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Art Battle à Montréal : quand la peinture devient spectacle

Et si la peinture devenait un spectacle ? À Montréal, les Art Battle attirent un public toujours plus large en transformant la création en expérience participative, au croisement de l’art et du show.

Nadine Samuel Nadine Samuel
Nadine Samuel dans son atelier, entourée de toiles - Photo ©Astrid David de Vignerte
Écrit par Astrid David de Vignerte
Publié le 20 avril 2026

 

 


 

Dans l’atelier, là où tout commence

Dans le studio de Nadine Samuel, le regard se perd rapidement. Les étagères débordent, presque jusqu’à saturation, de toiles colorées issues d’anciennes Art Battle, tandis que d’autres, encore inachevées, occupent chaque recoin. Une véritable caverne d’Ali Baba où la création semble en perpétuel mouvement.

C’est dans ce chaos organisé que l’artiste et productrice façonne depuis plus de dix ans les Art Battle montréalais.

Né en 2011 à Toronto, imaginé par Edward Zuckerman, le concept est simple : des artistes créent en direct, en temps limité, sous les yeux du public invité à voter. Inspiré des battles hip-hop et du live painting, le format s’est depuis exporté à l’international via Art Battle International.

 

Une scène, des pinceaux et un public acteur

Quelques semaines plus tôt, le 5 mars, une soirée Art Battle donnait déjà le ton.

À ESC, les pinceaux s’activent sous pression dans une ambiance électrique. Les artistes se succèdent devant un public attentif. Entre musique et regards curieux, la création devient un véritable spectacle.

 

ESC : un espace montréalais d’art et de musique dont le nom évoque la touche “Escape”, en écho à Ctrllab et à l’univers du clavier.

 

« C’est 12 peintres qu’on book par soirée, qui peignent pendant 20 minutes chacun », explique Nadine Samuel. En trois rounds, les artistes créent devant le public, qui vote pour ses œuvres préférées.

« Une battle est organisée chaque mois, avec un gagnant par session. Tous se retrouvent ensuite en juin pour une grande finale. »

Ce format immersif transforme chaque soirée en expérience collective, où le public ne se contente pas d’observer, mais devient acteur du résultat final.

 

Un parcours entre art et performance

Originaire de Québec, Nadine Samuel s’installe à Montréal il y a plus de 25 ans après un passage en Europe. « J’avais le goût de plus d’action, du point de vue design, décors et tout », raconte-t-elle.

Artiste pluridisciplinaire, elle explore la scène artistique sous toutes ses formes : du cinéma à la musique, avant de co-fonder une ligue d’improvisation picturale.

Sa rencontre avec les créateurs d’Art Battle marque un tournant. « Un jour, j’ai vu qu’ils faisaient une soirée pas loin de Saint-Laurent. Je leur ai dit de passer à la ligue d’impro, c’est à ce moment qu’ils ont accroché à mon univers. Ils m’ont convaincue d’importer le concept ici », se remémore-t-elle.

 

Durant une joute
Retour en images sur l’Art Battle du 19 février - Photo © Evan Abrar

 

 

Démocratiser l’art… et faire vivre une scène locale

Au-delà de la performance, les Art Battle participent à une volonté plus large : « démocratiser la culture », affirme Nadine Samuel, qui voit dans ces événements un moyen de rapprocher artistes et public.

Dans un contexte qu’elle juge marqué par un manque de financement, ces initiatives prennent une importance particulière : « On verra avec le prochain gouvernement, mais avec le sous-financement, on est en train de perdre quelque chose d’essentiel : l’identité québécoise. »

L’art reste, selon elle, un outil fondamental. « Ça enlève de l’anxiété », glisse-t-elle. Une vision qui résonne particulièrement dans une ville comme Montréal, où créativité et engagement collectif continuent de se rencontrer.

 

expo apres la joute
Retour en images sur l’Art Battle du 19 février Photo © Evan Abrar

 

 

Un rendez-vous qui s’installe dans le paysage montréalais

À la croisée du spectacle vivant et des arts visuels, les Art Battle s’inscrivent désormais dans le paysage culturel montréalais. En donnant à voir la création en train de se faire, ils déplacent le regard porté sur l’art — moins distant, plus accessible, plus immédiat.

Reste à savoir si ce type de format, à la fois participatif et spectaculaire, pourrait préfigurer une nouvelle manière de faire vivre la scène artistique locale dans les années à venir.


 

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