaient absentes. 

Son accession à la présidence du Conseil consulaire de la 4e circonscription constitue à ses yeux un signal fort. 

Non seulement parce qu'elle devient l'une des figures de la représentation des Français de Montréal, Moncton et Halifax, mais aussi parce qu'elle entend faire entendre dans cette instance des préoccupations liées à la lutte contre les discriminations, à la justice sociale et à l'égalité réelle.

« On l'a vu récemment à Montréal : aucune région du monde n'échappe aux violences misogynes ou racistes. Défendre la justice et la solidarité partout, même au niveau consulaire, est une urgence vitale », affirme-t-elle.

Pour Sarah Patier, les élus consulaires ne doivent pas seulement accompagner les Français dans leurs démarches administratives.

« En tant que courroies de transmission entre l'État et les Françaises et Français de Montréal et des Provinces atlantiques, nous devons regarder ces violences dans les yeux, pour les dénoncer, les combattre et ainsi servir au mieux nos concitoyens. »

Une vision du mandat qui consiste à écouter les préoccupations des Français établis au Canada, à les faire remonter vers les institutions françaises et à contribuer, lorsque cela est possible, à faire évoluer certaines situations jugées injustes.

 

 

Une nouvelle génération d'élus 

Le parcours de Sarah Patier raconte peut-être aussi quelque chose de plus large. Pendant longtemps, les élus consulaires étaient principalement identifiés aux réseaux associatifs traditionnels, au monde économique ou aux chambres de commerce. 

Une nouvelle génération apparaît désormais dans plusieurs circonscriptions françaises à l'étranger. Des élus issus des mouvements citoyens, du monde communautaire ou des luttes sociales. 

À Montréal, Sarah Patier incarne cette évolution. 

Reste maintenant à voir comment cette culture militante s'accommodera des contraintes de la diplomatie, de l'administration et du travail consulaire quotidien. 

C'est probablement là que se jouera, au cours des six prochaines années, la véritable portée de son mandat. 

 

 

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